mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AUTRIC DE LEPINAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2021, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) FANIE, représentée par Me de Lepinau de la SELARL Alegria avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a rejeté sa demande d'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble pour la campagne 2020-2021 ;
2°) d'annuler les articles 8.1 et 6.1 de la décision du 9 décembre 2020 du directeur général de France Agrimer ayant pour objet de fixer les conditions d'attribution de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble pour la campagne 2020-2021 ;
3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* sur la légalité de la décision du 9 décembre 2020 : cette décision méconnaît l'objectif à valeur constitutionnelle de clarté et d'intangibilité de la norme, compte tenu des différents délais de demande de paiement et de demandes d'aide qui pouvaient légitimement laisser croire que la demande d'aide pouvait être déposée jusqu'au 17 septembre 2021, alors même que cette décision s'adresse à un public qui ne peut être considéré comme des professionnels aguerris aux procédures juridiques et commerciales ;
* sur la légalité de la décision du 22 juillet 2021 :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 9 décembre 2020 sur laquelle elle se fonde.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
* la requête est irrecevable :
- les conclusions dirigées contre la décision du 9 décembre 2020 ne relèvent pas de la compétence matérielle du tribunal administratif de Nîmes en application de l'article R. 311-1 du code de justice administrative ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 9 décembre 2020 sont tardives ;
- les conclusions dirigées contre le rejet initial du 11 juin 2021 sont tardives ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 22 juillet 2021 sont dépourvues de moyens ;
* les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune et abrogeant les règlements (CEE) no 352/78, (CE) no165/94, (CE) no 2799/98, (CE) n 814/2000, (CE) no 1200/2005 et no 485/2008 du Conseil ;
- le règlement délégué (UE) n° 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 complétant le règlement (UE) n° 1308/2013 du Conseil du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les programmes nationaux de soutien au secteur vitivinicole, notamment son chapitre II ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2018-787 du 11 septembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier,
- et les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 mars 2021, l'EARL FANIE a déposé auprès de l'établissement FranceAgriMer PACA une demande d'aide à la restructuration de son vignoble, qui a été approuvée le même jour sous le dossier référencé n° 20200306065DU. Par un courrier du 11 juin 2021, M. A, gérant de l'EARL FANIE, a informé FranceAgriMer PACA qu'il avait omis de cocher la partie " majoration jeune agriculteur " lors de sa demande, et a ainsi sollicité la rectification de celle-ci. Par un courriel du même jour, le gestionnaire l'a informé que, compte tenu du dépassement du délai de dépôt des demandes d'aide, aucune rectification ne pouvait être opérée. Par un courrier du 5 juillet 2021, M. A a exercé un recours gracieux auprès de la directrice générale de FranceAgriMer. Par une décision du 22 juillet 2021, la directrice générale de FranceAgriMer a rejeté sa demande de rectification de l'aide à la restructuration, en se fondant notamment sur la décision INTV-GPASV-2020-69 du 9 décembre 2020 relative aux conditions d'attribution de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble en application de l'organisation commune des marchés (OCM) dans le secteur viticole pour la campagne 2020-2021. Par la présente requête, l'EARL FANIE doit être regardée comme demande l'annulation de la décision du 9 décembre 2020, ainsi que celles des 11 juin 2021 et 22 juillet 2021 rejetant sa demande de rectification.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision INTV-GPASV-2020-69 du 9 décembre 2020 :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-1 du code de justice administrative : " Le Conseil d'Etat est compétent pour connaître en premier et dernier ressort : () / 2° Des recours dirigés contre les actes réglementaires des ministres et des autres autorités à compétence nationale et contre leurs circulaires et instructions de portée générale () ". Hormis le cas où il aurait été doté par un texte d'un pouvoir réglementaire, un établissement public national ne peut être regardé comme une autorité à compétence nationale, au sens de ces dispositions. Aux termes de l'article D. 621-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le directeur général de l'établissement est nommé par décret sur proposition du ministre chargé de l'agriculture. () Pour l'exécution des missions d'organisme payeur, le directeur général prend, si nécessaire, les décisions visant à préciser les conditions de gestion et d'attribution des aides instaurées par les règlements européens ".
