mardi 2 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102983 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GIL CROS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2021 et le 17 janvier 2022, M. B A et la société civile immobilière (SCI) Andalousie, représentés par Me Ramdenie, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le maire de Laudun-l'Ardoise a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable de division dont la SCI Andalousie est devenue titulaire et s'est opposé à cette déclaration préalable ;
2°) de condamner la commune de Laudun-l'Ardoise à leur verser la somme de 95 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Laudun-l'Ardoise la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. A, en sa qualité de gérant associé de la SCI Andalousie, justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision de retrait en litige a été prise au terme d'une procédure contradictoire irrégulière au regard de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté contesté ne pouvait être fondé sur les motifs tirés du non-respect du schéma de cohérence territoriale et du futur plan local d'urbanisme ;
- le motif fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est illégal ;
- le lotissement projeté, qui ne prévoit l'aménagement d'aucun espace commun, n'était pas soumis à permis d'aménager ;
- la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable n'étant pas illégale, elle ne pouvait légalement être retirée et le maire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune en procédant à son retrait ;
- il existe un lien de causalité entre la faute alléguée et les préjudices invoqués ;
- ils ont subi un préjudice financier qui devra être indemnisé à hauteur de 88 203,60 euros ;
- ils ont subi un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence qui seront réparés à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 novembre 2021 et le 15 février 2022, la commune de Laudun-l'Ardoise, représentée par la SELARL Gil - Cros, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Andalousie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par M. A ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés et le motif tiré du non-respect de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est fondé ;
- le maire était en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable dès lors que le lotissement projeté était soumis à permis d'aménager ;
- le maire n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune dès lors que le motif tiré du non-respect de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est fondé et qu'il était tenu de s'opposer à la déclaration préalable de division ;
- en tout état de cause, le lien de causalité entre la faute alléguée et les préjudices invoqués n'est pas établi ;
- le montant du préjudice réclamé n'est pas justifié.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Bourdin, représentant M. A et la SCI Andalousie, et celles de Me Cros, représentant la commune de Laudun-l'Ardoise.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Andalousie a déposé, le 18 mars 2021, une déclaration préalable en vue de la création de trois lots à bâtir sur une parcelle, cadastrée section YC n° 36, située chemin des Fontinelles sur le territoire de la commune de Laudun-l'Ardoise. Une décision tacite de non-opposition à cette déclaration de division parcellaire est née le 18 avril suivant, à l'issue du délai d'instruction de droit commun d'un mois. Par un arrêté du 16 juillet 2021, le maire de Laudun-l'Ardoise a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration dont la SCI Andalousie était devenue titulaire et s'est opposé à cette déclaration. Par un courrier daté du 15 septembre 2021, M. A, gérant de la SCI Andalousie, a saisi, en vain, le maire de Laudun-l'Ardoise d'une demande préalable afin d'obtenir réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 16 juillet 2021. M. A et la SCI Andalousie demandent au tribunal, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 juillet 2021 et, d'autre part, de condamner la commune de Laudun-l'Ardoise à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'illégalité de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Laudun-l'Ardoise :
2. La circonstance que l'un des auteurs d'une requête collective ne justifie pas d'un intérêt à agir ne fait pas obstacle à ce que les conclusions de cette requête soient jugées recevables, mais seulement à ce que le juge accueille les conclusions propres à ce requérant, telles celles tendant au remboursement des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que M. A ne justifierait pas d'un intérêt à agir ainsi que le fait valoir la commune de Laudun-l'Ardoise ne ferait pas obstacle à ce que les conclusions à fin d'annulation de la présente requête collective soient jugées recevables.
3. En tout état de cause, M. A se prévaut de sa qualité de gérant associé de la SCI Andalousie, société dont il détient des parts sociales. Il justifie, en cette qualité, d'un intérêt à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté contesté :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions () ".
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code prévoit que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Selon l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () ".
