mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP LEMOINE CLABEAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2021, la SCI LES 3B, représentée par la SCP Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2021 par lequel le maire d'Aigues-Vives a refusé de lui délivrer un permis de construire ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aigues-Vives la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- le maire d'Aigues-Vives a méconnu les dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme en refusant de lui délivrer le permis de construire sollicité.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, la commune d'Aigues-Vives, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirés de la violation des articles II7 et II11 du règlement du lotissement du Clos de Diamard, et de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Loiron pour la SCI LES 3B, et celles de Me Callens pour la commune d'Aigues-Vives.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 février 2017, le maire d'Aigues-Vives a délivré à la SCI LES 3B un permis de construire deux logements sur le lot n°30 du lotissement du Clos de Diamard, parcelles cadastrées section B n°s 2 800 et 2 836. La SCI LES 3B a procédé à la construction de ces logements en procédant, sans autorisation, à des modifications constatées par un procès-verbal d'infraction dressé le 2 juin 2020. C'est dans ce contexte que, le 8 avril 2021, la SCI LES 3B a déposé une demande de permis de construire visant à la régularisation de ces modifications. Par arrêté du 6 juin 2021, dont elle demande l'annulation, le maire d'Aigues-Vives a refusé de lui délivrer ce permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le maire d'Aigues-Vives par son adjoint délégué à l'urbanisme, M. A B, qui disposait, en vertu d'un arrêté du maire du 25 mai 2020, d'une délégation de signature portant notamment sur la délivrance des autorisations d'occupation des sols parmi lesquelles figurent les décisions de refus de permis de construire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit donc être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section. "
4. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de permis de construire, de déterminer si le projet qui lui est soumis ne méconnaît pas les règles du plan local d'urbanisme applicables, y compris telles qu'elles résultent le cas échéant d'adaptations mineures, lorsque la nature particulière du sol, la configuration des parcelles d'assiette du projet ou le caractère des constructions avoisinantes l'exigent. Le pétitionnaire peut, à l'appui de sa contestation du refus opposé à sa demande, se prévaloir de la conformité de son projet aux dispositions d'urbanisme applicables, le cas échéant assorties d'adaptations mineures dans les conditions sus-rappelées, alors même qu'il n'a pas fait état de l'exigence de telles adaptations dans sa demande.
5. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initialement délivré à la SCI LES 3B, le 22 février 2017, portait sur la construction de deux logements, l'une des parcelles du terrain d'assiette devant servir de voie d'accès à la construction projetée. Estimant, après le début des travaux, que l'implantation de la construction telle qu'autorisée par le permis de construire ne permettrait pas de garantir une largeur de la voie d'accès de 4 mètres et ferait ainsi obstacle au passage des véhicules d'incendie et de secours, la SCI LES 3B a modifié cette implantation en construisant une partie du bâtiment d'une surface d'environ 10 mètres-carrés en zone Ap du plan local d'urbanisme au sein de laquelle les constructions à usage d'habitation sont interdites. Eu égard à sa nature et son ampleur, une telle modification du projet, pour laquelle la SCI LES 3B ne fait d'ailleurs état d'aucune contrainte liée à la nature du sol, la configuration de la parcelle ou le caractère des constructions avoisinantes, ne saurait être regardée comme une adaptation mineure au sens et pour l'application des dispositions précitées.
6. Par ailleurs et en tout état de cause, la société requérante ne conteste pas la légalité des autres motifs, dont le caractère déterminant résulte de l'instruction, opposés par le maire pour fonder la décision de refus de permis en litige. Elle n'est donc pas fondée à en demander l'annulation.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Aigues-Vives, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 200 euros à verser à la commune d'Aigues-Vives.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI LES 3B est rejetée.
Article 2 : La SCI LES 3B versera à la commune d'Aigues-Vives une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI LES 3B et à la commune d'Aigues-Vives.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Roux, président,
- M. Chevillard, premier conseiller,
- Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 septembre 2023.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
G. ROUXLa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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