vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | COSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2021, complétée par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, Mme D E demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 6 juillet 2021 par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse a refusé de donner suite à sa plainte du 30 octobre 2018 et de traduire le Dr A devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ;
2°) d'enjoindre au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse de réexaminer la plainte déposée à l'encontre du docteur B A ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse de porter plainte contre le docteur B A et de saisir la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été conviée à participer à la préparation du Conseil de l'ordre et de ce fait elle n'a pas pu présenter ses pièces ni exposer ses arguments, la motivation ne retenant que des éléments à la décharge du Dr A ; le principe du contradictoire n'a pas pu être observé ;
- elle a apporté suffisamment d'éléments en faveur de sa mise à l'écart intentionnelle pour que le docteur A soit déféré devant la chambre disciplinaire régionale car ses actes constituent une situation de harcèlement moral endurée depuis plusieurs années ;
- le harcèlement moral a consisté en une mise à l'écart répétée, volontaire, avec une éviction complète de la filière personnes âgées ; ces agissements ont continué à dégrader chaque jour un peu plus ses conditions de travail, ont porté atteinte à sa dignité, altéré sa santé physique et mentale, et compromis son avenir professionnel dans l'hôpital ;
- en rejetant sa demande de renvoi de plainte à la chambre disciplinaire de première instance compétente, alors qu'elle a été mise à l'écart et a fait l'objet de dénigrements et d'un harcèlement moral de la part du Dr A, éléments constitutifs d'une faute déontologique au sens de l'article R. 4127-56 du code de la santé publique, le conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse, représenté par Me Coste conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme E d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C Parisien ;
- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 30 octobre 2018, le Dr E, praticien hospitalier au centre hospitalier d'Avignon et responsable de l'unité mobile de gériatrie, a transmis une plainte à l'encontre du Dr A, chef du " pôle personnes âgées " de ce centre hospitalier, au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse. Par une délibération du 8 janvier 2019, cette instance a refusé de saisir du cas du Dr A la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Par un jugement du 28 mai 2021, le tribunal administratif de Nîmes a annulé la délibération du conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse du 8 janvier 2019 et a enjoint au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de transmission de plainte formée par Mme E dans un délai de quatre mois. Par une nouvelle délibération du 6 juillet 2021, le conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse a refusé de donner suite à sa plainte du 30 octobre 2018 et de traduire le Dr A devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Mme E demande l'annulation de cette délibération.
Sur la légalité de la délibération attaquée :
En ce qui concerne la légalité externe
2. Aux termes de l'article L. 4123-2 du code de la santé publique : " Il est constitué auprès de chaque conseil départemental une commission de conciliation composée d'au moins trois de ses membres. La conciliation peut être réalisée par un ou plusieurs des membres de cette commission, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. / Lorsqu'une plainte est portée devant le conseil départemental, son président en accuse réception à l'auteur, en informe le médecin, le chirurgien-dentiste ou la sage-femme mis en cause et les convoque dans un délai d'un mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte en vue d'une conciliation. En cas d'échec de celle-ci, il transmet la plainte à la chambre disciplinaire de première instance avec l'avis motivé du conseil dans un délai de trois mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte, en s'y associant le cas échéant. () En cas de carence du conseil départemental, l'auteur de la plainte peut demander au président du conseil national de saisir la chambre disciplinaire de première instance compétente. Le président du conseil national transmet la plainte dans le délai d'un mois ".
3. Par dérogation à ces dispositions, l'article L. 4124-2 du code la santé publique prévoit, s'agissant des " médecins () chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ", qu'ils " ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit () ". Les personnes et autorités publiques mentionnées à cet article ont seules le pouvoir de traduire un médecin chargé d'un service public devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. En particulier, un conseil départemental de l'ordre des médecins exerce, en la matière, une compétence propre et les décisions par lesquelles il décide de ne pas déférer un médecin devant la juridiction disciplinaire peuvent faire directement l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative.
4. Il découle de ce qui a été dit au point 3 que les dispositions de l'article L. 4123-2 du code la santé publique citées au point 2 ne s'appliquent pas aux décisions par lesquelles un conseil départemental de l'ordre des médecins apprécie, sur le fondement de l'article L. 4124-2 du même code, s'il y a lieu de traduire un médecin chargé d'une fonction publique devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision de ne pas saisir la juridiction disciplinaire aurait dû faire l'objet d'un débat en sa présence, étant rappelé que l'article L 4123-12 du CSP énonce que " les délibérations du conseil départemental de l'ordre ne sont pas publiques " et aucune autre disposition législative ou règlementaire prévoyant une procédure contradictoire préalable n'étant applicable en l'espèce.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 4127-112 du même code : " Toutes les décisions prises par l'ordre des médecins en application du présent code de déontologie doivent être motivées. / Celles de ces décisions qui sont prises par les conseils départementaux peuvent être réformées ou annulées par le conseil national soit d'office, soit à la demande des intéressés ; celle-ci doit être présentée dans les deux mois de la notification de la décision ". Les décisions visées par ces dispositions sont les décisions d'ordre administratif prises par les instances ordinales en application du code de déontologie des médecins, lesquelles ne comprennent pas les décisions que ces instances peuvent prendre en matière disciplinaire, comme celles qui sont mentionnées aux articles L. 4124-2 et L. 4123-2 du code de la santé publique, cités aux points précédents. Dès lors, Mme E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 4127-112 pour soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.
