mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GEOFFRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2021 et le 15 février 2022, M. C G et Mme F D, représentés par Me Geoffret, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le maire de Sablet a délivré un permis de construire à Mme E et, d'autre part, l'arrêté de cette même autorité du 24 décembre 2021 portant permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sablet la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête, introduite dans un délai raisonnable, n'est pas tardive compte tenu de l'irrégularité de l'affichage du permis de construire en litige ;
- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- le dossier de demande de permis de construire initial est irrégulièrement composé au regard des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- le projet autorisé par le permis initial méconnaît l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- ce projet ne respecte pas l'article UC 9 du même règlement ;
- il contrevient à l'article UC 10 de ce règlement ;
- il méconnaît son article UC 11 ;
- il ne respecte pas l'article UC 12 ;
- il méconnaît l'article UC 13 ;
- le permis initial a été obtenu par fraude ;
- le permis modificatif en litige n'a pas régularisé les vices dont est entaché le permis initial.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juillet et 4 octobre 2023, la commune de Sablet, représentée par Me Clauzade, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 décembre 2021, au rejet du surplus des conclusions de la requête ou, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en toute hypothèse, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les conclusions des requérants tendant à l'annulation du permis modificatif en litige sont devenues sans objet compte tenu du retrait, devenu définitif, de ce permis modificatif ;
- subsidiairement, les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Geoffret, représentant les requérants, et celles de Me Clauzade, représentant la commune de Sablet.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 octobre 2020, le maire de Sablet a délivré un permis de construire à Mme E en vue de l'édification d'une maison individuelle, d'un bâtiment comportant un garage et un logement ainsi que d'une piscine sur un terrain situé chemin de la Saugie et classé en secteur UCb du plan local d'urbanisme communal. Mme E s'est ensuite vue délivrer, le 24 décembre 2021, un permis de construire modificatif. M. G et Mme D demandent l'annulation pour excès de pouvoir des arrêtés du 12 octobre 2020 et du 24 décembre 2021.
Sur le non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2021 :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui prive d'objet le recours formé à son encontre. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 22 mars 2022, le maire de Sablet a notamment retiré l'arrêté contesté du 24 décembre 2021 par lequel il avait délivré un permis de construire modificatif à Mme E. Cet arrêté de retrait étant devenu définitif en cours d'instance, les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2021 sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par la commune de Sablet :
4. En premier lieu, en application du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le recours formé contre une décision administrative doit être présenté dans le délai de deux mois à compter de sa notification ou de sa publication. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". L'article R. 424-15 du même code dispose que : " Mention du permis explicite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier () ". Il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire de justifier qu'il a bien rempli les formalités d'affichage prescrites par ces dispositions.
5. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué en défense, que le permis de construire délivré le 12 octobre 2020 à Mme E aurait fait l'objet d'un affichage continu et régulier sur le terrain d'assiette du projet. D'autre part, si M. G et Mme D, propriétaires du terrain d'assiette du projet, ont obtenu communication de ce permis de construire à l'occasion de la signature, le 7 novembre 2020, de l'acte de vente de ce terrain à Mme E, cette circonstance ne saurait suffire à avoir déclenché le délai de recours contentieux de deux mois à leur égard, alors au demeurant que cet acte de vente rappelle à Mme E qu'il lui appartient de faire procéder sans délai à l'affichage du permis avant de préciser que " seul l'affichage sur le terrain fait courir à l'égard des tiers le délai de recours contentieux ". Il en va de même de la circonstance dont se prévaut la commune défenderesse qu'un procès-verbal de constat a été établi le 25 juin 2021 à la demande de ces derniers. A ces conditions, et alors que M. G et Mme D n'ont formé aucun recours administratif à l'encontre du permis de construire en litige, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions des intéressés dirigées contre ce permis délivré le 12 octobre 2020 doit être écartée.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement () ". L'article L. 600-1-3 du même code dispose que : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
8. Il ressort des pièces du dossier que la propriété bâtie de M. G et Mme D jouxte le terrain d'assiette du projet, terrain dont les intéressés étaient encore propriétaires à la date d'affichage en mairie de la demande de la pétitionnaire, ainsi d'ailleurs qu'à celle de la délivrance du permis de construire en litige. Les requérants, qui sont voisins immédiats de ce terrain, font notamment état des nuisances sonores et visuelles liées à l'édification des constructions autorisées par le permis en litige. A ces conditions, compte tenu de la configuration des lieux et de la nature du projet, et sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance que M. G et Mme D ont vendu le terrain en cause à Mme E postérieurement à l'obtention par cette dernière du permis de construire en litige, les requérants, qui détiennent et occupent régulièrement leur bien, justifient d'un intérêt à agir contre ce permis de construire. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la commune de Sablet doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité du permis de construire en litige :
9. En premier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. D'une part, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; () / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ".
