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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102637

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102637

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 août et 18 novembre 2021, Mmes B et Nadine A, représentées par Me Coque, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le maire du Pontet a délivré à la SAS May'Loc un permis de construire portant sur le réaménagement d'une carrosserie avec cabine de peinture, bureau et locaux sociaux sur un terrain situé 1 894, route de Saint-Saturnin, parcelles cadastrées section AE n°s 95, 115 et 118 ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Pontet et de la SAS May'Loc la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet et insuffisant ;

- il n'est pas justifié du dépôt de la demande d'enregistrement ou de la déclaration au titre de la législation relative aux installations classées ;

- le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions des articles UE4, UE12 et UE13 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, la commune du Pontet conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 janvier 2021, la SAS May'Loc a déposé auprès de la commune du Pontet une demande de permis de construire pour le réaménagement d'une carrosserie avec cabine de peinture, bureau et locaux sociaux sur un terrain situé 1 894, route de Saint-Saturnin, parcelles cadastrées section AE n°s 95, 115 et 118. Par arrêté du 17 juin 2021 dont Mmes A demandent l'annulation, le maire du Pontet a fait droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, selon l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 () ". Aux termes de l'article R. 431-4 du même code : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 () " L'article R. 431-7 du même code prévoit que : " Sont joints à la demande de permis de construire : () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. ". En application de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " () Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions ". Selon l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".

3. Aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation () " Selon l'article D111-19-18 du code de la construction et de l'habitation, alors en vigueur : " Le dossier, mentionné au a de l'article R. 111-19-17, comprend les pièces suivantes : 1° Un plan coté en trois dimensions précisant les cheminements extérieurs ainsi que les conditions de raccordement entre la voirie et les espaces extérieurs de l'établissement et entre l'intérieur et l'extérieur du ou des bâtiments constituant l'établissement () ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'il comporte une pièce d'insertion du projet dans son environnement, intitulée " PC 06 " permettant d'apprécier cette insertion et que si cette pièce ne fait pas apparaître l'ensemble des constructions qui composeront l'état final du projet, le maire a également disposé du plan de façade et du plan de masse qui ont permis de pallier cette insuffisance. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, la pièce " PC 02c " fait bien apparaître la hauteur de la cabine de peinture projetée.

6. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les accès au terrain d'assiette du projet ne seront pas modifiés. Il figure au sein du dossier de demande de permis de construire la notice descriptive d'accessibilité des personnes handicapées et à mobilité réduite aux établissements et installations ouvertes au public, qui indique que les cheminements depuis la voie sont préexistants et ne seront pas modifiés et qu'il existe un cheminement conduisant directement de l'espace dédié au stationnement vers l'entrée du local, sans panneaux ou bornes obstruant le passage. Le pôle accessibilité de la direction départementale des territoires du Vaucluse a rendu un avis tacite favorable sur le projet dont il a été saisi le 10 mars 2021. Au regard de ces éléments, les informations relatives aux cheminements contenues dans la notice descriptive d'accessibilité étaient suffisantes pour permettre au service instructeur de se prononcer sur la conformité du projet au droit applicable. Le moyen tiré de l'insuffisance et de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit donc être écarté.

7. L'article R. 431-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Lorsque les travaux projetés portent sur une installation classée soumise à enregistrement ou déclaration en application des articles L. 512-7 et L. 512-8 du code de l'environnement, la demande de permis de construire doit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande d'enregistrement ou de la déclaration. " En vertu des dispositions de l'article R. 511-9 du code de l'environnement et de ses annexes, sont soumises à enregistrement ou à déclaration, au titre de la rubrique 2940, les activités de peinture sur support quelconque et notamment les ateliers de réparation et d'entretien de véhicules et engins à moteur, y compris les activités de carrosserie et de tôlerie relevant la rubrique 2930 : " 1- Lorsque les produits mis en œuvre sont à base de liquides et lorsque l'application est faites par un procédé au trempé (y compris l'électrophorèse), la quantité de produits susceptible d'être présente dans l'installation étant () b) Supérieure à 100 l mais inférieure ou égale à 1 000 l ()/ 2- " Lorsque l'application est faite par tout procédé autre que le trempé (pulvérisation, enduction, autres procédés) la quantité maximale de produits susceptible d'être mise en œuvre étant : a) Supérieure à 100 kg/j b) Supérieure à 10 kg/j, mais inférieure à 100 kg/j ".

8. Il ressort des termes de l'attestation de la société pétitionnaire produite par la commune du Pontet que la quantité de produits utilisée pour l'activité de peinture projetée ne sera pas supérieure à un kilogramme par mois. En se bornant à alléguer par de pures affirmations que cette quantité de produits susceptible d'être utilisée atteindra le seuil de 10 kilogrammes par jour défini à la rubrique 2940, les requérantes n'établissent pas que le projet était bien soumis à une demande de déclaration ou d'enregistrement devant figurer dans la demande de permis de construire, comme le prévoit l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme.

