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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103049

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103049

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2021, complété par un mémoire enregistré le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Gousseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés pris par la préfète de la Lozère en date du 22 juillet 2021 portant d'une part interdiction définitive à M. A d'exercer les fonctions d'éducateur sportif notamment dans les établissements scolaires de premier degré, visées par les articles L 212-1, L 212-13 et L 212-14 du code du sport et d'autre part interdiction définitive d'exercer les fonctions d'éducateur sportif visées par les articles R 227-12 et L 227-10 du code de l'action sociale et des familles spécialisé "cyclisme traditionnel" notamment dans les établissements scolaires de premier degré ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Lozère de lui restituer sa carte professionnelle.

Il soutient que :

- les arrêtés sont entachés de conflit d'intérêt et de partialité ; l'existence d'un conflit d'intérêt majeur au sein même de la présidence de la commission ayant procédé à son audition, à l'issue de laquelle les deux arrêtés contestés lui ont été notifiés, emporte une violation manifeste des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du droit à l'impartialité et à l'équité dans le processus de décision de la mesure de police administrative emportant la sanction d'interdiction définitive d'exercer ; les droits de la défense ont dès lors été méconnus ;

- ils sont également entachés d'insuffisance de motivation au sens de l'article L 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; au regard de l'absence de caractérisation expresse des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs ;

- les arrêtés méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; l'ingérence dans sa vie intime, en vue de connaître et exposer la nature de ses relations sexuelles avec des personnes majeures, n'est nullement prévue par les textes de loi en vue de la protection des mineurs ; l'autorité administrative des services départementaux de la commission de la jeunesse et des sports de Lozère, a commis un abus et un détournement de pouvoir ;

- la notification des arrêtés est irrégulière ; contrairement aux dispositions de l'instruction n° 06-176 du 25 octobre 2006, il ne s'est vu notifier le 23 juillet 2021 que les seules décisions, à l'exclusion de tout autre élément ;

- les arrêtés sont entachés d'erreur de fait ; les faits rapportés ne s'inscrivent pas dans le cadre de l'exercice de ses fonctions d'éducateur sportif et ils ne se rapportent qu'à une unique pratiquante ; c'est à tort que la décision attaquée qualifie les faits de " violences à caractère sexuel " vis-à-vis de pratiquantes au pluriel ;

- ils sont également entachés d'erreur manifeste d'appréciation des faits en cause ; c'est à tort que les décisions attaquées qualifient les faits de " violences à caractère sexuel " vis-à-vis de pratiquantes, contrairement à ce qui ressort des témoignages des parties ;

- les arrêtés méconnaissent les articles L 227-10 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L 212-13 du code du sport ; ces textes visent expressément et uniquement la préservation des mineurs ou des pratiquants ; la référence à la mise en cause de personnes non mineures et non pratiquantes, aux termes des arrêtés contestés, équivaut par conséquent à la violation caractérisée de cette même base légale ;

- les mesures d'interdiction ne respectent pas le critère de proportionnalité ; les deux décisions déférées ne s'appuient que sur un seul et unique fait isolé, le 13 juillet 2019, concernant une mineure de 17 ans ; l'inscription non règlementaire d'un jeune cadet n'a nullement exposé ce concurrent à un quelconque danger physique ; or, l'interdiction définitive d'exercer emporte des conséquences absolument irréversibles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la préfète de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du sport ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Gousseau pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1.Par un arrêté du 22 juillet 2021, la préfète de la Lozère a interdit à M. A d'exercer à titre définitif les fonctions spécialisé "cyclisme traditionnel" notamment dans les établissements scolaires de premier degré. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code du sport : " I.- Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l'article L. 212-2 du présent code, les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle : () ". Aux termes de l'article L. 212-13 du même code dans sa rédaction alors applicable : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. / () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. () ". Aux termes de l'article D. 212-95 du code du sport : " Les conseils départementaux de la jeunesse, des sports et de la vie associative institués par l'article 28 du décret n° 2006-665 du 7 juin 2006 relatif à la réduction du nombre et à la simplification de la composition de diverses commissions administratives exercent les fonctions de la commission mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 212-13. ".

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles : " Après avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4, ainsi que de toute personne qui est sous le coup d'une mesure de suspension ou d'interdiction d'exercer prise en application de l'article L. 212-13 du code du sport, l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils " ;

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un diplôme d'Etat de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport, mention " performance sportive ", spécialité " cyclisme traditionnel ", exerce des fonctions d'éducateur sportif indépendant, notamment dans des établissements scolaires de premier degré. Entraîneur professionnel en cyclisme ou entraîneur bénévole en athlétisme et en football ou de relations assistant d'éducation / lycéennes alors qu'il était en poste au lycée Chaptal de Mende, M. A encadre depuis septembre 2012 des séances d'entraînement de compétiteurs mineurs et majeurs licenciés ou non auprès de la fédération française de cyclisme ainsi que des publics scolaires, familiaux ou touristiques. Une enquête administrative a été ouverte à son encontre le 19 février 2021 par la préfète de la Lozère.

