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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103350

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103350

mardi 2 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOITOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 avril 2021 par laquelle le maire de Domazan a rejeté sa demande tendant à la réalisation de travaux de raccordement de sa maison d'habitation au réseau public d'électricité, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Domazan " d'engager toutes les démarches () pour satisfaire aux besoins d'énergie de l'immeuble " concerné, sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Domazan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 avril 2021 ne comporte aucun visa et n'est pas motivée en droit ;

- les décisions litigieuses méconnaissent l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme dès lors que le bâtiment concerné par sa demande de raccordement a été régulièrement édifié ;

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la clause de la convention signée au mois de décembre 2009, lui imposant de renoncer à former toute nouvelle demande de raccordement, est nulle et présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2021, la commune de Domazan, représentée par Me Poitout, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable compte tenu de la prescription de l'action en raison du dépassement du délai raisonnable ;

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante a renoncé au raccordement au réseau public d'électricité en vertu d'une convention conclue avec la commune ;

- la requête présente un caractère prématuré ;

- l'acte attaqué ne constitue pas une décision faisant grief ;

- aucune extension du réseau public d'électricité n'est envisagé dans le secteur dans lequel est implanté le bâtiment litigieux.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'énergie ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Mme B et celles de Me Poitout, représentant la commune de Domazan.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 avril 2021, le maire de Domazan a rejeté la demande de Mme B tendant à la réalisation de travaux de raccordement de sa maison d'habitation au réseau public d'électricité. Mme B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Domazan :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par une lettre datée du 29 janvier 2021, reçue le 6 mars 2021 en mairie de Domazan, Mme B a présenté une demande tendant au raccordement de sa maison d'habitation au réseau public d'électricité. Par un courrier du 18 avril suivant, le maire de Domazan, après avoir mentionné cette demande, a informé Mme B de ce que le conseil municipal avait, à l'instar de la " commission urbanisme réunie le 7 mars ", émis un " avis défavorable " à sa demande, le 15 avril 2021. Eu égard aux termes dans lesquels il est rédigé, et alors même qu'il n'indique pas expressément que le maire rejette la demande de Mme B, ce courrier du 18 avril 2021 doit être regardé comme manifestant la décision de refus prise par cette autorité. Cette décision qui ne constitue pas une mesure préparatoire, revêt le caractère d'un acte administratif faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la commune de Domazan doit être écartée.

3. En deuxième lieu, si la commune de Domazan oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la présente requête, en se prévalant à cet égard de la " prescription de l'action en raison du dépassement du délai raisonnable ", elle n'établit pas la date à laquelle la décision du 18 avril 2021 en litige a été notifiée à Mme B. Alors que cette dernière demande uniquement l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision du 18 avril 2021 - qui ne comporte pas la mention des voies et délais de recours -, ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux daté du 16 juin 2021, la commune défenderesse n'établit ni même n'allègue que la présente requête, enregistrée le 15 octobre 2021 au greffe du tribunal, aurait été enregistrée postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de droit commun. Par ailleurs, et au surplus, si la commune défenderesse se réfère à un refus de raccordement opposé en 2002, elle n'établit ni même n'allègue que la décision du 18 avril 2021 serait purement confirmative de ce refus ou d'une précédente décision de rejet d'une demande de raccordement au réseau public d'électricité présentée par Mme B. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir ainsi opposée - au demeurant de façon imprécise - par la commune de Domazan ne saurait être accueillie.

4. En troisième lieu, la commune de Domazan relève que la demande de raccordement de Mme B n'a pas été présentée à l'appui d'une demande d'autorisation d'urbanisme et observe que l'intéressée n'a pas saisi la société Enedis ou le syndicat mixte d'électricité du Gard d'une demande d'information relative tant à la faisabilité du raccordement sollicité qu'au coût de l'extension requise du réseau public d'électricité. Si elle soutient, après s'être référée à diverses dispositions du code de l'énergie, que la " demande de raccordement présentée directement " auprès des services communaux par Mme B n'est " pas régulière " et que " le recours est prématuré donc irrecevable ", la commune défenderesse n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes et n'invoque à cet égard aucune disposition législative ou réglementaire faisant obstacle à ce qu'une demande de raccordement au réseau public d'électricité soit déposée auprès de l'administration compétente. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, cette fin de non-recevoir, également opposée de façon imprécise par la commune de Domazan, doit être écartée.

