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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102852

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102852

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2021, Mme C B épouse A, représentée par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle la préfète du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour formée le 3 février 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs, régulièrement faite le 3 juin 2021 au visa de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2 du CESEDA, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable car dirigée contre une décision de rejet de demande de titre de séjour inexistante, cette demande n'ayant pas été enregistrée en l'absence de présentation de la requérante à la convocation du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Galtier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ukrainienne née le 29 juin 1985, a sollicité le 3 février 2021 auprès des services préfectoraux du Gard la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant de l'Union européenne. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision intervenue le 3 juin 2021 par laquelle la préfète du Gard a implicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la demande déposée par Mme A et désormais repris à l'article R*. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code, repris à l'article R. 432-2 : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 114-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie () ". Et aux termes de l'article L. 114-5 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité son admission au séjour par une demande du 3 février 2021, reçue par les services de la préfecture le même jour. La préfète du Gard fait valoir pour sa part que, dans la mesure où par courriel du 15 juillet 2021, la requérante a été invitée à se présenter à la préfecture pour compléter son dossier le 17 septembre 2021, notamment par un relevé d'empreintes, et que cette dernière n'a pas honoré cette convocation, aucune décision de refus de séjour n'a été prise à son encontre, le dossier réputé incomplet a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 29 septembre 2021 et lui a été retourné. Toutefois, la convocation au rendez-vous du 17 septembre 2021 a été adressée à Mme A le 15 juillet 2021, plus de cinq mois après la réception de sa demande, de sorte qu'elle n'a pu suspendre le délai au terme duquel la demande de titre de séjour était réputée rejetée à défaut de décision expresse, délai qui avait ainsi déjà expiré. Ainsi, contrairement à ce que soutient la préfète du Gard, une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée par Mme A le 3 février 2021, soit le 3 juin 2021, sans qu'y puisse y faire obstacle les mentions apposées sur l'attestation de demande de titre de séjour ou les mesures d'instruction diligentées par les services préfectoraux postérieurement à cette dernière date. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'existence de la décision implicité de rejet de la demande de titre de séjour ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision implicite du 3 juin 2021 :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 3 juin 2021, réceptionné par courriel par les services de la préfecture le même jour, Mme A a demandé, dans le délai de recours contentieux, la communication des motifs de refus de sa demande de titre de séjour. L'administration n'ayant pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d'un mois imparti par les dispositions précitées, l'intéressée est fondée à soutenir que la décision implicite du 3 juin 2021 est, pour ce motif, entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 3 juin 2021 par laquelle la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui annule la décision de la préfète du Gard, eu égard au motif de cette annulation, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée, mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Gard d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement, à ce titre, d'une somme de 1 000 euros à Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Gard du 3 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard de réexaminer la demande d'admission au séjour de Mme A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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