9. En deuxième lieu, l'article UE4 du règlement du PLU dispose que : " () 3- Assainissement des eaux usées : Toutes les eaux et matières usées résiduaires des installations industrielles doivent être traitées et évacuées par des dispositifs les rendant conformes à la réglementation en vigueur () 4- Assainissement des eaux pluviales : Lorsque les conditions le permettent, le rejet se fera par infiltration dans le sol. A défaut d'infiltration, les eaux pluviales peuvent être rejetées après rétention préalable (soit au fossé, soit dans un collecteur séparatif d'eaux pluviales s'il existe). Dans ces 2 cas, infiltration ou rétention, la mise en œuvre de la rétention préalable est calculée sur la base de 60 l/m² imperméabilisé. () "

10. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Les destinations de constructions sont : 1° Exploitation agricole et forestière ; 2° Habitation ; 3° Commerce et activités de service ; 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; 5° Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire. " Selon l'article R. 151-28 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : () 3° pour la destination " commerce et activités de service " : (), activité de service où s'effectue l'accueil d'une clientèle () 5° Pour la destination " autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire " : industrie, entrepôt, bureau, centre de congrès et d'exposition, cuisine dédiée à la vente en ligne. " L'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu précise, en son article 3 que : " () la sous-destination " activité de service où s'effectue l'accueil d'une clientèle " recouvre les constructions destinées à l'accueil d'une clientèle pour la conclusion directe de contrat de vente de services ou de prestation de services et accessoirement la présentation de biens ", et, en son article 5 que : " La sous-destination " industrie " recouvre les constructions destinées à l'activité extractive du secteur primaire, les constructions destinées à l'activité industrielle et manufacturière du secteur secondaire, ainsi que les constructions destinées aux activités artisanales du secteur de la construction ou de l'industrie. Cette sous-destination recouvre notamment les activités de production, de construction ou de réparation susceptibles de générer des nuisances. ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la construction projetée est destinée à l'accueil d'un atelier de carrosserie qui constitue une activité de service destinée aux particuliers relevant du secteur tertiaire. La circonstance qu'un espace, au demeurant restreint, soit destiné à usage de bureau dédié pour l'essentiel à la gestion administrative de l'activité ne permet pas de regarder cette construction comme ayant pour destination principale " l'accueil d'une clientèle pour la conclusion directe de contrat de vente ou de prestation de service et accessoire la présentation de bien " au sens de l'article 3 de l'arrêté du 10 novembre 2016. L'activité en cause, qui a pour objet la réparation et l'application de peinture sur les carrosseries endommagées, qui génère des nuisances diverses, notamment sonores et olfactives, ne peut ainsi relever que de la catégorie " industrie " définie au 5° de l'article R. 151-27 et de la sous-destination " activités de réparation susceptible de générer des nuisances " précisée à l'article 5 de l'arrêté du 10 novembre 2016. La cabine de peinture prévue dans cet atelier constitue donc une installation industrielle au sens et pour l'application des dispositions de l'article UE4 du règlement du PLU. Toutefois, la seule circonstance alléguée que l'arrêté attaqué comporterait une prescription trop imprécise s'agissant du traitement et de l'évacuation des eaux et matières usées résiduaires générées par l'installation autorisée ne suffit à démontrer que le projet ne prévoirait pas un dispositif conforme à la règlementation en vigueur et que le permis de construire litigieux méconnaîtrait, par suite, l'article UE4 du règlement du PLU sur ce point.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet, qui porte sur le réaménagement d'un bâtiment existant et l'installation d'une cabine de peinture sur une dalle qui est, elle aussi, existante, n'entrainera pas d'augmentation des surfaces imperméabilisées du terrain d'assiette. Par suite, en se bornant à soutenir que le bassin de rétention existant ne disposerait pas d'une capacité de rétention des eaux pluviales suffisante au regard de la surface imperméabilisée du projet, sans invoquer que la construction existante ne serait pas conforme à l'article UE4 ni que les travaux qui ne modifient pas ce bassin ni la surface imperméabilisée ne seraient ni étrangers à cette règle, ni de nature à rendre le bâtiment existant plus conforme à celle-ci, les requérantes invoquent un moyen inopérant qui ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article UE12 du règlement du PLU : " () Pour les constructions à vocation de bureaux équipé de places de stationnement pour les salariés, un local dédié au stationnement sécurisé des vélos est exigé représentant 2% de la surface de plancher destiné à l'immeuble de bureaux. "

14. Il résulte de la rédaction des dispositions précitées de l'article UE12 du règlement du PLU que celles-ci n'ont vocation à s'appliquer qu'aux constructions à usage de bureaux, c'est-à-dire aux constructions dont la majorité des surfaces et la destination principale sont affectées à cet usage. Si la construction projetée comporte une surface de 30 m² dédiée à des locaux sociaux, la majorité de ses surfaces seront affectées à l'activité industrielle de carrosserie automobile. Elle n'est donc pas soumise à l'obligation définie par l'article UE12 du règlement du PLU et le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit donc être écarté.

15. En dernier lieu, l'article UE13 du règlement du PLU dispose que : " () Les aires de stationnement des véhicules du personnel et des visiteurs devront être accompagnées de végétaux sous forme de tonnelles ou arbres de haute tige (1 arbre pour 4 places de stationnement) () ".

16. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la réalisation de trois places de stationnement supplémentaires, augmentant le nombre total de places existantes sur le terrain d'assiette du projet de vingt-cinq à vingt-huit. Il résulte, en outre du plan de masse projeté joint au dossier de demande de permis de construire qu'est prévue la plantation de plus d'une vingtaine d'arbres en continuité du mur face auxquels les véhicules stationneront. L'obligation de planter un arbre pour quatre places de stationnement est donc respectée et le moyen tiré de la violation de l'article UE13 du règlement du PLU doit être écarté.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions présentées par les requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mmes B et Nadine A, à la commune du Pontet et à la SAS May'Loc.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Roux, président,

- M. Chevillard, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUXLa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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