3. Les dispositions précitées de l'article D. 621-27 du code rural et de la pêche maritime autorisant la directrice générale de FranceAgriMer à préciser, par voie de décisions ayant valeur réglementaire, les conditions de gestion et d'attribution des aides instaurées par les règlements européens, FranceAgriMer doit être regardé comme une autorité à compétence nationale au sens des dispositions de l'article R. 311-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision INTV-GPASV-2020-69 du 9 décembre 2020 relative aux conditions d'attribution de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble en application de l'OCM viticole pour la campagne 2020-2021 relèvent de la compétence du Conseil d'Etat en premier et dernier ressort.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 351-4 du code de justice administrative : " Lorsque tout ou partie des conclusions dont est saisi un tribunal administratif, une cour administrative d'appel ou le Conseil d'Etat relève de la compétence d'une de ces juridictions administratives, le tribunal administratif, la cour administrative d'appel ou le Conseil d'Etat, selon le cas, est compétent, nonobstant les règles de répartition des compétences entre juridictions administratives, pour rejeter les conclusions entachées d'une irrecevabilité manifeste insusceptible d'être couverte en cours d'instance, pour constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur tout ou partie des conclusions ou pour rejeter la requête en se fondant sur l'irrecevabilité manifeste de la demande de première instance. " Et aux termes de l'article R. 421-1 de ce code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été publiée au bulletin officiel du ministère de l'agriculture le 10 décembre 2020. Dans ces conditions, FranceAgriMer est fondé à opposer aux conclusions dirigées contre la décision du 9 décembre 2020, présentées par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 29 septembre 2021, leur caractère tardif. Par suite, ces conclusions sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 351-4 du code de justice administrative.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 11 juin et 22 juillet 2021 rejetant la demande :
6. En premier lieu, la société EARL FANIE excipe de l'illégalité de la décision du 9 décembre 2020 INTV-GPASV-2020-69 par laquelle la directrice générale de FranceAgrimer a fixé les conditions d'attribution de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble en application de l'OCM viticole pour la campagne 2020-2021, en faisant valoir que cette décision, modifiée par la décision n° INT-GPASV-2021-26 du 21 avril 2021, prévoit des délais de demandes de l'aide et de paiement contradictoires et de nature à induire en erreur le bénéficiaire des aides. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'article 6.1 de cette décision, tel que modifié le 21 avril 2021, prévoit que : " Pour des opérations à réaliser au cours de la campagne 2020-2021, les demandes d'aides peuvent être déposées entre : la date d'ouverture du téléservice (date précisée sur le site internet de FranceAgriMer) ; / et le 12 mai 2021 à 12h00, date limite de dépôt () ", et que l'article 8.1 prévoit que : " La téléprocédure pour le dépôt de la demande de paiement est ouverte entre le 26 mai 2021 et le 15 octobre 2021 à 12h00. La demande de paiement doit être déposée au plus tard le 17 septembre 2021. Pour une demande de paiement déposée entre le 18 septembre 2021 et le 15 octobre 2021, l'aide due () est déduite de 10%. Au-delà du 15 octobre 2021, si aucune demande de paiement n'a été déposée, la demande est rejetée et aucun paiement n'est alors effectué () ". Or ces dispositions, qui organisent un délai impératif de dépôt des demandes d'aides pour la campagne 2020-2021, puis un délai impératif pour leur demande de mise en paiement, ne présentent pas de difficulté particulière d'interprétation qui serait source d'insécurité juridique au regard notamment de leur ambiguïté ou de leur caractère contradictoire ou incompréhensible. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 9 décembre 2020 méconnaîtrait l'objectif de valeur constitutionnelle d'intelligibilité et d'accessibilité de la norme doit être écarté.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions de FranceAgriMer du 9 décembre 2020 et du 21 avril 2021 ont été publiées au bulletin officiel du ministère de l'agriculture. Elles ont également fait l'objet d'une diffusion auprès des organisations membres du conseil spécialisé pour la filière viticole. Par ailleurs, la décision du 21 avril 2021, reportant la date limite de dépôt des demandes d'aide au 12 mai 2021, avait notamment pour objet de prendre en considération l'épisode de " gel noir " survenu dans la nuit du 7 au 8 avril 2021. Enfin, la circonstance que les agriculteurs ne disposent pas de compétences juridiques, alors même qu'ils sont membres de coopératives, n'est pas de nature à entacher la décision refusant de rectifier une demande d'aide en raison du dépassement de la date de limite de dépôt comme entachée d'illégalité.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par FranceAgriMer, l'EARL FANIE n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EARL FANIE doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL FANIE est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée FANIE et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer).
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
Mme Galtier, première conseillère,
Mme Achour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La rapporteure,
F. GALTIER
Le président,
C. CIREFICE
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026