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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102617

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102617

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET PARA - FERRI - MONCIERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, Mme B E, représentée par Me Parra, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°DP 030 299 21 K0023 en date du 17 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Siffret ne s'est pas opposé à la déclaration préalable portant sur la division d'un terrain en vue de construire déposée par Mme D C ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Siffret une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir contre la décision attaquée dès lors que :

. elle est propriétaire de la parcelle mitoyenne du terrain objet de la déclaration préalable déposée par Mme C et que le projet de cette dernière va affecter directement les conditions de jouissance de son bien ;

. le terrain d'assiette du projet et le terrain lui appartenant font partie d'un même lotissement ;

- le dossier de déclaration déposé par Mme C ne comportait pas l'autorisation du lotisseur prévue au b) de l'article R. 442-21 du code de l'urbanisme ;

- il ne ressort d'aucune pièce jointe au dossier de déclaration préalable que le projet en litige aurait obtenu l'accord des colotis du lotissement " Le Domaine du Mas de Jonquet " dans les conditions fixées par l'article L. 442-10 du code de l'urbanisme en vue de procéder à une modification du plan de composition dudit lotissement ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dans la mesure où Mme C a frauduleusement attesté avoir qualité pour déposer la déclaration préalable en litige ;

- le dossier de déclaration préalable ne comportait pas les éléments permettant aux services instructeurs d'apprécier la conformité du projet aux dispositions de l'article UD4-3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) relatives au coefficient d'emprise au sol et au coefficient d'imperméabilisation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD4-3 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au coefficient d'emprise au sol et au coefficient d'imperméabilisation ;

- Mme C s'est livrée à des manœuvres frauduleuses afin de se voir délivrer la décision en litige.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 septembre 2021, 23 septembre 2021, et le 19 mai 2022, Mme C doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la commune de Saint-Siffret, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Saint-Siffret fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que Mme E ne justifie pas de son intérêt à agir contre la décision attaquée ;

-les moyens soulevés ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lagarde,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, adjointe au maire de Saint-Siffret, représentant la commune de Saint-Siffret.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 juin 2021, le maire de la commune de Saint-Siffret a pris un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable valant division déposée par Mme D C pour un projet situé sur la parcelle cadastrée section AB n°67. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 442-21 du code de l'urbanisme : " Les subdivisions de lots provenant d'un lotissement soumis à permis d'aménager sont assimilées aux modifications de lotissements prévues aux articles L. 442-10 et L. 442-11 sauf : / a) Lorsqu'elles consistent à détacher une partie d'un lot pour la rattacher à un lot contigu ; b) Lorsque ces subdivisions interviennent dans la limite du nombre maximum de lots autorisés, et résultent d'une déclaration préalable, d'un permis d'aménager, d'un permis valant division ou d'une division réalisée en application du a de l'article R. 442-1 dès lors que le lotisseur atteste de son accord sur cette opération par la délivrance d'une attestation. ". L'article L. 442-10 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque la moitié des propriétaires détenant ensemble les deux tiers au moins de la superficie d'un lotissement ou les deux tiers des propriétaires détenant au moins la moitié de cette superficie le demandent ou l'acceptent, l'autorité compétente peut prononcer la modification de tout ou partie des documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé. Cette modification doit être compatible avec la réglementation d'urbanisme applicable. / Jusqu'à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de l'achèvement du lotissement, la modification mentionnée au premier alinéa ne peut être prononcée qu'en l'absence d'opposition du lotisseur si celui-ci possède au moins un lot constructible. ". Aux termes de l'article L. 442-9 du même code : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. / De même, lorsqu'une majorité de colotis a demandé le maintien de ces règles, elles cessent de s'appliquer immédiatement si le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, dès l'entrée en vigueur de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. / Les dispositions du présent article ne remettent pas en cause les droits et obligations régissant les rapports entre colotis définis dans le cahier des charges du lotissement, ni le mode de gestion des parties communes. ". Enfin, l'article R. 423-1 du même code dispose : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ".

