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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103194

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103194

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Nîmes le dossier de la requête de Mme E A C.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2020 et le 17 septembre 2021, Mme E A C, représentée par l'AARPI Essere Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé de procéder à son inscription sur le tableau d'avancement à la classe exceptionnelle au titre de la campagne 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée, qui emporte radiation du tableau d'avancement, a été prise dans le cadre d'une procédure irrégulière et constitue, en tout état de cause, une sanction déguisée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait et repose sur des griefs matériellement infondés ;

- la décision attaquée est entachée de discrimination syndicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par un mémoire non communiqué, enregistré le 25 octobre 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier reprend le contenu de son mémoire susvisé du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, professeur certifiée hors classe d'histoire-géographie, est affectée depuis le 1er septembre 2011 au lycée Philippe Lamour de Nîmes. A la suite de l'annulation dans ce lycée des épreuves du baccalauréat blanc dont l'organisation était prévue du 18 au 22 février 2019, un rapport d'inspection a été établi en mai 2019 par l'inspection générale de l'éducation nationale et par l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche. Par une décision du 24 juillet 2019, la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé de procéder à l'inscription de Mme A C sur le tableau d'avancement à la classe exceptionnelle au titre de la campagne 2019. Mme A C demande au tribunal d'annuler cette décision du 24 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

3. La requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration au motif que cette décision en date du 24 juillet 2019 procède au retrait de la décision de promotion à classe exceptionnelle qui lui avait été notifiée sur l'application I-Prof le 5 juillet 2019 et que cette dernière décision n'est pas illégale. Toutefois, les éléments figurant sur le site " I-prof " de l'académie de Montpellier ne constituent qu'une information administrative sans portée juridique et ne se substituent pas aux décisions prises par le recteur au titre des arrêtés d'avancement à la classe exceptionnelle. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du 24 juillet 2019 procèderait au retrait d'une décision administrative précédente, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : - l'avertissement ; / - le blâme ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : / - la radiation du tableau d'avancement ; / - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / - le déplacement d'office. / Troisième groupe : / - la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; / - la révocation. / () La radiation du tableau d'avancement peut également être prononcée à titre de sanction complémentaire d'une des sanctions des deuxième et troisième groupes. ".

5. D'une part, il résulte de ce qu'il a été dit précédemment au point 3 que la décision attaquée ne constitue pas une mesure de radiation du tableau d'avancement à la classe exceptionnelle au titre de la campagne 2019, mais un refus d'inscription sur ce tableau d'avancement.

6. D'autre part, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent. En l'espèce, la décision du 24 juillet 2019 n'entraîne pas, en elle-même, de dégradation de la situation professionnelle de Mme A C. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée du 24 juillet 2019 que cette décision ne vise pas à sanctionner Mme A C, mais est fondée sur l'appréciation de sa valeur professionnelle. Il résulte de ce qui précède que la mesure contestée ne présente pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière.

8. En troisième lieu, pour prendre la décision attaquée, la rectrice s'est notamment fondée sur le motif tiré de ce que Mme A C avait manqué à ses obligations de neutralité en adressant, au moyen de la messagerie de l'établissement, un message aux élèves et parents d'élèves qui met en cause de manière explicite l'action du ministère. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'inspection et des témoignages des enseignants du lycée Philippe Lamour, que le vendredi 15 février 2019, vers 17 heures, Mme A C a adressé, depuis sa messagerie professionnelle et par l'intermédiaire de l'application Pronote utilisée pour la vie scolaire de l'établissement, une lettre signée " des enseignants du lycée Philippe Lamour " à l'attention de l'ensemble des parents d'élèves et des lycéens. Si cette lettre fait état de la décision des enseignants de ne pas assurer la tenue du baccalauréat blanc prévue du 18 au 22 février 2019, elle vise également à contester vivement, dans le cadre d'une mobilisation, les modalités de mise en œuvre de la réforme du lycée telles que décidées par le ministère de l'éducation nationale et ses services. Cette contestation porte sur les modalités de cette réforme telles que décidées tant à l'échelle nationale qu'au niveau du lycée, la lettre mentionnant notamment que " les moyens très insuffisants pour fonctionner l'année prochaine nous ont tellement effrayés qu'il est essentiel de se mobiliser immédiatement contre cette atteinte sans précédent au droit à l'éducation " et que " il s'agit d'un refus massif de participer au démantèlement de l'Education Nationale et d'aggraver les inégalités déjà trop présentes entre les élèves, entre les lycées, entre les territoires ". Eu égard, d'une part, au contenu et aux termes utilisés dans ce courrier, d'autre part, aux modalités de son envoi, Mme D étant personnellement responsable de l'usage de sa messagerie professionnelle qui lui avait été attribuée en sa qualité d'enseignante, la rectrice de l'académie de Montpellier a légalement pu estimer que Mme A C avait méconnu l'obligation de neutralité à laquelle elle était tenue. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la rectrice de l'académie de Montpellier, si elle n'avait retenu que le motif tiré du manquement à l'obligation de neutralité, aurait pris la même décision, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait et reposerait sur des griefs matériellement infondés.

9. En quatrième et dernier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée de discrimination syndicale. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige aurait été prise pour des motifs entachés de discrimination syndicale, le motif tiré de la méconnaissance de l'obligation de neutralité que la rectrice de l'académie de Montpellier a retenu ayant trait au comportement de Mme A C en sa qualité d'enseignante et non au titre de ses activités syndicales.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2019 qu'elle conteste.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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