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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103331

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103331

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 octobre 2021, 7 janvier et 22 octobre 2022, la société Foncière de France, représentée par Me Bouquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Alès a sursis à statuer sur la demande de permis de construire un bâtiment d'activités à usage de bureaux et de commerces, ensemble la décision implicite du 22 septembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire d'Alès, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire et de lui délivrer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Alès une somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente, faute pour le maire de justifier d'une délégation de signature ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme et de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme en l'absence de délimitation du périmètre affecté par l'opération d'aménagement envisagée par la révision du plan local d'urbanisme communal et dès lors que la délibération arrêtant le projet d'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) où se situe le projet a été prise postérieurement au dépôt du dossier de demande de permis de construire ;

- le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que le projet litigieux serait de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme d'Alès ;

- un refus de permis de construire illégal lui a été opposé le 7 mars 2022 ;

- le motif de ce refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation en l'absence de risque pour la sécurité publique et parce qu'en tout état de cause le permis aurait pu être accordé assorti de prescriptions spéciales permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires ;

- les dispositions du nouveau règlement de la zone UC approuvé par délibération du 20 décembre 2021 ne peuvent pas être opposées à sa demande de permis ;

- l'arrêté de refus de permis est entaché d'un détournement de pouvoir lié au présent recours dirigé contre le sursis à statuer qui lui a été opposé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, la commune d'Alès, représentée par Me Février conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par société Foncière de France ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roux,

- les conclusions de Mme Bourjade-Mascarenhas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bouquet, représentant la SARL Foncière de France et de Me Février, représentant le préfet du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 décembre 2020, la société Foncière de France a déposé une demande de permis de construire à la mairie d'Alès en vue de la construction d'un bâtiment à usage de commerce et de bureaux sur un terrain situé rue de la Pierre Plantée, composé des parcelles cadastrées section BX nos 177, 178, 818 et 822. Le maire d'Alès a sursis à statuer sur cette demande de permis de construire par arrêté du 17 juin 2021 dont la pétitionnaire demande l'annulation, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux dont la commune a accusé réception par courrier du 4 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 juin 2020 pris sur le fondement des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, le maire d'Alès a confié à M. B A, premier adjoint au maire, une délégation en vue de signer les décisions relatives à l'occupation et à l'utilisation du sol régies par le code de l'urbanisme parmi lesquelles figurent les décisions portant sursis à statuer sur les demandes de permis de construire. Le moyen tiré de l'incompétence de M. A, signataire de l'arrêté de sursis à statuer en litige, doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () A compter de la publication de la délibération prescrivant l'élaboration d'un plan local d'urbanisme, l'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis (). Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus aux articles L. 102-13, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commune d'Alès a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme par délibération du 20 octobre 2014, qu'un débat s'est tenu sur le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) le 5 décembre 2016 et que, par délibération du 20 décembre 2020, le conseil municipal de cette commune a arrêté le projet de plan local d'urbanisme, antérieurement au dépôt en mairie du dossier complet de demande de permis de construire intervenu le 22 janvier 2022.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, le projet arrêté du plan local d'urbanisme d'Alès en cours d'élaboration prévoyait la création d'une opération de requalification et de densification urbaine du secteur dénommé " La Pierre Plantée ", justifiée par l'évolution démographique de la commune et l'identification d'un fort besoin de logements nouveaux, des enjeux et objectifs urbains définis dans le rapport de présentation et la poursuite de deux objectifs fixés par le projet d'aménagement et de développement durable. Le projet arrêté, dont il n'est ni soutenu ni établi qu'il aurait été modifié avant son approbation finale par la délibération du 20 décembre 2021, définissait, pour satisfaire ces divers objectifs, l'orientation d'aménagement et de programmation n° 10 dite de " La Pierre Plantée ", d'une superficie de 4,5 hectares, visant, tel que l'indiquait le rapport de présentation, la création de 380 logements au sein d'un nouveau quartier " mixte et central " composé d'habitats et de commerces de proximité aménagés et organisés autour du maillage d'espaces publics piétonniers, d'itinéraires de déplacements doux favorisant les traversées, évitant les enclaves et favorisant les liens inter-quartiers, ainsi que des espaces naturels paysagers à préserver, le tout s'inscrivant dans une approche active privilégiant un urbanisme durable, la qualité de vie des futurs résidents et une poursuite de l'objectif du PADD d' " adopter des formes urbaines en accord avec les tissus historiques et les nouveaux besoins " et notamment d' " harmoniser les gabarits urbains par rapport au contexte existant ". Cette OAP projetée prescrivait ainsi, de " maintenir une offre commerciale de quartier ", de " créer une voie de liaison inter-quartier par les cheminements doux associés aux espaces paysagers et de rétention pluviale " et de " favoriser le gabarit et l'implantation des bâtiments en fonction de l'optimisation des facteurs climatiques " de " préférer des îlots et des espaces de vie dans les logements ouverts au Sud et des volumes bâtis opposés aux vents du Nord ". Elle comportait un plan de schématisation des orientations d'aménagement qui répond à ces diverses prescriptions en prévoyant notamment, sur le terrain d'assiette du projet de la SARL Foncière de France situé au Nord de son périmètre, la création de 80 logements d'habitat collectif sur une surface traversée par des cheminements doux assurant la liaison avec la route d'Uzès et, au-delà, le quartier résidentiel voisin composé de maisons individuelles avec jardin.

