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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103018

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103018

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, M. C A et Mme B D, représentés par Me Guyon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle leurs enfants ont été exclus de l'école primaire de Saint-Siffret ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence négative dès lors qu'elle relevait des seules attributions de la directrice de l'école ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière ;

- la directrice de l'école, qui ne pouvait pas porter une appréciation sur les certificats médicaux fournis, a excédé sa compétence et porté une atteinte grave et manifestement illégale au secret médical garanti par l'article L. 1110-4 du code de la santé publique ;

- la décision en litige porte atteinte au droit de leurs enfants au respect de leur vie privée et familiale ;

- elle méconnaît le droit à l'instruction et l'intérêt supérieur de leurs enfants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle est disproportionnée et porte une atteinte grave et manifestement illégale aux droits et libertés de leurs enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2023, la rectrice de la région académique Occitanie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'obligation du port du masque en milieu scolaire n'est plus en vigueur depuis le 14 mars 2022 ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision administrative inexistante puisque les enfants des requérants n'ont pas été exclus de leur établissement scolaire et que la copie de la décision attaquée n'a pas été jointe à la requête, en violation de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D demandent au tribunal d'annuler la décision orale du 9 septembre 2021 par laquelle leurs deux enfants auraient été exclus de l'école primaire de Saint-Siffret, au sein de laquelle ils étaient scolarisés, en raison du fait qu'ils ne portaient pas de masque dans le cadre de la crise sanitaire de Covid-19.

Sur la nature de la décision en litige :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'afin de ralentir la propagation de l'épidémie de Covid-19, il a été demandé aux élèves de l'établissement scolaire de Saint-Siffret de porter un masque afin de pouvoir pénétrer dans l'enceinte de l'école à compter de la rentrée scolaire de septembre 2021. Les requérants s'étant opposés à ce que cette mesure s'applique à leurs enfants, l'accès à l'établissement a été refusé à ces derniers à compter du 9 septembre 2021. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme étant dirigées contre une décision de refus d'accès à l'enceinte de l'établissement scolaire et non contre une décision d'exclusion.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort du procès-verbal de constat d'huissier dressé à la demande des requérants le 9 septembre 2021 à 8 heures 50 à l'entrée de l'école primaire de Saint-Siffret, que la directrice de l'école, après avoir demandé aux enfants des requérants de porter un masque, en avoir mis à leur disposition et vu leurs parents s'y opposer, a décidé de leur refuser l'accès dans l'enceinte de l'établissement scolaire. La circonstance que l'inspecteur de l'éducation nationale de la circonscription concernée, présent sur les lieux, soit intervenu afin d'expliquer aux requérants les motifs de cette décision, ne suffit à considérer qu'il en serait l'auteur. Le moyen invoqué par M. A et Mme D, tiré de ce que cette décision serait affectée d'une incompétence négative pour n'avoir pas été prise la directrice de l'école des attributions de laquelle elle relevait, manque en fait et ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les requérants n'invoquent aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe imposant à la décision attaquée, qui ne constitue pas une sanction, d'être précédée d'une procédure contradictoire préalable. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'avant le 9 septembre 2021, l'inspecteur de l'éducation nationale et les requérants ont entretenu des échanges au cours desquels ces derniers se sont vus informer que leurs enfants se verraient refuser l'accès à l'établissement scolaire à compter de cette date s'ils ne portaient pas de masque. En outre, il ressort du procès-verbal de constat d'huissier produit par les requérants que la décision attaquée leur a été opposée oralement et qu'à cette occasion, ils ont pu la contester et ont eu connaissance des motifs en constituant le fondement. Le moyen tiré de ce que la décision serait entaché d'un vice de procédure invoqué doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire : " I. - L'accueil des usagers dans les établissements mentionnés au présent chapitre est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des règles d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. L'accueil est organisé dans des conditions permettant de limiter au maximum le brassage des enfants et élèves appartenant à des groupes différents. () II. - Portent un masque de protection : () 3° Les élèves des écoles élémentaires () ". En vertu de l'article 2 du décret : " () Les obligations de port du masque prévues au présent décret ne s'appliquent pas aux personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettent en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus () ".

6. A la date de la décision attaquée, les indicateurs de la pandémie de Covid-19 présentaient une évolution préoccupante manifestant l'existence d'un risque encore élevé de propagation du virus, en particulier de ses nouveaux variants qui étaient susceptibles d'être diffusés par l'intermédiaire des enfants. Par ailleurs, les établissements accueillant un public scolaire sont des lieux de fort brassage, le plus souvent clos, dans lesquels les élèves et leurs enseignants sont en présence les uns des autres pendant plusieurs heures. Dans ce contexte, le gouvernement a souhaité favoriser le maintien de la scolarisation, au sein de leur établissement, des élèves des classes élémentaires, en dépit de la permanence de la pandémie et de ses évolutions défavorables, en leur imposant le port du masque, mesure nécessaire et proportionnée compte tenu des objectifs poursuivis de santé publique et de scolarisation des enfants dès lors notamment qu'il n'existait pas de vraie contre-indication au port du masque chez l'enfant de plus de trois ans selon le Haut Conseil pour la Santé Publique.

7. Il résulte des dispositions citées au point 5 que le port du masque est obligatoire pour les élèves des écoles élémentaires et que les enfants dont les titulaires de l'autorité parentale refusent qu'ils portent le masque doivent se voir refuser l'accès à l'établissement. Seules les personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettent en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus peuvent bénéficier d'une dérogation au port de ce masque.

8. Aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. "

9. Ni la production de deux certificats médicaux communiqués à l'administration pour chacun de leurs enfants, rédigés pour l'un par un allergologue et pour l'autre par un médecin généraliste, se bornant à faire affirmer dans des termes peu circonstanciés que leur état de santé n'était pas compatible avec le port du masque, ni aucune pièce du dossier n'établit que les enfants des requérants se trouvaient atteints, à la date du refus d'accès qui leur a été opposé, d'un handicap au sens des dispositions citées au point précédent, de telle sorte qu'ils n'entraient pas dans le champ de l'article 2 du décret du 1er juin 2020. La directrice de l'établissement a ainsi pu, sans excéder sa compétence ni commettre d'erreur d'appréciation ou porter atteinte au secret médical, interdire aux deux élèves d'accéder sans masque à l'établissement scolaire.

10. Compte tenu de ces éléments et alors qu'il ressort des pièces du dossier que les requérants ont été autorisés à instruire leurs enfants en famille jusqu'à leur retour dans l'établissement, munis d'un masque, les moyens tirés de ce que la décision en litige porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par la convention internationale des droits de l'enfant du 20 janvier 1990, au droit à l'éducation et à l'instruction garanti par l'article 2 du 1er protocole à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 111-1 du code de l'éducation, ainsi qu'au droit à la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu et la fin de non-recevoir opposées en défense, les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de la région académique Occitanie.

Délibéré après l'audience publique du 14 novembre à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Lahmar, conseillère,

M. Mouret, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUX

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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