6. La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. A cet égard, l'autorité administrative compétente ne peut, en l'absence notamment d'une situation d'urgence, prendre régulièrement cette décision avant l'expiration du délai qu'elle a elle-même imparti à la personne intéressée pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
7. Lorsque le titulaire d'une autorisation d'urbanisme est informé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception de ce que le retrait de cette autorisation est envisagé et qu'il retire le pli dans le délai de quinze jours, prévu par l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques, le juge doit apprécier si le délai d'observation dont bénéficie le titulaire de l'autorisation est suffisant en faisant partir ce délai de la date de retrait du pli et non de sa date de présentation.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant le courrier du 14 juin 2021 par lequel le maire de Laudun-l'Ardoise a informé la SCI Andalousie de l'engagement de la procédure contradictoire préalable au retrait envisagé de l'autorisation de lotir tacite née le 18 avril 2021 a été adressé au cabinet Lesenne-Martinez par le biais d'un courrier électronique reçu le 25 juin suivant ainsi que par une lettre recommandée reçue quatre jours plus tard. La société pétitionnaire a, au vu de l'encadré n° 2 du formulaire normalisé de déclaration préalable, autorisé ce cabinet de géomètres-experts à recevoir les courriers de l'administration ainsi que les documents transmis par celle-ci au cours de l'instruction de cette déclaration. En revanche, il ne ressort pas des seules pièces versées aux débats, et notamment pas des courriers électroniques des 27 et 30 avril 2021 émanant de ce même cabinet et adressés aux services de la commune de Laudun-l'Ardoise, que la société pétitionnaire aurait autorisé le cabinet Lesenne-Martinez à la représenter dans l'hypothèse où, l'autorisation d'urbanisme sollicitée lui ayant été délivrée, le maire de Laudun-l'Ardoise envisagerait de la retirer. Dans ces conditions, les diligences accomplies par la commune de Laudun-l'Ardoise à l'égard de ce cabinet de géomètres-experts ne sauraient être regardées comme satisfaisant aux exigences d'information rappelées ci-dessus.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le pli évoqué au point précédent, contenant le courrier du 14 juin 2021, a également été adressé à la société pétitionnaire, représentée par son gérant, et que ce pli recommandé a, à cette fin, été pris en charge le 28 juin suivant par les services postaux, puis présenté pour la première fois à son destinataire le 12 juillet de la même année, avant d'être retiré le 15 juillet 2021. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le délai de quinze jours, imparti à M. A, en sa qualité de gérant de la SCI Andalousie, pour présenter des observations écrites ou orales, n'a commencé à courir qu'à compter de cette dernière date. Il en va d'ailleurs ainsi à supposer même que la commune défenderesse puisse utilement se prévaloir à cet égard du caractère anormalement long du délai d'acheminement de ce pli. Or, la décision de retrait en litige a été prise le 16 juillet 2021 - soit le lendemain du retrait du pli recommandé destiné à la SCI Andalousie -, date à laquelle M. A n'avait pas encore présenté d'observations écrites ou orales pour le compte de la société pétitionnaire dont il est le gérant. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas même allégué en défense, que cette décision de retrait serait intervenue dans un cas d'urgence, ou dans l'une des autres hypothèses visées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, de nature à dispenser le maire de Laudun-l'Ardoise de l'obligation de respecter la procédure contradictoire dont il avait lui-même fixé le terme. Dans ces conditions, la SCI Andalousie, titulaire de l'autorisation d'urbanisme tacite en cause, n'ayant pas disposé d'un délai suffisant pour présenter d'éventuelles observations, la décision de retrait en litige est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière. Il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que la société pétitionnaire a été effectivement privée d'une garantie.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis () d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". L'article L. 421-7 du même code dispose que : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ".
11. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par ce code ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
12. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus ou un retrait d'autorisation d'urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
13. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée ou retirée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande d'autorisation d'urbanisme, d'accorder l'autorisation sollicitée en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité du projet aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
14. Pour retirer l'autorisation de lotir tacitement délivrée à la société pétitionnaire et s'opposer à son projet de division, le maire de Laudun-l'Ardoise, après avoir notamment visé l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, a relevé que le projet litigieux est situé dans une " zone fortement boisé(e) et dont la configuration est accidentée ", que " ce secteur permet de retenir une grande quantité d'eau durant les épisodes pluvieux et assure une fonction d'infiltration des eaux pluviales superficielles ", avant d'indiquer que le " découpage de la parcelle nuit à la qualité d'aménagement du secteur ".