6. Mme E soutient également que le conseil départemental de l'ordre des médecins n'aurait pas relevé tous les éléments à charge de sa plainte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'essentiel des griefs de la requérante ont été examinés par cette instance, étant au surplus observé que l'instance ordinale n'était pas tenue de se prononcer expressément, dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 4124-2 du code de la santé publique, sur l'ensemble des griefs énoncés par la plaignante. Dès lors, le conseil départemental de l'ordre des médecins, qui a refusé de déférer le docteur A devant la chambre disciplinaire de première instance, doit être réputé avoir implicitement écarté les griefs qu'elle ne cite pas de manière détaillée. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. Aux termes de l'article R. 4127-5 du code de la santé publique : " Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. ". En outre, aux termes de l'article R. 4127-56 de ce code : " Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité. / Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par l'intermédiaire du conseil départemental de l'ordre. / Les médecins se doivent assistance dans l'adversité. "
8. Lorsqu'il est saisi d'une plainte d'une personne qui ne dispose pas du droit de traduire elle-même un médecin en chambre de discipline, il appartient au conseil de l'ordre des médecins de décider des suites à donner à la plainte. Il dispose, à cet effet, d'un large pouvoir d'appréciation et peut tenir compte notamment de la gravité des manquements allégués, du sérieux des éléments de preuve recueillis ainsi que de l'opportunité d'engager des poursuites compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
9. Mme E, qui exerçait au centre hospitalier d'Avignon comme responsable de l'" unité mobile de gériatrie " du " pôle urgences - réanimation - activités transversales ", soutient avoir subi un harcèlement moral de la part de son confrère le Dr A, chef du " pôle personnes âgées " de ce centre hospitalier, qu'elle aurait enduré de 2012 à son arrêt de travail le 13 septembre 2018. Elle invoque d'une part une mise à l'écart et une éviction de la filière Personnes âgées et d'autre part un dénigrement de ses compétences avec des propos mensongers du Dr A.
10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le Dr E n'appartenait pas au " pôle personnes âgées " que dirigeait le Dr A, et même s'il peut paraître regrettable que Mme E n'ait pas été associée à certains des dossiers intéressant sa sphère de compétence, les éléments tangibles versés au dossier ne permettent pas de considérer que la requérante aurait, de manière systématique, fait l'objet d'une mise à l'écart de la filière personnes âgées à laquelle elle était rattachée. Surtout, le directeur adjoint du centre hospitalier d'Avignon, en poste depuis mars 2009 et en charge du pôle " personnes âgées ", atteste, que " l'unité mobile gériatrique () a toujours été rattachée fonctionnellement et physiquement au service des urgences. Cette décision était institutionnelle ; le pôle " personnes âgées " n'a jamais eu accès à cette unité ". Le directeur du centre hospitalier d'Avignon a en outre précisé que les groupes de travail relatifs à la " filière gériatrique " ont été constitués à son initiative à compter de janvier 2016 et qu'il en a seul arrêté la composition. " il a été décidé de retenir un médecin gériatre par établissement et pour ma part j'ai désigné le Docteur B A au titre du centre hospitalier d'Avignon. Dès lors, en aucun cas il n'a été de la responsabilité du Docteur A d'associer ou d'exclure qui que ce soit de ces groupe de travail ". Par conséquent, pour regrettables que soient les motifs pour lesquels Mme E a été conduite à quitter ses fonctions, les faits de mise à l'écart en cause ne sont pas suffisamment établis pour caractériser de la part du Dr A des manquements fautifs susceptibles de revêtir la qualification de faute disciplinaire.
10. S'agissant des faits de harcèlement et de dénigrement reprochés au Dr A et plus généralement de son comportement non-confraternel, les griefs invoqués font l'objet de témoignages contradictoires. S'il ressort des pièces du dossier qu'un conflit existait entre les deux médecins, les pièces versées à l'instance ne permettent ni de regarder comme établi un manquement à l'obligation de confraternité ni de retenir une qualification disciplinaire des faits reprochés au Dr A.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les événements invoqués par Mme E ne sont pas suffisants pour caractériser, au vu des seules pièces du dossier, des agissements de non-confraternité. Dès lors, le conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que les faits exposés par Mme E ne méconnaissaient pas les règles déontologiques précitées.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2021 du conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes de Mme E, partie perdante, relatives à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par le conseil départemental de l'ordre des médecins sur même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du conseil départemental de l'ordre des médecins présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ez ici]
N°2102974
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026