11. Il ressort du dossier de demande de permis de construire, et notamment des pièces complémentaires produites par la pétitionnaire, que l'autorité d'urbanisme a été mise en mesure d'apprécier l'état initial du terrain d'assiette du projet - lequel est partiellement boisé, présente une " différence de niveau " altimétrique et ne comporte pas de clôtures - et de ses abords, le traitement des éléments de végétation et espaces libres projetés, ainsi que les matériaux et les couleurs des constructions litigieuses, et, plus généralement, l'ensemble des éléments visés à l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme. A ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'insuffisance du dossier de demande de permis au regard de ces dispositions.
12. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".
13. Le dossier de demande de permis de construire déposé par la pétitionnaire comporte un plan de coupe faisant apparaître l'implantation des constructions projetées par rapport au profil du terrain. La notice descriptive fait notamment état d'une " différence de niveau " altimétrique de ce terrain et indique que le " projet minimise au maximum (son) impact en s'inscrivant au mieux sur le terrain, sans gros terrassement ". Ainsi, à regarder même les travaux projetés comme étant de nature à modifier le profil du terrain d'assiette, l'ensemble des éléments joints au dossier de demande ont mis l'autorité administrative à même d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet : " Lorsque les constructions ne joignent pas les limites séparatives, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 4 mètres. / A cette bande de 4 mètres, comptée à partir des limites séparatives, toute construction sera limitée à 3,5 mètres de hauteur à l'égout des toitures () ". En l'absence de toute précision contraire, la " hauteur à l'égout des toitures " mentionnée au deuxième alinéa de l'article UC 7 doit être mesurée par rapport au niveau du terrain naturel, lequel doit s'entendre du sol tel qu'il existe dans son état antérieur aux travaux entrepris pour la réalisation du projet faisant l'objet d'une demande de permis de construire et peut correspondre, le cas échéant, au sol aménagé par le lotisseur et mis à disposition des acquéreurs des lots.
15. Si le plan de masse joint à la demande de permis de construire fait apparaître que la hauteur du " bâtiment annexe " projeté ne doit pas excéder 3,50 mètres à l'égout des toitures, il ressort toutefois des autres plans joints à cette demande, et notamment des plans des façades nord et sud du bâtiment en cause, que le terrain naturel présente un caractère pentu au droit de ce bâtiment qui doit être édifié dans la bande de quatre mètres mentionnée à l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet. A ces conditions, il ressort de l'ensemble des éléments joints à la demande de permis de construire de Mme E que la hauteur de ce " bâtiment annexe ", mesurée à partir du terrain naturel, ne sera pas limitée, en tout point, à 3,50 mètres à l'égout des toitures. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire en litige ne respecte pas, dans cette mesure, les prescriptions du deuxième alinéa de cet article UC 7.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet : " () / A les secteurs UCb (), l'emprise au sol de toute construction ne pourra jamais excéder 25 % de la superficie du terrain () ". En l'absence de prescriptions particulières dans le règlement du document local d'urbanisme précisant la portée de cette notion, l'emprise au sol s'entend, en principe, comme la projection verticale du volume de la construction, tous débords inclus ainsi que le prévoit l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme.
17. Le terrain d'assiette du projet présentant une superficie de 1 013 mètres carrés, l'emprise au sol maximale des constructions ne doit pas y excéder 253,25 mètres carrés en vertu des dispositions citées au point précédent. Le plan de masse indique que les constructions projetées présentent une emprise au sol totale de 252 mètres carrés. Si les requérants soutiennent que le calcul de l'emprise au sol serait erroné, dans la mesure où il ne tiendrait pas compte de la projection verticale du volume de l'escalier extérieur projeté, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet escalier, qui doit être aménagé dans la pente du terrain ainsi que le relève la commune défenderesse, dépasserait le niveau du terrain naturel. A ces conditions, il n'apparaît pas que l'emprise au sol totale du projet excéderait 25 % de la superficie du terrain d'assiette. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet doit être écarté.
18. En quatrième lieu, l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet dispose que : " La hauteur des constructions et installations ne pourra excéder 7 mètres à l'égout des toitures et 9 mètres au faîtage. / La hauteur des annexes est limitée à 4 mètres au faîtage () ".
19. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux, qui porte sur la création de la " résidence principale " de la pétitionnaire selon le formulaire normalisé de demande, consiste en l'édification d'une maison individuelle, d'une piscine et d'une autre construction, dénommée " bâtiment annexe ", comportant un garage à son premier niveau et un logement à son second niveau. Ce dernier bâtiment, dont deux des façades doivent être implantées en limite séparatives, présente des dimensions nettement inférieures à celles de la maison individuelle projetée. Le plan de masse fait apparaître qu'il doit être implanté à proximité de celle-ci et la notice descriptive précise qu'il est destiné à accueillir un " logement annexe " lequel, tout comme le garage qui occupera son premier niveau, présentera ainsi un lien fonctionnel avec la construction principale. Au regard de sa destination et de ses caractéristiques, ce bâtiment doit être regardé comme étant au nombre des " annexes " au sens et pour l'application du deuxième alinéa de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet.
20. D'autre part, il ressort du plan de masse que le bâtiment annexe projeté présente une hauteur au faîtage de 4,49 mètres et excède ainsi la hauteur maximale autorisée par les dispositions du deuxième alinéa de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Sablet a, dans cette mesure, fait une inexacte application de ces dispositions.
21. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet : " () / Les constructions doivent respecter la topographie existante en évitant les accumulations de terre formant butte. () / Les tons doivent s'harmoniser avec ceux de l'architecture traditionnelle locale. / Les matériaux de couverture seront de préférence en tuile ronde de teinte vieillie. Ils s'harmoniseront avec ceux des constructions avoisinantes. Pour les hangars, garages, remises, etc, la couleur des toitures devra être celle des tuiles vieillies. () / Les enduits seront dans la teinte du sable local ou de la pierre locale. / Les teintures de couleur des enduits ne pourront jamais être blanches. () / Les murs et murs bahut sont préférables aux grillages, à condition que leur hauteur soit comprise entre 1 m et 1,80 m. A le cas de mur bahut, la hauteur du mur ne pourra excéder plus du tiers de la hauteur totale de la clôture. Elles pourront être doublées d'une haie vive plantée à l'intérieur () ".
22. D'une part, la notice descriptive du projet prévoit que les " enduits seront de couleur terre à ocre ". Si les requérants soutiennent que la teinte des enduits n'est pas conforme aux exigences des dispositions de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que le permis de construire en litige est assorti, à son article 2, d'une prescription prévoyant la réalisation d'enduits respectant ces dispositions relatives aux enduits. D'autre part, en se bornant à faire état du contenu, insuffisant selon eux, de la notice descriptive jointe à la demande de construire de Mme E, les requérants ne font état d'aucun élément de nature à établir que le projet litigieux méconnaîtrait les dispositions citées ci-dessus de cet article UC 11.
23. En sixième lieu, l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet dispose que : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques ou privées. / a) Véhicules motorisés : La superficie à prendre en compte pour le stationnement d'un véhicule est de 25 m², y compris les accès. / Les besoins minimums à prendre en compte sont : / Habitations : / - 1 place de stationnement par logement de moins de 50 m² de surface de plancher ; / - 2 places de stationnement par logement de 50 m² et plus de surface de plancher () ".
24. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le projet litigieux prévoit la création de deux logements distincts. Il ressort des pièces du dossier que le logement projeté dans le " bâtiment annexe " présentera, à l'instar de celui prévu dans la maison individuelle, une surface de plancher de plus de 50 mètres carrés. Compte tenu de ses caractéristiques, le projet rendait ainsi nécessaire la création de quatre places de stationnement. Le formulaire normalisé joint à la demande de permis de construire fait état de l'aménagement d'une place de stationnement non couverte et non close ainsi que d'une surface dédiée au stationnement clos et couvert de 55 mètres carrés, laquelle correspond au garage déjà évoqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce garage permettrait, eu égard à sa superficie, d'assurer le stationnement de trois véhicules motorisés dans des conditions conformes aux exigences de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet, lequel prévoit que la " superficie à prendre en compte pour le stationnement d'un véhicule est de 25 m², y compris les accès ". A ces conditions, le projet litigieux ne pouvant être regardé comme prévoyant la création de plus de trois places de stationnement, dont deux dans le garage, alors que quatre places étaient requises en vertu des dispositions citées au point précédent de cet article UC 12, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire en litige méconnaît ces dispositions.
25. En septième lieu, aux termes de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet : " Excepté dans le secteur faisant l'objet d'une OAP, la superficie minimum concernant les espaces verts doit être de 30 % minimum de l'assiette du terrain. / Les surfaces libres de toute construction, les dépôts et les aires de stationnement doivent être entretenus et plantés (un arbre de hautes tiges pour six places de parking). / La plantation de feuillus de hautes tiges bien adaptés à l'écologie et au paysage du site (platanes, marronniers, tilleuls, micocouliers, ) sur les espaces non bâtis ainsi que de plantes grimpantes à feuillage caduque (glycine, vigne, ) sur tonnelle ou en façade est vivement conseillée, afin de contribuer au confort climatique (ombrage estival et ensoleillement hivernal). / La plantation de résineux ou d'essences étrangères à la région (cyprès bleus, sapins, pins maritimes, ) n'est pas conseillée. / Les surfaces minérales imperméabilisées (terrasses revêtues en dur, enrobés, béton, () devront être limitées, afin d'éviter le ruissellement excessif des eaux pluviales. Les revêtements de sol drainant (clapicette, gravier, ) seront choisis de préférence afin de faciliter l'infiltration des eaux pluviales sur place ".
