Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 25 août 2021, le président du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Nîmes le dossier de la requête de Mme B... A..., qui a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes sous le n° 2102790.
Par une requête, enregistrée le 25 août 2021 par le greffe du tribunal administratif de Nîmes, et par un mémoire, enregistré le 20 novembre 2022, Mme B... A..., représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision portant rejet de sa contestation formée le 11 décembre 2020 à l’encontre du titre de perception d’un montant de 4 514,98 euros émis le 26 octobre 2020 ;
2°) de la décharger de l’obligation de payer la somme de 4 514,98 euros ;
3°) d’ordonner à l’administration de recalculer le traitement auquel elle a droit en application de ces contrats de travail ;
4°) de constater le préjudice qu’elle a subi ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- eu égard à sa contestation formée le 11 décembre 2020 et à la décision implicite du 15 juin 2021 portant rejet de cette contestation, sa requête est recevable en application de l’article 118 du décret du 7 novembre 2012 ;
- le titre exécutoire contesté méconnaît les dispositions de l’article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dès lors qu’elle était en droit de bénéficier d’un plein traitement pendant les trois premiers mois de son arrêt de travail et d’un demi-traitement pendant les neuf mois suivants ;
- dès lors que le titre de perception est dépourvu de motivation, elle est dans l’impossibilité de comprendre les indus qui lui sont réclamés ;
- au cours du délai de deux ans prévu par les dispositions de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, l’administration ne l’a pas informée du moindre indu ;
- les demandes de remboursement concernant l’année 2018 sont prescrites ;
- le rectorat de l’académie de Montpellier a commis de graves erreurs dans l’application des indices, de sorte qu’elle a subi un préjudice financier ;
- il est urgent que soient réparées les irrégularités relatives à des indices mal reportés, des indemnités journalières qui ont déjà été décomptées et à des demandes d’indus alors qu’elle avait droit au maintien de son traitement ;
- les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être rejetées ;
- le rectorat de l’académie de Montpellier n’est pas fondé à soutenir que le solde réel de la dette due s’établit à 1 049,23 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de l’Hérault conclut à ce qu’il soit mis hors de cause et à ce que la demande présentée par la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative soit rejetée.
Il fait valoir que :
alors que la contestation formée par Mme A... a été reçue le 15 décembre 2020, il a transmis cette réclamation à l’ordonnateur et a suspendu le recouvrement, une décision implicite de rejet de cette contestation étant née le 15 juin 2021 ;
il n’est pas compétent dans la présente affaire, dès lors que les moyens tirés de la liquidation et du bien-fondé du titre de perception relèvent de la compétence de l’ordonnateur.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2022 et 13 décembre 2022, la rectrice de l’académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
la requête est irrecevable en raison, d’une part, de l’absence de demande préalable et, d’autre part, d’une motivation insuffisante ;
les moyens de la requête dirigés contre le titre exécutoire du 26 octobre 2020 et de la décision portant rejet de recours sont inopérants ou infondés ;
dès lors que l’intéressée a perçu des rappels de rémunération à hauteur de 3 485,75 euros, le solde réel dû par Mme A... s’établit à 1 029,23 euros
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur des moyens relevés d’office tirés, d’une part, de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’injonction à titre principal en l’absence de demande d’annulation d’une décision administrative et, d’autre part, de l’irrecevabilité des conclusions tendant à la constatation d’un préjudice, dès lors que le juge administratif ne peut être saisi d’actions tendant seulement à la constatation de droits.
Vu :
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de M. Aymard,
-
les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
-
et les observations de Me Gonzalez représentant Mme A....
Considérant ce qui suit :
Mme A... est un agent contractuel de la direction départementale des services de l’éducation nationale du Gard, et intervient en qualité d’accompagnant d’élèves en situation de handicap. Le 26 octobre 2020, les services du rectorat de l’académie de Montpellier ont émis à l’encontre de l’intéressée un titre de perception d’un montant de 4 514,98 euros correspondant au paiement à tort d’éléments de rémunération. Par un courrier du 11 décembre 2020, reçu le 15 décembre 2020, Mme A... a contesté ce titre de perception auprès de la direction départementale des finances publiques de l’Hérault. Cette réclamation, qui a été transmise au rectorat de l’académie de Montpellier, a donné lieu à une décision implicite, née le 15 juin 2021, portant rejet de la contestation présentée par Mme A.... Par la présente requête, l’intéressée demande au tribunal d’annuler le titre exécutoire précité émis le 26 octobre 2020 et la décision du 15 juin 2021 portant rejet de sa contestation, et de prononcer la décharge de l’obligation mise à sa charge de payer la somme de 4 514,98 euros.