15. D'une part, si le maire de Laudun-l'Ardoise a également évoqué, dans l'arrêté contesté, le schéma de cohérence territoriale approuvé le 14 décembre 2020, ainsi que le classement à venir du secteur dans lequel s'inscrit la parcelle d'assiette du projet tant en zone naturelle qu'en espace boisé, il n'apparaît pas que ces indications constitueraient, eu égard aux termes dans lesquels cet arrêté est rédigé, des motifs distincts de celui évoqué au point précédent, lequel doit être regardé comme étant uniquement fondé sur les dispositions citées ci-dessus de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
16. D'autre part, il ne ressort pas des seules pièces versées aux débats que le secteur boisé et pentu dans lequel s'inscrit le terrain d'assiette du projet de lotissement serait exposé à un risque particulier d'inondation par ruissellement des eaux pluviales, ni d'ailleurs que la réalisation de ce projet d'une ampleur limitée serait susceptible d'engendrer, à terme, un risque pour la sécurité publique auquel pourraient être exposées les propriétés riveraines. Si le maire de Laudun-l'Ardoise a relevé, ainsi qu'il a été dit au point 14, que le secteur en cause " assure une fonction d'infiltration des eaux pluviales superficielles ", les seuls éléments produits par la commune défenderesse ne permettent pas d'établir l'existence, tant à la date de naissance de l'autorisation de lotir tacite qu'à celle de l'arrêté contesté, d'un risque pour la sécurité publique, lié en particulier aux caractéristiques de ce secteur auquel appartient la parcelle d'assiette du projet de lotissement, d'une intensité de nature à justifier l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point 13, en retenant l'unique motif - au demeurant imprécis - énoncé au point 14, le maire de Laudun-l'Ardoise a fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
17. Enfin, il ne ressort pas des termes, rappelés au point 14, de l'arrêté contesté que le motif fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme serait justifié, même partiellement, par l'existence du risque de glissement de terrain dont se prévaut la commune de Laudun-l'Ardoise dans ses écritures en défense. L'arrêté contesté étant notamment entaché du vice de procédure relevé au point 9, la commune défenderesse ne peut utilement présenter une demande de substitution de motifs.
18. Au surplus, et en tout état de cause, si la commune de Laudun-l'Ardoise se prévaut notamment, s'agissant du risque de glissement de terrain évoqué dans ses écritures contentieuses, d'un jugement du tribunal administratif de Nîmes du 16 mars 2021 rejetant le recours de plein contentieux indemnitaire formé par une propriétaire riveraine de la parcelle d'assiette du projet de lotissement en litige, il ressort des termes de ce jugement que l'arrêté de refus et de retrait de permis de construire du 16 janvier 2018 en cause dans ce litige purement indemnitaire était expressément fondé sur l'existence d'un risque de glissement de terrain alors identifié. Il ne ressort pas de ce jugement de rejet, ni des autres pièces produites par la commune défenderesse dans le cadre de la présente instance, que la parcelle d'assiette du projet de lotissement de la SCI Andalousie était, tant à la date de naissance de l'autorisation de lotir tacite du 18 avril 2021 qu'à celle de l'arrêté contesté du 16 juillet 2021, exposée à un risque élevé de glissement de terrain, ni que l'édification de constructions sur les lots projetés serait, ainsi que le fait valoir la commune défenderesse, de nature à exposer les occupants de ces futures constructions à un tel risque ou à aggraver le risque de glissement de terrain auquel seraient exposées les propriétés voisines. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que le projet de lotissement de la société pétitionnaire, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent du dossier de déclaration préalable mentionné au point 1, ne permettrait pas l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourrait être ultérieurement assurée lors de la délivrance, sur chacun des trois lots projetés, d'un permis de construire assorti, le cas échéant, de prescriptions spéciales sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
19. En troisième et dernier lieu, la commune de Laudun-l'Ardoise soutient que son maire était tenu de s'opposer aux travaux déclarés dès lors que le lotissement projeté était soumis à permis d'aménager et non à déclaration préalable. Toutefois, l'arrêté contesté étant notamment entaché du vice de procédure relevé au point 9, la commune défenderesse ne peut, ainsi qu'il a été dit, utilement présenter une demande de substitution de motifs. Au surplus, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du plan de division joint à la déclaration préalable, que le projet litigieux prévoirait " la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement " au sens du a) de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme ni, par suite, qu'il entrerait dans le champ du permis d'aménager.
20. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de Laudun-l'Ardoise du 16 juillet 2021 doit être annulé.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Laudun-l'Ardoise :
22. Si la commune de Laudun-l'Ardoise conteste la recevabilité de l'action indemnitaire en tant seulement qu'elle a été engagée par M. A en réparation des conséquences dommageables des illégalités fautives commises, cette fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée compte tenu de ce qui a été dit au point 3 et alors qu'il est demandé réparation de préjudices résultant de fautes dont il estime être la victime directe.
En ce qui concerne la responsabilité et le lien de causalité :
23. La décision par laquelle l'autorité administrative retire illégalement une autorisation de lotir ou refuse illégalement la délivrance d'une telle autorisation constitue une faute de nature à engager sa responsabilité. Dans le cas où l'autorité administrative pouvait, sans méconnaître l'autorité absolue de la chose jugée s'attachant au jugement d'annulation de cette décision, légalement retirer l'autorisation de lotir délivrée ou rejeter la demande d'autorisation, l'illégalité commise ne présente pas de lien de causalité direct avec les préjudices résultant de l'impossibilité de mettre en œuvre le projet immobilier projeté.
24. Les illégalités fautives relevées aux points 9 et 16 sont de nature à engager la responsabilité de la commune de Laudun-l'Ardoise. Si cette dernière fait valoir que son maire pouvait légalement, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, retirer la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable et s'opposer à cette déclaration en raison de l'existence d'un risque de glissement de terrain, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu en particulier de ce qui a été dit au point 18, que la même décision aurait pu légalement être prise pour cette raison. Par ailleurs, le lotissement projeté n'étant pas soumis à permis d'aménager ainsi qu'il a été dit au point 19, la commune défenderesse n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté pouvait légalement être pris au motif que son maire aurait été tenu de s'opposer à la déclaration préalable de division déposée par la société pétitionnaire. Dans ces conditions, l'arrêté du 16 juillet 2021 portant retrait et opposition à déclaration préalable n'étant pas justifié sur le fond, la commune de Laudun-l'Ardoise n'est pas fondée à se prévaloir de l'absence de lien de causalité entre les illégalités commises et les éventuels préjudices subis.
En ce qui concerne les préjudices :
25. En premier lieu, la perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison du refus illégal opposé à la demande de lotissement revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va, toutefois, autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs des lots ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Il est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
26. Si les requérants produisent deux propositions d'achat, datées respectivement des 18 décembre 2020 et 15 juin 2021 et assorties de plusieurs conditions suspensives dont celle tenant à l'obtention d'un permis de construire, ces propositions ne font pas apparaître, eu égard à leur contenu, l'existence d'un engagement ferme des personnes intéressées par l'achat des lots concernés. Il ne résulte ni de ces propositions d'achat, au demeurant non signées par les propriétaires du tènement en cause, ni d'aucun autre élément de l'instruction que les requérants auraient engagé des négociations commerciales avancées avec de futurs acquéreurs des lots. Par suite, les requérants ne justifient pas de circonstances particulières permettant de regarder le préjudice financier allégué comme présentant un caractère direct et certain.
27. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'édiction illégale de l'arrêté du 16 juillet 2021, qui a fait échec à la poursuite du projet de division de la SCI Andalousie, a conduit M. A, son gérant associé, à engager diverses démarches administratives et contentieuses durant plus de deux années. Il sera fait une juste appréciation des divers troubles causés dans ses conditions d'existence, incluant son préjudice moral, en fixant à la somme totale de 2 000 euros le montant de la réparation de ces préjudices.
28. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Laudun-l'Ardoise à verser aux requérants la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du maire de Laudun-l'Ardoise du 16 juillet 2021.
Sur les frais liés au litige :
29. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Laudun-l'Ardoise du 16 juillet 2021 est annulé.
Article 2 : La commune de Laudun-l'Ardoise est condamnée à verser aux requérants la somme de 2 000 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société civile immobilière Andalousie et à la commune de Laudun-l'Ardoise.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026