26. D'une part, le terrain d'assiette du projet n'étant pas inclus dans le périmètre d'une orientation d'aménagement et de programmation, il appartenait à la pétitionnaire de prévoir, en application des dispositions citées au point précédent, l'affectation d'au moins 30 % de sa superficie de 1 013 mètres carrés à des espaces verts, soit 303,9 mètres carrés. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la notice descriptive selon laquelle " de larges espaces verts " plantés seront aménagés au sud du terrain d'assiette, ni des autres éléments joints à la demande de permis de construire de Mme E, que le projet litigieux satisferait aux exigences du premier alinéa de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en délivrant le permis de construire en litige, le maire de Sablet a fait une inexacte application de ces dispositions.
27. D'autre part, si les requérants soutiennent que le projet litigieux ne prévoit la plantation d'aucun arbre de haute tige, il résulte de leurs termes mêmes que les dispositions du deuxième alinéa de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet n'imposent la plantation d'un tel arbre que lorsque le projet prévoit au moins six places de parking et que celles de son troisième alinéa se bornent à " vivement conseill(er) " la plantation de feuillus de hautes tiges sur les espaces non bâtis. Il suit de là que ce moyen ne saurait être accueilli.
28. Enfin, en se bornant à soutenir que les deux terrasses projetées, d'une superficie totale de 66 mètres carrés selon eux, entraînent une " imperméabilisation d'une ampleur excessive ", les requérants n'établissent pas en quoi le projet méconnaîtrait, dans cette mesure, les dispositions citées ci-dessus du dernier alinéa de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet.
29. En huitième et dernier lieu, un permis de construire n'a pas d'autre objet que d'autoriser des constructions conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces constructions risqueraient d'être ultérieurement transformées ou affectées à un usage non-conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.
30. La fraude, dont le juge de l'excès de pouvoir apprécie l'existence à la date du permis de construire, est caractérisée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, y compris, le cas échéant, au vu d'éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à cette date, que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration ou s'est livré à des manœuvres en vue d'obtenir un permis de construire indu.
31. D'une part, le dossier de demande de permis de construire déposé par Mme E, et en particulier les plans qui y sont joints ainsi que de la notice descriptive qui fait état d'une " différence de niveau " du terrain d'assiette du projet ainsi que de l'absence de " gros terrassement ", permettent d'apprécier le profil altimétrique de ce terrain. Si les requérants soutiennent que la pétitionnaire a volontairement transmis des informations erronées, voire mensongères, au service instructeur en ce qui concerne tant le profil du terrain naturel que l'ampleur des travaux de terrassement requis, ils n'établissent pas, par les seuls éléments qu'ils versent aux débats, que l'intéressée aurait eu l'intention de tromper l'administration. Au demeurant, à supposer même que le dossier de demande de permis de construire comporterait des informations erronées sur les points litigieux, cette circonstance ne saurait, à elle seule, suffire à faire regarder la pétitionnaire comme s'étant livrée, à l'occasion du dépôt de sa demande, à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
32. D'autre part, en se bornant à soutenir que, compte tenu du profil réel du terrain naturel, l'édification d'un mur de clôture sera nécessaire et que le dossier de demande de permis de construire ne comporte aucun élément relatif au traitement des clôtures, les requérants n'établissent pas que la pétitionnaire aurait eu l'intention de tromper l'administration sur ce point afin d'obtenir indûment la délivrance du permis de construire litigieux.
En ce qui concerne l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
33. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.
34. Les vices relevés ci-dessus, tirés de la méconnaissance des articles UC 7, UC 10, UC 12 et UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet, n'affectent que ces parties du projet et peuvent faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ces vices la portée de l'annulation prononcée et de fixer à deux mois le délai dans lequel la pétitionnaire pourra en demander la régularisation.
35. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Sablet du 12 octobre 2020 en tant que le projet autorisé méconnaît les dispositions des articles UC 7, UC 10, UC 12 et UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sablet.
Sur les frais liés au litige :
36. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du maire de Sablet du 24 décembre 2021.
Article 2 : L'arrêté du maire de Sablet du 12 octobre 2020 est annulé dans la mesure précisée au point 35 du présent jugement.
Article 3 : Le délai imparti à Mme E pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et Mme F D, à la commune de Sablet et à Mme B E.
Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Carpentras.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026