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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102609

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102609

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2021, Mme D B, représentée par Me Marcel de la SELARL Pyris Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve du désistement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021 le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 25 décembre 1986, a sollicité le 14 décembre 2020 son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par le préfet de Vaucluse par un arrêté du 10 juin 2021, que Mme B conteste.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si Mme B se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis le 10 juin 2017, les documents qu'elle produit, et notamment l'attestation d'hébergement du 24 janvier 2020 ainsi que ses contrats de travail datées de 2018, 2019 et 2020, sont insuffisants pour démontrer qu'elle y réside de manière continue depuis cette date, alors que l'intéressée a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire du 29 novembre 2019. La naissance de son premier enfant en France le 26 mai 2018 n'est pas non plus de nature à démontrer cette résidence continue. Par ailleurs, si deux des trois enfants de A B sont nés en France, respectivement le 26 mai 2018 et le 14 novembre 2019, l'intéressée ne démontre ni, par les attestations, et les photos produites, que son ancien compagnon, de nationalité française, et que le père de son dernier enfant, résidant régulier, contribuent effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants ni qu'elle vive en couple avec ce dernier. En outre, l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où réside l'un de ses enfants. Dès lors, en refusant à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Vaucluse n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus ou des buts qu'il a poursuivis. Par suite, il n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de Vaucluse n'a pas davantage entaché son arrêté d'une d'erreur manifeste d'appréciation.

4. En second et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. En l'espèce, comme il a été dit au point 3, la requérante ne justifie ni de la contribution effective du père de sa fille née en 2019 ni de la contribution effective de son dernier compagnon à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, de sorte que la cellule familiale composée de Mme B et de ses deux enfants, âgés de 2 et 3 ans à la date de l'arrêté attaqué, pourra se reconstituer hors de France, et notamment en Côte-d'Ivoire. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'injonction et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. C

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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