Sur les conclusions à fin d’annulation du titre exécutoire du 26 octobre 2020 et de la décision du 15 juin 2021 portant rejet de la contestation formée par Mme A... :
Aux termes de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « (…) Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. (…) ». En application de ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
En l’espèce, le titre exécutoire attaqué mentionne de manière suffisamment détaillée les différents indus de rémunération mis en recouvrement par ce titre, en précisant notamment les éléments de rémunération versés par erreur, leur montant, ainsi que la période de paie à laquelle chaque indu se rapporte. Dès lors que ces mentions mettaient à même Mme A... de comprendre les trop-versés de rémunération qui lui étaient réclamés, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire contesté serait entaché d’un défaut de motivation.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 12 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : « L'agent non titulaire en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, pendant une période de douze mois consécutifs si son utilisation est continue ou au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs si son utilisation est discontinue, de congés de maladie dans les limites suivantes : / Après quatre mois de services : / - un mois à plein traitement ; / - un mois à demi-traitement ; / Après deux ans de services : / - deux mois à plein traitement ; / - deux mois à demi-traitement ; / Après trois ans de services : / - trois mois à plein traitement ; / - trois mois à demi-traitement. ».
Si la requérante se prévaut des dispositions de l’article 34 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, ces dispositions sont toutefois inapplicables en l’espèce, dès lors que Mme A... n’est pas fonctionnaire. A supposer que la requérante, agent contractuel, ait entendu se prévaloir des dispositions précitées de l’article 12 du décret du 17 janvier 1986, la requête et le mémoire complémentaire de Mme A... ne précisent pas en quoi le rectorat de l’académie de Montpellier aurait, dans le cadre de l’établissement du titre exécutoire en litige, méconnu ces dispositions. Dans ces conditions, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que le rectorat de Montpellier aurait méconnu les règles applicables en matière de rémunération en période de congés de maladie.
En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations « Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. ».
D’une part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, ni d’aucun autre texte légal ou règlementaire, que l’administration serait tenue, en cas d’indus en matière de rémunération, d’en informer l’agent concerné préalablement à l’édiction du titre exécutoire.
D’autre part, la requérante indique, sans plus de précisions, que les demandes de remboursement concernant l’année 2018 sont prescrites. Alors qu’il résulte des mentions portées sur le titre exécutoire qu’aucun trop-versé mis en recouvrement par le titre de perception en litige n’est antérieur au 1er octobre 2018 et que le titre exécutoire en litige a été émis le 26 octobre 2020, la totalité des rappels de rémunération auxquels le rectorat de Montpellier a procédé a ainsi été effectuée, conformément aux dispositions du premier alinéa de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans le délai de deux ans, lequel a commencé à courir au plus tôt le 1er novembre 2018.
Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation du titre exécutoire du 26 octobre 2020 et de la décision de rejet de sa contestation formée le 11 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin de décharge de l’obligation de payer la somme de 4 514,98 euros :
Il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à solliciter la décharge de l’obligation de payer la somme de 4 514,98 euros.
Sur les conclusions tendant à ce qu’il soit ordonné à l’administration de recalculer le traitement auquel elle a droit en application de ces contrats de travail :
Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif ni de faire œuvre d'administrateur, ni de prononcer des injonctions à l'administration, en dehors des cas d'exécution d'une décision juridictionnelle prévus par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, les conclusions tendant à ce qu’il soit ordonné à l’administration de recalculer le traitement auquel Mme A... a droit en application de ces contrats de travail sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ce que soit constaté le préjudice qu’estime avoir subi Mme A... :
Le juge administratif ne peut être saisi d’actions tendant seulement à la constatation de droits. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit constaté le préjudice qu’estime avoir subi Mme A... sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la rectrice de l’académie de Montpellier, que la requête de Mme A... est rejetée.
Sur les conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Les conclusions présentées par Mme A... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans cette instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l’académie de Montpellier et au directeur départemental des finances publiques de l’Hérault.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
Le greffier,
B. GALLIOT
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.