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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102856

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102856

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 septembre 2021 et le 2 mars 2023, M. A C, représenté par la SELARL Blanc - Tardivel - Bocognano, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le maire de Nîmes s'est opposé à sa déclaration préalable de clôture ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- le motif d'opposition fondé sur les articles N 1 et N 2 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal, le projet litigieux pouvant être autorisé en application de l'article N 11 du même règlement ;

- l'arrêté contesté procède illégalement, en l'absence de procédure contradictoire préalable, au retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration dont il est devenu titulaire à l'issue du délai d'instruction ;

- la demande de substitution de motifs présentée par la commune devra être rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés ;

- l'arrêté contesté peut être fondé sur un autre motif tiré de ce que la demande d'autorisation d'urbanisme aurait dû porter sur l'ensemble des travaux réalisés sur le terrain d'assiette sans autorisation et en méconnaissance des articles N 1 et N 2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par lettres du 4 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction de délivrance du certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations sur ce point.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Blanc, représentant M. C, et celles de M. B, représentant la commune de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé, le 20 mai 2021, une déclaration préalable en vue de la pose d'une clôture et de deux portails sur un terrain situé au lieu-dit " La Ponche Sud " sur le territoire de la commune de Nîmes. Par un arrêté du 16 juillet suivant, le maire de Nîmes s'est opposé à sa déclaration préalable. M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 16 juillet 2021.

Sur la légalité de la décision en litige :

2. En premier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de donner aux décisions administratives qui lui sont déférées leur exacte qualification.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur () la déclaration préalable ". L'article R. 424-1 du même code dispose que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut () : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". En vertu des dispositions de l'article R. 423-19 et de celles du a) de l'article R. 423-23 du même code, le délai d'instruction de droit commun est fixé à un mois, à compter de la réception en mairie d'un dossier complet, pour les déclarations préalables.

4. Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'une déclaration préalable est réputé être titulaire d'une décision tacite de non-opposition si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai d'instruction prévu par le code de l'urbanisme, qui n'est pas un délai franc. Cette notification intervient à la date à laquelle le déclarant accuse réception de la décision, en cas de réception dès la première présentation du pli la contenant, ou, à défaut, doit être regardée comme intervenant à la date à laquelle le pli est présenté pour la première fois à l'adresse indiquée par le déclarant. Lorsqu'une décision expresse d'opposition à déclaration est notifiée au pétitionnaire postérieurement à l'expiration du délai d'instruction, cette décision expresse s'analyse, quelle que soit la date de son édiction, comme un retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration née antérieurement.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le dossier de déclaration préalable de M. C a été déposé le 20 mai 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué en défense, que le délai d'instruction d'un mois aurait été régulièrement modifié. Du fait du silence gardé par le maire de Nîmes jusqu'à l'expiration de ce délai, le 20 juin 2021, M. C s'est trouvé, à compter de cette date, titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable que l'arrêté du 16 juillet suivant a eu pour effet de retirer.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ".

7. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationale ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". L'article L. 122-1 de ce code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

8. La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition à déclaration préalable que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

9. Il n'est pas contesté que M. C n'a pas été informé de la mesure de retrait qu'envisageait de prendre le maire de Nîmes, ni mis en mesure de présenter ses observations avant son édiction. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas fait état en défense d'une situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision de retrait a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que M. C a été effectivement privé de la garantie évoquée au point précédent.

10. D'autre part, l'arrêté contesté a été pris au motif que le projet litigieux méconnaît les dispositions des articles N 1 et N 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes, lesquelles précisent les types d'occupation ou d'utilisation des sols interdits ou admis sous conditions dans la zone N.

11. Sont applicables aux clôtures, dont celles qui prennent la forme d'un mur, les seules dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme édictées spécifiquement pour régir leur situation.

12. Le 2) de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes prévoit que sont notamment autorisés les " grillages soudés à mailles rectangulaires montés sur piquets métalliques, sans soubassement (directement à partir du terrain naturel) " ainsi que les " portails métalliques (sauf aluminium) ou en bois sans fantaisie ni fioritures ". En outre, il précise que : " La hauteur des clôtures mesurée du côté du terrain naturel le plus élevé ne devra pas excéder 2 m (deux mètres) ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux consiste en l'installation d'une clôture constituée d'un grillage d'une hauteur inférieure à deux mètres ainsi qu'en la pose de deux portails métalliques. Il n'est pas contesté que le projet litigieux peut être autorisé en application des dispositions citées ci-dessus de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes, lesquelles régissent spécifiquement l'implantation des clôtures. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le maire de Nîmes ne pouvait, comme il l'a fait, légalement se fonder sur les dispositions des articles N 1 et N 2 de ce règlement.

14. En troisième et dernier lieu, l'arrêté contesté étant notamment entaché du vice de procédure relevé au point 9, la commune de Nîmes ne peut utilement présenter une demande de substitution de motifs dans le cadre de la présente instance.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Nîmes du 16 juillet 2021.

Sur l'injonction d'office :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". L'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dispose que : " En cas () de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande () du déclarant () ".

17. L'exécution du présent jugement, qui annule la mesure de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont M. C est devenu titulaire, implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme lui soit délivré. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Nîmes de délivrer à l'intéressé un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Nîmes du 16 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Nîmes de délivrer à M. C le certificat de non-opposition tacite à sa déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Nîmes versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUXLa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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