3. Par sa décision n° 2018-740 QPC du 19 octobre 2018, le Conseil constitutionnel a considéré que les dispositions de l'article L. 442-10 du code de l'urbanisme, compte tenu de leur objet, autorisent uniquement la modification des clauses des cahiers des charges, approuvés ou non, qui contiennent des règles d'urbanisme mais ne permettent pas de modifier des clauses étrangères à cet objet, intéressant les seuls colotis. Il y a lieu, pour l'application de l'article L. 442-9 du même code, de retenir, de la même façon, que ses dispositions prévoient la caducité des seules clauses des cahiers des charges, approuvés ou non, qui contiennent des règles d'urbanisme.

4. Eu égard tant à son objet qu'à ses effets, la mention relative au nombre maximal de lots contenue dans le cahier des charges approuvé d'un lotissement, qui au demeurant fait partie des éléments soumis à autorisation lors de la création d'un lotissement, constitue une règle d'urbanisme au sens des dispositions précitées de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme. Par conséquent, une telle limitation cesse de s'appliquer, au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir, lorsque le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, et l'autorité chargée de délivrer les autorisations d'urbanisme ne peut l'opposer à la personne qui sollicite un permis d'aménager, un permis de construire ou qui dépose une déclaration préalable. De même, si une majorité de colotis a demandé le maintien de cette règle, elle a cessé de s'appliquer à compter de l'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové.

5. Dès lors que l'autorisation de lotir a été délivrée le 14 mars 2011 et que le territoire de la commune de Saint-Siffret est couvert par un plan d'occupation des sols, la mention relative au nombre maximal de lots a, en tout état de cause, cessé de s'appliquer. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 442-10 et R. 442-21 du code de l'urbanisme sont inopérants et doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dans la mesure où Mme C ne disposait d'aucun droit à déposer la déclaration préalable en litige ne peut davantage être accueilli.

7. Aux termes de l'article R. 441-10 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : /a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan sommaire des lieux indiquant les bâtiments de toute nature existant sur le terrain ; / c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées. ". Aux termes de l'article UD4-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Siffret : " Le coefficient d'imperméabilisation des sols est fixé à 50% de la surface de l'unité foncière. Les surfaces perméables sont composées de terre, plantations, gravier drainant déposé directement sur la terre. Tout autre composant est considéré comme imperméable. / Par ailleurs, lors de la division d'un terrain déjà construit, la partie où prend place la construction préexistante à la division est soumise aux règles du présent article et à celles énoncées à l'article 9 (coefficient d'emprise au sol de 20% maximum). ". Ce règlement précise également que " Les espaces non imperméabilisés sont soit des espaces végétaux (jardins, espaces verts) soit des espaces minéraux dont le revêtement autorise l'infiltration des eaux de pluie (graviers, dalles evergreen) ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa déclaration préalable, Mme C avait joint un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune, ainsi qu'un plan établi par un géomètre-expert, faisant apparaître la division projetée. Ce dernier document était suffisant pour permettre à la commune d'apprécier le respect des dispositions de l'article UD4-3 du règlement du PLU.

9. Il ressort en outre de ces mêmes pièces que, contrairement à ce qu'allègue Mme E, l'emprise au sol de la construction située sur la parcelle cadastrée section AB n° 67 est de 103,93 m², chiffre inférieur au seuil de 120,40 m² correspondant à 20% de la surface de 602 m² de cette parcelle. En outre, Mme E n'est pas fondée à intégrer les espaces destinés au stationnement des véhicules, recouverts de gravier drainant, pour évaluer la surface imperméabilisée de la partie déjà bâtie de la parcelle. Il n'est enfin pas sérieusement contesté que celle-ci est inférieure au seuil de 50% de la surface totale de cette parcelle. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précités de l'article UD4-3 du règlement du PLU doit être écarté en ses deux branches.

10. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

11. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède la requête de Mme E ne peut qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Siffret.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de commune de Saint-Siffret la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. La commune de Saint-Siffret ne justifiant pas avoir engagé de frais dans la présente instance, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Siffret sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à la commune de Saint-Siffret et à Mme D C.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

Le rapporteur,

F. LAGARDE Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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