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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102650

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102650

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2021 et un mémoire enregistré le 10 février 2023, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Safpel, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Manduel a refusé de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la réalisation d'un lotissement de douze lots ;

2) d'enjoindre au maire de Manduel de lui délivrer le permis d'aménager demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de la commune de Manduel la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dans la mesure où :

- à la suite de l'annulation contentieuse de l'arrêté du 2 septembre 2019 par lequel le maire de Manduel avait refusé de lui délivrer un permis d'aménager, le maire s'est fondé sur de nouveaux motifs dans l'arrêté attaqué ;

- le maire de Manduel n'avait sollicité aucune substitution de motifs dans les instances ayant abouti à l'annulation définitive de son arrêté du 2 septembre 2019 ;

- les dispositions de l'article UA2 du règlement du plan local d'urbanisme ne peuvent valablement être opposées à sa demande de permis d'aménager dès lors que le projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des permis de construire requis ;

- son projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UA11 du règlement du PLU, ni celles du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Vistre ;

- les dispositions de l'article UA13 du règlement du PLU sont opposables aux seuls constructeurs et, en tout état de cause, le projet prévoit le remplacement de la totalité des arbres supprimés.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, la commune de Manduel, représentée par la SCP CGCB, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Safpel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Manduel a été enregistrée le 28 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Manduel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lagarde,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, pour la SARL Safpel, et celles de Me Muller, pour la commune de Manduel.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 avril 2019, la société Safpel a déposé une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de 12 lots, dénommé " Le Regency ", sur les parcelles cadastrées section AB n° 648 et n° 649, situées 20 rue Pasteur, à Manduel. Par arrêté du 2 septembre 2019, le maire de Manduel avait refusé de délivrer le permis d'aménager sollicité. Le tribunal administratif de Nîmes avait annulé cet arrêté par jugement n° 1903518 du 28 mai 2021, confirmé par la cour administrative d'appel de Toulouse par un arrêt n° 21TL02994 du 8 décembre 2022, qui enjoignait au maire de Manduel de procéder à un réexamen de la demande de permis d'aménager déposée par la SARL Safpel. Par arrêté du 27 juillet 2021, dont la société requérante demande l'annulation, ce maire a à nouveau refusé de lui délivrer le permis d'aménager n°PA 301555 19 N001.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau. ".

2. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été signé, le maire de Manduel était en congés annuels. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cet arrêté, signé par le premier adjoint dont la compétence est organisée par l'article L. 2122-17 sus rappelé, est entaché d'incompétence.

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ".

4. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus.

5. Il suit de là que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ou même d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. Dans l'hypothèse où un jugement annule une décision de refus de permis de construire sans enjoindre à l'administration de délivrer une autorisation, ces dispositions combinées ne sauraient toutefois contraindre le juge, lorsqu'il est saisi de la légalité d'un nouveau refus opposé par l'administration, à censurer un motif de refus légalement opposé.

6. En l'espèce, par jugement n° 1905318 du 28 mai 2021, le tribunal administratif de Nîmes a annulé l'arrêté du 2 septembre 2019 par lequel le maire de Manduel avait refusé de délivrer un permis d'aménager à la SARL Safpel et a enjoint à cette autorité de procéder au réexamen de la demande. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le maire de Manduel pouvait, sans méconnaitre les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, refuser, pour un nouveau motif, de délivrer l'autorisation d'urbanisme demandée, alors même qu'il n'avait pas présenté précédemment de demande de substitution de motifs.

7. Aux termes de l'article R. 442-6 du code de l'urbanisme : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : / a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; / () ". Aux termes de l'article UA2 du règlement du PLU de la commune de Manduel : " () / En zone inondable de hauteur inférieure à 0,50 m (ensemble des zones inondables par moins de 0,50 m identifiées au plan de zonage : zone inondable de hauteur ( 0,50 m A, lit majeur), il conviendra de prendre toute disposition visant à réduire la vulnérabilité des personnes et des biens ; ainsi les constructions autorisées en application du présent règlement devront respecter les contraintes suivantes : / - Pour les constructions nouvelles : côte des sous faces des planchers constituant la SHON, 0,60 m au-dessus du terrain naturel. /- Pour l'extension et l'aménagement des constructions à usage d'habitation existantes : côte des sous faces des planchers créés constituant la SHON, 0,60 m au-dessus du terrain naturel ou création d'un niveau de plancher refuge accessible depuis le niveau rez-de-chaussée ; pour les constructions autorisées dans la zone autres que les constructions à destination d'habitation, la non réalisation de la surélévation de niveau sera compensées par l'obligation de s'équiper d'un batardeau. / - Utilisation de matériaux présentant une bonne résistance à l'eau sur les parties basses des bâtiments / - Mise hors d'eau des locaux techniques de type chaufferie, des tableaux électriques, des produits polluants et autant que faire se peut des stocks - Arrimage des cuves. ".

8. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

9. Il ressort des pièces du dossier que la notice jointe au dossier de demande de permis d'aménager précise que " les futures constructions devront avoir le niveau de leur plancher à au moins 20 centimètres au-dessus du niveau de la voie d'accès de façon à permettre le raccordement gravitaire du logement au réseau d'égout ". Si la commune reproche à la SARL Safpel de ne pas avoir respecté les prescriptions de l'article UA2 du règlement du PLU dans le projet de règlement de lotissement et une hauteur insuffisante du niveau de plancher des futures constructions, un tel motif ne fait pas nécessairement obstacle à la délivrance ultérieure d'un permis de construire compatible avec les règles d'urbanisme. La société requérante est donc fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article UA2 du règlement du PLU.

10. Aux termes de l'article UA11 du règlement du PLU de la commune de Manduel : " () En zone inondable, les clôtures en dur perpendiculaires à l'écoulement des eaux sont interdites ; celles parallèles au sens de l'écoulement sont déconseillées ; les clôtures en grillage doublées ou non d'une haie doivent être privilégiées. () ". Les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Vistre applicables aux " autres projets et travaux " prévus en zone R-U autorisent sous conditions : " () La création ou modification de clôtures et de murs () limitée aux grillages à mailles larges, c'est-à-dire dont le plus petit côté est supérieur à 5cm, sur un mur bahut de 40cm de haut maximum. () ".

11. Il ressort de la notice descriptive et du plan figurant sur la pièce PA8b du dossier de demande de permis d'aménager que le projet prévoit l'implantation par l'aménageur d'un " rang d'agglomérés le long des façades des lots ". La société pétitionnaire fait valoir, sans être contredite sur ce point, que ces rangs d'agglomérés ont vocation à être enterrés. Ceux-ci ne peuvent dès lors être regardés comme des " clôtures en dur " au sens des dispositions précitées de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme. En tout état de cause, au regard de leur faible hauteur et de la localisation du terrain d'assiette du projet, situé en zone d'aléa résiduel au regard du risque d'inondation, l'implantation de ces rangs d'agglomérés n'est pas de de nature à empêcher l'écoulement des eaux et accroître ainsi la vulnérabilité du terrain concerné. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Manduel a fait une inexacte application des dispositions de l'article UA11 du règlement du PLU et de l'article 2.3 du règlement du PPRI du bassin versant du Vistre relatif à la zone R-U.

12. Pour refuser de délivrer le permis d'aménager à la SARL Safpel, le maire de Manduel s'est enfin fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UA13 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux obligations imposées aux constructeurs en ce qui concerne notamment les plantations, selon lequel : " Les plantations existantes sont maintenues ou remplacées par des plantations au moins équivalentes. ".

13. D'une part, si la société requérante fait valoir que les dispositions précitées ne lui sont pas opposables dans la mesure où l'opération projetée consiste en la réalisation d'un lotissement, les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme sont opposables pour l'exécution de tous travaux et pour la création de lotissements. D'autre part, Il ressort des pièces du dossier de la demande de permis d'aménager que 43 arbres sont situés sur le terrain d'assiette du projet. L'opération projetée prévoit la suppression de 31 d'entre eux et si le plan de composition du lotissement fait apparaître la présence de 11 arbres à l'issue de l'opération, ainsi que d'un espace vert enherbé d'une superficie de 663 m², ces apports paysagers sont insuffisants pour assurer le respect des prescriptions de l'article UA13 du PLU destinées à préserver les plantations présentes ou à compenser intégralement la suppression de tout ou partie de celles-ci. La mention figurant dans le projet du règlement du lotissement reprenant les termes-mêmes des dispositions précitées de l'article UA13 du règlement du PLU est dépourvue de tout effet utile dans la mesure où la commune de Manduel ne sera pas en mesure de contrôler le respect de cet engagement au stade de l'instruction des demandes de permis de construire déposées ultérieurement par chaque acquéreur de lot. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA13 du règlement du PLU doit être écarté.

14. Il résulte de l'instruction que le maire de Manduel aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article UA13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Manduel. Il s'ensuit que les conclusions à fins d'annulation contenues dans la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chaque partie la charge des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1erer : La requête de la SARL Safpel est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Manduel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Safpel et à la commune de Manduel.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. LAGARDE Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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