5. Le rapport établi par la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) mentionne, notamment, qu'une jeune fille, mineure au moment des faits, entraînée par M. A, a témoigné avoir reçu des avances nombreuses de la part de ce-dernier, et a décrit des actes déplacés à son encontre. Ainsi, à l'occasion d'un déplacement pour une compétition les 13 et 14 juillet 2019, M. A a fixé une répartition des chambres ayant conduit à ce qu'il partage la chambre de cette jeune fille. Des actes déplacés à caractère sexuel à l'encontre de cette jeune fille, reconnus par l'intéressé, ont été commis le 13 juillet 2019 et ces actes ont également été rapportés par un témoignage lors de l'enquête. Le rapport d'enquête fait également état de témoignages d'autres lycéennes et de quatre femmes majeures, rencontrées dans le secteur sportif, attestant avoir reçu, sans leur consentement, des messages ou des photographies à caractère pornographique de la part de M. A, selon un mode opératoire identique, les faits rapportés par l'enquête s'étalant sur une période de plusieurs années allant au moins de 2015 à 2019. Enfin, les arrêtés relèvent au surplus que M. A a procédé à une inscription non réglementaire d'un jeune cadet et que deux mises en demeures des 14 avril et 7 mai 2021 ont été envoyées à M. A pour non-respect de l'arrêté d'interdiction temporaire le frappant. Ces manquements graves justifiaient, compte tenu notamment des objectifs de prévention des risques pour la sécurité physique et morale des pratiquants de ces disciplines sportives, et en application des dispositions précitées, le prononcé d'une sanction et au cas particulier d'une mesure d'interdiction d'exercer à l'encontre de M. A.

6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'incident le plus grave du 13 juillet 2019, concernant des gestes et comportements déplacés vis-à-vis d'une mineure de 17 ans, présente dans ses caractéristiques un caractère isolé et que dans cette affaire, la procédure visant M. A pour " corruption de mineurs, pédopornographie et atteinte sexuelle " a fait l'objet d'un avis de classement sans suite rendu par le ministère public en date du 29 décembre 2021, le parquet estimant que " les faits ou les circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis par l'enquête. Les preuves ne sont donc pas suffisantes pour que l'infraction soit constituée, et que des poursuites pénales sont engagées ". Ensuite, les témoignages d'autres lycéennes et de quatre femmes majeures, rencontrées dans le secteur sportif, et qui attestent avoir reçu, sans leur consentement, des messages ou des photographies à caractère pornographique de la part de M. A, n'ont fait l'objet d'aucune suite judiciaire. Enfin, l'inscription non règlementaire à une compétition senior d'un jeune cadet, si elle est également regrettable, constitue un incident d'une gravité relative et d'une toute autre nature.

7. Il résulte de tout ce qui précède que compte tenu, d'une part, de ce que le fait le plus grave reproché à M. A présente un caractère isolé dans sa carrière, de la décision du conseil fédéral d'appel de la fédération française de cyclisme en date du 10 février 2022 qui, tenant compte de ce que l'intéressé a fait état devant ce Conseil d'une prise de conscience de ses actes et de ses très fortes négligences, s'est prononcé en faveur d'une interdiction d'exercer pour une durée de 10 ans à compter du 8 septembre 2021 dont cinq ans avec sursis, du fait que " les violences à caractère sexuel " mentionnées dans les décisions ne sont pas avérées et, d'autre part, aux conséquences d'une interdiction absolue et définitive sur la vie personnelle et professionnelle de l'intéressé, âgé de 41 ans, les mesures d'interdiction générale et définitive de tout exercice des fonctions d'éducateur sportif prises par la préfète de la Lozère à l'encontre de M. A, qui n'a aucun antécédent judiciaire, sont disproportionnées et par suite entachées d'erreur d'appréciation. Elles doivent par conséquent, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulées. Il appartient à la préfète de la Lozère de prendre de nouveaux arrêtés tenant compte des motifs du présent jugement et de prononcer à l'encontre de M. A une sanction proportionnée aux manquements commis.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement n'appelle, compte tenu de ses motifs, aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions y afférentes doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés de la préfète de la Lozère en date du 22 juillet 2021 portant d'une part interdiction définitive à M. A d'exercer les fonctions d'éducateur sportif notamment dans les établissements scolaires de premier degré, visées par les articles L 212-1, L 212-13 et L 212-14 du code du Sport et d'autre part interdiction définitive d'exercer les fonctions d'éducateur sportif visées par les articles R 227-12 et L 227-10 du code de l'action sociale et des familles spécialisé "cyclisme traditionnel" notamment dans les établissements scolaires de premier degré sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Lozère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2103049

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