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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103088

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103088

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 septembre 2021, le 28 octobre 2021 et le 28 mars 2022, M. A B, représenté par Me Canetti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2021, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. B et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 10 mars 1980 au Maroc, a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par une demande du 20 avril 2021. Par un arrêté du 28 septembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de Vaucluse a refusé son admission au séjour.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, dont les énonciations ne sont pas stéréotypées et sont suffisamment circonstanciées, comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L.423-1, L.423-7, L.423-14, L.423-15, L.423-21, L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. B justifie, au moyen de très nombreuses pièces médicales, bancaires et administratives, d'une présence en France depuis le mois d'avril 2012. Toutefois, l'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, non exécutée, le 8 avril 2014 et d'une seconde, le 1er avril 2019, à laquelle il s'est soustrait. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des attestations peu circonstanciées produites, émanant de son entourage et de membres de sa famille, que l'intéressé démontre une insertion réelle et effective dans la société française. En outre, si M. B justifie de la nationalité française ou belge de certains membres de sa famille et de la présence régulière en France de sa sœur, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant à charge et que sa mère, si elle est titulaire d'un visa Schengen, réside dans son pays d'origine dans lequel il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de 30 ans. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Vaucluse aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant à M. B l'admission au séjour sollicitée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Si M. B soutient qu'il s'est investi dans une association et qu'il a été victime d'actes de violence ayant entraîné quatre jours d'interruption temporaire de travail, les circonstances ainsi invoquées ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour temporaire. Le préfet de Vaucluse n'a dès lors pas commis d'illégalité en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation en vue de l'admettre exceptionnellement au séjour. Pour les mêmes motifs ainsi que pour les motifs énoncés au point 4, le préfet n'a pas entaché l'arrêté en litige d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme que l'Etat demande sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de Vaucluse présentées au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

M. Chevillard, premier conseiller,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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