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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102755

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102755

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGIRONDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 août 2021 et le 22 mars 2023, M. C H, représenté par Me Girondon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse et leurs trois enfants mineurs ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui accorder le regroupement familial sollicité, à défaut de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le regroupement familial des familles algériennes est régi par les dispositions spécifiques de l'article 4 de l'accord franco-algérien, qui ne module pas les ressources en fonction de la taille de la famille ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et viole les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 août 2021 et 12 avril 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Par lettre du 15 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur une substitution de base légale.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille, ainsi que le protocole qui y est annexé ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme Galtier au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant algérien né le 13 mars 1962 et titulaire d'une carte de résident, a épousé le 13 avril 2004 en Algérie une compatriote, Mme A, avec laquelle il a eu trois enfants, I, D, et E nés respectivement le 15 août 2005, le 2 septembre 2013, et le 12 avril 2017. Par un premier arrêté du 24 avril 2019, dont le recours en annulation formé par M. H a été rejeté comme irrecevable, la préfète du Gard avait rejeté la demande de regroupement familial en raison de l'insuffisance de ressources et de l'inconformité du logement du requérant. Par la présente requête, M. H demande l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel la préfète du Gard, suite à sa nouvelle demande présentée le 26 juin 2020, a rejeté la demande de regroupement familial pour insuffisance de ressources.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour la préfète du Gard par Mme F G, directrice par intérim des migrations et de l'intégration de la préfecture du Gard. Par arrêté du 8 mars 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard, la préfète de ce département a donné délégation à Mme F G à l'effet de signer, notamment, les arrêtés relatifs à la police des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / () l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes () ".

4. S'agissant de l'appréciation du caractère suffisant des ressources d'un ressortissant algérien, demandeur d'une autorisation de regroupement familial, les stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien, qui prévoient que l'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance sont, comme le soutient à juste titre M. H, incompatibles avec les dispositions de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la majoration du niveau de ressources dont l'étranger doit justifier, en fonction du nombre de membres composant sa famille. Par suite, quelle que soit la composition du foyer du ressortissant algérien qui demande le regroupement familial, le niveau de ses ressources doit s'apprécier par référence au seul salaire minimum interprofessionnel de croissance. Il résulte ainsi de la combinaison des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien et des dispositions des articles R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les dispositions qui lui sont compatibles, que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

5. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que pour refuser le regroupement familial sollicité, la préfète du Gard a apprécié les conditions de ressources de M. H au regard d'une famille composée de cinq personnes, en application des dispositions de l'article R. 434-4 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Toutefois, la préfète du Gard, qui ne conteste pas l'incompatibilité de ces dispositions avec les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien, fait valoir que la demande devait en tout état de cause être refusée dès lors qu'elle ne satisfaisait pas aux conditions posées par ces stipulations. Or, dès lors que l'autorité préfectorale est ainsi appelée à exercer le même pouvoir d'appréciation lorsqu'elle applique soit les stipulations de l'accord franco-algérien, soit les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne leur sont pas incompatibles, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale, laquelle n'a pas pour effet de priver M. H d'une garantie de procédure.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'enquête diligentée par l'OFII qui n'est pas contestée par le requérant, que, pour la période de référence de 12 mois précédent la demande enregistrée le 15 octobre 2020, la moyenne mensuelle des revenus nets de M. H, évaluée à 990 euros, s'avérait inférieure à la moyenne mensuelle du SMIC sur cette même période, qui s'élevait alors à 1 217,91 euros nets. En outre, la préfète du Gard fait valoir que ces ressources provenaient essentiellement d'indemnités chômage versées par Pôle emploi, et ne présentaient ainsi pas un caractère de stabilité. Par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que la préfète a estimé à tort que ses conditions de ressources étaient insuffisantes. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. H, qui déclare résider en France depuis 2003, fait notamment état de son union en 2004 avec Mme B A et de la naissance de trois enfants, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a sollicité leur regroupement familial pour la première fois qu'en 2018. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune considération particulière de nature à démontrer que le refus de la mesure sollicitée, au regard des buts qu'il poursuit, porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Pareillement, M. H n'établit pas être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine avec son épouse et ses trois enfants, ni ne démontre être isolé en cas de retour en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations mentionnées au point 7 doit être écarté.

9. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H serait dans l'impossibilité d'accompagner ou de rendre visite à son épouse et à leurs enfants en Algérie pendant l'examen d'une nouvelle demande de regroupement familial. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, qui n'a pas pour effet de séparer les enfants de l'un de ses parents, méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le jugement sera notifié à M. C H, à la préfète du Gard, et à Me Girondon.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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