jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102632 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP GOUTAL ALIBERT & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 août 2021, le 4 juillet 2022 et le 13 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Allégret-Dimanche, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Gilles a refusé de reconnaître comme maladie professionnelle sa pathologie de Burn out ;
2°) d'ordonner avant-dire-droit une expertise afin de déterminer le caractère de maladie professionnelle de sa pathologie et son taux d'incapacité permanente ;
3°) d'enjoindre à la commune de Saint-Gilles de régulariser sa situation administrative et financière ;
4°) de mettre à la charge à la commune de Saint-Gilles la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que la commune s'est uniquement fondée sur un taux d'incapacité permanente inférieur à 25% pour rejeter sa demande, alors que sa pathologie, caractérisée par un état dépressif sévère, est en lien avec ses conditions de travail ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que plusieurs médecins ont constaté que sa pathologie était liée à une souffrance au travail et qu'elle est encore en traitement à ce jour ;
- une expertise médicale complémentaire est nécessaire pour déterminer le caractère de maladie professionnelle de sa pathologie et son taux d'incapacité partielle permanente ;
- la requérante a contesté le taux d'IPP dans son recours gracieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la commune de Saint-Gilles, représentée par le cabinet Alibert et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Elle fait valoir que les conclusions en injonction, présentées à titre principal par la requérante, sont irrecevables et que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chevillard,
- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,
- et les observations de Me Allégret-Dimanche, représentant Mme B, et de Me Degirmenci, représentant la commune de Saint-Gilles.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe administrative de 2ème classe au sein de la commune de Saint-Gilles, exerce les fonctions d'agent d'accueil et est affectée au guichet unique de la direction de l'éducation et de l'enfance. Atteinte d'un " Burn out " depuis le 30 septembre 2020, l'intéressée a sollicité la reconnaissance professionnelle de sa maladie par un courrier du 10 décembre 2020. Suivant l'expertise menée par le Dr A, mandaté par l'administration, le 7 janvier 2020, et l'avis de la commission de réforme rendu le 11 février 2021, le maire de la commune de Saint-Gilles a, par un arrêté du 22 mars 2021, refusé de reconnaître comme imputable au service la pathologie de Mme B. Par un courrier du 8 avril 2021, l'intéressée a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par une décision du 11 juin 2021, le maire de la commune a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021.
Sur la légalité de la décision du 22 mars 2021 :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires créé par l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, issu du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. () ". L'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ". La situation de Mme B, qui a présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle le 10 décembre 2020 pour la pathologie de syndrome anxiodépressif, relève de ces dispositions.
3. En l'espèce, pour refuser de reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie de Mme B, le maire de la commune de Saint-Gilles a considéré que la pathologie déclarée par l'intéressée n'est pas désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnées aux articles L.461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et n'est pas susceptible d'entrainer un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) égal ou supérieur à 25%.
4. D'une part, à supposer même que les nombreux documents médicaux et attestations produits par la requérante, qui constatent l'origine professionnelle du syndrome anxiodépressif dont souffre Mme B permettent de caractériser un lien nécessairement exclusif avec le service, la décision attaquée n'a pas été prise au motif d'un tel lien. Ainsi, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que sa pathologie, caractérisée par un état dépressif sévère, est en lien avec ses conditions de travail et qu'elle est encore en traitement à ce jour. D'autre part, Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors que la commune s'est uniquement fondée sur un taux d'IPP inférieur à 25% pour rejeter sa demande. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées au point 2 que, dès lors que le taux d'IPP était inférieur à 25%, la commune de Saint-Gilles pouvait pour ce seul motif rejeter la demande de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. A supposer même que Mme B puisse être regardée comme contestant le taux d'IPP retenu dans sa requête, seul le certificat du Dr C du 31 mars 2021 mentionne que les troubles présentés par la requérante justifient une réévaluation dans le sens d'un taux d'IPP supérieur à 25%. Cet unique certificat est contredit par l'expertise du Dr A du 7 janvier 2020 constatant que Mme B présente un état dépressif qui pourrait être qualifié de Burn out dans un contexte de souffrance au travail, que le lien entre la situation professionnelle et la dépression pourrait être aisément fait, mais que la pathologie présentée par Mme B reste d'intensité modérée et ne serait pas susceptible d'entraîner un taux d'IPP d'au moins 25%. Il est également contredit par l'avis de la commission de réforme rendu le 11 février 2021, qui reconnait la maladie d'origine professionnelle du syndrome anxiodépressif, mais précise que cette pathologie n'est pas susceptible d'entraîner un taux d'IPP égal ou supérieur à 25%. En outre, le certificat du 31 mars 2021 n'est pas confirmé sur ce point par les documents médicaux postérieurs et notamment le certificat du même praticien du 14 mars 2022, les expertises du Dr A des 23 septembre 2021 et 23 septembre 2022 ainsi que celui du Dr Van den Peereboom du 1er août 2022. Dès lors, Mme B ne démontre pas que son IPP aurait dû être fixé à un taux égal ou supérieur à 25% et que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant-dire-droit ni de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions en annulation, et par voie de conséquence celles présentées à fin injonction et d'expertise, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Gilles, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Saint-Gilles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Gilles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la commune de Saint-Gilles.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Chaussard, premier conseiller,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le rapporteur,
F. CHEVILLARD
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°210263
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026