7. Le projet de la société requérante tend à la création sur l'ensemble de la superficie de ce terrain d'un seul vaste bâtiment de 2 806 mètres carrés à usage d'activités, d'architecture contemporaine, entouré d'un parc de stationnement bordé d'une étroite rangée d'espace vert planté d'arbres, et d'un bassin de rétention, exclusivement destiné à accueillir des bureaux et des commerces. Sa réalisation aurait pour conséquences, en premier lieu, de s'opposer à la réalisation des 80 logements d'habitat collectif projetés qu'il serait impossible derépartir, dans le respect de la faible densification qui y est prescrite, sur les autres parcelles de l'OAP, notamment situées au Sud, devant déjà accueillir de nouveaux logements sous des formes urbaines adaptées au site ; en deuxième lieu, d'empêcher la réalisation d'îlots aérés respectant le maillage des cheminements doux transversaux prévus sur ce terrain et assurant la liaison inter-quartier vers la route d'Uzès ; en troisième et dernier lieu, une méconnaissance de l'objectif de mixité urbaine " habitats et commerces de proximité ", qui constitue un des partis pris majeurs de cette OAP, puisqu'il conduirait à diviser son périmètre en deux zones monofonctionnelles essentiellement dédiées, au Sud, à l'habitat et au Nord, aux activités et commerces. Au vu de ces éléments, c'est sans erreur d'appréciation que le maire d'Alès a pu estimer que le projet en litige était incompatible avec la mise en œuvre des aménagements définis par le projet arrêté d'OAP de La Pierre Plantée et ainsi, par suite, de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme dans lequel elle s'inscrit.

8. La faculté, ouverte par les dispositions du code de l'urbanisme précitées de surseoir à statuer sur la demande de permis de construire est subordonnée à la seule condition que l'octroi du permis soit susceptible de compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme en cours de révision et l'illégalité éventuelle du refus de permis ultérieurement opposé à cette demande de permis de construire est sans incidence sur la légalité du sursis à statuer. Par suite, les moyens tirés de ce que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'il aurait pu accorder le permis de construire sollicité, en l'assortissant de prescriptions spéciales, que les dispositions du nouveau règlement de la zone UC approuvé par délibération du 20 décembre 2021 seraient inopposables ou que le refus de permis de construire opposé serait entaché d'un détournement de pouvoir, ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoqués au soutien des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 ni de la décision rejetant son recours gracieux. Les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la société Foncière de France n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions qu'elle a présentées à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Alès, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Foncière de France demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Foncière de France une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Alès et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Foncière de France est rejetée.

Article 2 : La société Foncière de France versera une somme de 1 500 euros à la commune d'Alès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Foncière de France et à la commune d'Alès.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

G. ROUX Le conseiller le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

A. OLSEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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