mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2021 et 1er novembre 2022, Mme D C, représentée par Me Germain-Morel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue s'est opposé aux travaux qu'elle a déclarés en vue de la réhabilitation d'un bâtiment existant, la création d'une terrasse et d'une piscine, la réfection de la toiture et la mise en sécurité des annexes ainsi que la modification des ouvertures d'une de ces annexes, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le motif fondé sur la caducité du permis de construire délivré le 14 février 2008 est illégal dès lors que ce permis a bien été mis en œuvre et que le maire a autorisé son transfert à son bénéfice par une décision du 10 mai 2019 et que la construction existante objet des travaux peut bénéficier de la prescription décennale en vertu de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;
- le maire a méconnu l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme car le projet en litige n'entraine pas de changement de destination du bâtiment existant ;
- le motif d'opposition fondé sur les articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal dès lors que le projet est limité à la rénovation d'une habitation existante, bâtie avant 1943, sans création de surface de plancher ni compromission de l'activité agricole ;
- le motif fondé sur l'article 3 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme est illégal dès lors que le projet n'a pas pour objet la création de logement et qu'en tout état de cause, la hauteur de plancher de la construction respecte la hauteur imposée de 0,20 m au-dessus de la cote de référence ;
- les non-conformités constatées par l'agent assermenté bénéficiaient d'une prescription de l'action pénale et les travaux en litige tendent, en tout état de cause, à rendre la construction existante plus conforme à la réglementation applicable ;
- les annexes dont l'existence légale n'est pas contestée peuvent être reconstruites à l'identique en vertu de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme, ce qui permet, en outre, leur mise en sécurité réclamée par la commune ;
- le motif fondé sur l'avis défavorable du service de gestion autonome de l'assainissement du Grand Avignon et l'absence de renseignement sur le projet d'assainissement est illégal dès lors que le maire s'est cru lié à tort par cet avis, que le projet ne prévoit pas la création de logement, ni la création de surface de plancher modifiant les conditions d'assainissement du bâtiment existant et qu'en tout état de cause, des travaux de mise en place d'un dispositif d'assainissement non collectif ont été réalisés et contrôlés par les services de la communauté d'agglomération du Grand Avignon ;
- le motif fondé sur les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal dès lors que les travaux n'affectent pas les conditions d'accès ni la destination ou la capacité d'accueil du bâtiment existant et, qu'en tout état de cause, ces dispositions sont respectées ;
- il a opposé, à tort, les dispositions des articles A4.1 et A4.3 du règlement du plan local d'urbanisme dans le champ d'application desquelles n'entre pas ce projet de rénovation d'une construction existante ;
- l'erreur affectant le choix du document Cerfa déposé pour déclarer les travaux n'est pas de nature à fonder la décision d'opposition en litige.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés ;
- la décision aurait également pu être fondée sur les motifs de substitution tirés de ce que, du fait de la caducité du permis délivré le 14 février 2008, les travaux étaient soumis à un permis de construire et la demande devait porter sur l'ensemble des éléments à régulariser, ainsi que de la méconnaissance de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'emprise de la piscine de 53,76 m2 dépasse l'emprise au sol maximale de 35 m2 et que les travaux entrainent un changement de destination d'une construction liée à l'activité agricole, autorisée par un permis délivré à un agriculteur.
Les parties ont été informées, le 10 janvier 2024, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision du tribunal était susceptible d'être fondée sur moyen d'ordre public relatif à la situation de compétence liée dans laquelle se serait trouvé le maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux de Mme C.
Des observations à ce moyen d'ordre public présentées pour Mme C ont été enregistrées le 11 janvier 2024 et ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roux,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Germain-Morel, représentant Mme C, et de Me Callens, représentant la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 14 février 2008, le maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue a délivré à M. A un permis de construire relatif à des travaux de réhabilitation d'une construction à usage d'habitation existante sur une parcelle cadastrée section AA n° 15 située sur le territoire de cette commune. Par arrêté du 19 avril 2019, ce maire a transféré ce permis de construire au bénéfice de Mme C et Mme B qui ont, par acte notarié du 25 juillet suivant, acquis la propriété du bien en cause. Mme C a déposé, le 26 mars 2021, une déclaration préalable relative à des travaux de rénovation d'un bâtiment existant à usage d'habitation, de création d'une terrasse et d'une piscine, de réfection de la toiture et de mise en sécurité des annexes à cette construction ainsi que de modification des ouvertures de l'une de ces annexes. Le maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue s'est opposé à cette déclaration préalable par un arrêté du 20 avril 2021 dont Mme C demande au tribunal de prononcer l'annulation, ensemble la décision ayant rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, des travaux qui relèveraient en principe du régime de la déclaration préalable doivent cependant être autorisés par un permis de construire, le cas échéant modificatif, dans les cas où, soit ils forment avec une construction déjà autorisée par un permis de construire en cours de validité et dont la réalisation n'est pas encore achevée un ensemble immobilier unique, soit, en l'absence même d'un ensemble immobilier unique, ils modifient une construction déjà autorisée et en cours d'achèvement. D'autre part, lorsqu'il est constaté que des travaux sont, en vertu des dispositions du code de l'urbanisme, soumis à l'obligation d'obtenir un permis de construire, le cas échéant modificatif, mais n'ont fait l'objet que d'une simple déclaration, le maire est tenu de s'opposer aux travaux déclarés et d'inviter le pétitionnaire à présenter une demande de permis de construire.
3. En l'espèce, aucune déclaration d'achèvement des travaux autorisés par l'arrêté du 14 février 2014 n'a été déposée et la circonstance que l'acte de vente notarié du 25 juillet 2019 rapporte les déclarations du vendeur suivant lesquelles les travaux autorisés par ce permis de construire seraient achevés depuis plus de dix ans n'est pas de nature à l'établir. Il ressort au contraire du procès-verbal de constat d'infraction dressé le 6 avril 2021 et des documents photographiques relatifs à l'état existant, annexés à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme C, qu'une partie seulement de ces travaux de réhabilitation autorisés le 14 février 2008 avaient été réalisés, la construction ne comportant aucune menuiserie, ne se trouvant pas hors d'air, certaines ouvertures n'ayant été que grossièrement percées ou modifiées, des stigmates de démolitions de certaines parties du bâtiment initial, et notamment d'un escalier, n'ayant pas été reprises, la façade étant dépourvue d'enduit, à l'exception des surfaces où demeuraient les vestiges de l'ancien corps de ferme, et les aménagements intérieurs et les raccordements aux réseaux publics et dispositif d'assainissement permettant son usage d'habitation n'ayant pas été réalisés. Dans ces conditions, à supposer même que le permis initialement délivré le 14 février 2008 n'ait pas été périmé à la date de la décision en litige ou que l'arrêté du 19 avril 2019 devenu définitif autorisant son transfert au bénéfice de Mme C doive être regardé, du fait de la caducité du permis initial, comme un nouveau permis de construire, les travaux déclarés par la requérante, qui visaient à la modification d'une construction déjà autorisée en cours d'achèvement étaient, en tout état de cause, soumis à permis de construire.
4. Par suite, le maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue se trouvait en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par Mme C et l'ensemble des moyens qu'elle invoque, qui ne sont pas de nature à remettre en cause cette compétence liée, doivent être écartés comme sans incidence sur la légalité de la décision d'opposition à déclaration préalable attaquée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du maire d'Entraigues-sur-la-Sorgue en date du 20 avril 2021 et de la décision ayant rejeté son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions de cette dernière aux fins d'injonction et d'astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros qu'elle versera à la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
G. ROUX L'assesseur le plus ancien,
R. MOURET
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026