5. En quatrième et dernier lieu, la commune de Domazan fait valoir que la requête de Mme B est irrecevable dès lors que l'intéressée et son époux ont renoncé à solliciter le raccordement de leur propriété au réseau d'électricité en vertu de la convention datée du 21 décembre 2009 et versée aux débats, en contrepartie de la participation financière de la commune aux travaux d'installation de panneaux photovoltaïques sur leur immeuble. Cette convention signée par le maire de Domazan ainsi que par les époux B précise que ce bâtiment d'habitation " n'est pas raccordé au réseau électrique ", que la commune " ne peut autoriser un raccordement aérien de l'immeuble " en cause, que " le coût d'un raccordement souterrain n'est pas compatible avec les finances communales " et que le " conseil municipal a décidé de participer financièrement à l'achat et à l'installation de panneaux photovoltaïques ", " la participation financière de la commune (s'élevant) à 80 % des travaux réalisés ". Si les époux B se sont notamment engagés, en signant cette convention, " à ne solliciter aucun raccordement ultérieur aux réseaux électriques et téléphoniques ", aucune stipulation ne précise que les intéressés renonceraient à exercer un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de toute décision ultérieure rejetant une demande de raccordement au réseau public d'électricité. Enfin, il n'apparaît pas que la convention en cause présenterait, au regard de ses stipulations, le caractère d'une transaction au sens de l'article 2044 du code civil ni, en tout état de cause, que ce contrat puisse être regardé comme comportant des concessions réciproques et équilibrées entre les parties. Par suite, la fin de non-recevoir ainsi opposée par la commune de Domazan doit être écartée.

Sur la légalité des décisions litigieuses :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ".

7. Il résulte de ces dispositions que le maire peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale destinés à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, s'opposer au raccordement définitif au réseau d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone des bâtiments, locaux ou installations qui, faute de disposer de l'autorisation d'urbanisme ou de l'agrément nécessaire, sont irrégulièrement construits ou transformés.

8. Il est constant que la construction à destination d'habitation concernée par la demande de raccordement au réseau public d'électricité de Mme B a été autorisée par un permis de construire délivré le 25 janvier 1978, lequel est versé aux débats. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette construction aurait, depuis son édification, fait l'objet de transformations non autorisées. Par ailleurs, les seules mentions de l'acte de vente daté du 26 juillet 2001 auquel se réfère la commune défenderesse ne sauraient suffire à établir que la construction n'était pas, à la date de la décision du 18 avril 2021 en litige, conforme au permis de construire mentionné ci-dessus, alors au demeurant que la requérante produit un courrier du 31 mai 2006 par lequel le secrétaire général de la préfecture du Gard a précisé que, la maison d'habitation considérée " étant conforme au permis de construire () délivré le 25 janvier 1978, la direction départementale de l'équipement a émis un avis favorable au raccordement au réseau électrique " de ce bâtiment. Dans ces conditions, et sans qu'ait à cet égard d'incidence la " situation géographique " du terrain sur lequel est implantée la construction en cause ou encore les " conditions d'accord " mentionnées dans la décision litigieuse, le maire de Domazan ne pouvait, pour les motifs qui y sont énoncés, légalement rejeter la demande de raccordement de Mme B.

9. En second lieu, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. La commune de Domazan fait valoir que son maire pouvait s'opposer à la demande de raccordement de Mme B dès lors, d'une part, que le terrain sur lequel est édifié le bâtiment d'habitation objet de cette demande est classé en zone A du plan local d'urbanisme communal et que le raccordement de ce bâtiment sans lien avec l'activité agricole aurait pour conséquence de " renforcer le caractère d'habitation d'une construction non conforme aux dispositions régissant l'occupation des sols au sein de la zone A ", d'autre part, que ce terrain est inclus dans le périmètre d'une " zone non urbaine inondable par un aléa résiduel " définie par le plan de prévention des risques d'inondation applicable sur son territoire et que " toute extension de réseau, techniquement plus difficile, serait malvenue dans cette zone ", ensuite, que l'intéressée ne justifie pas du caractère insuffisant de l'installation photovoltaïque alimentant le bâtiment en cause qui n'est pas raccordé au réseau public d'eau potable et, enfin, qu'elle n'envisage pas de procéder à l'extension du réseau public d'électricité dans le secteur en cause afin d'en préserver l'intérêt agricole ainsi que pour des raisons budgétaires.

11. Ce faisant, la commune défenderesse doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs. Toutefois, le bâtiment d'habitation objet de la demande de raccordement de Mme B a été régulièrement édifié ainsi qu'il a été dit précédemment. Par ailleurs, cette demande, qui ne tend pas à l'obtention d'une autorisation d'urbanisme, n'a ni pour objet ni pour effet de modifier ce bâtiment existant et régulièrement implanté. Enfin, la commune de Domazan, qui ne se réfère d'ailleurs à aucune disposition précise du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme ou du règlement du plan de prévention des risques d'inondation, ne se prévaut pas, même en substance, d'une règle ou d'un principe permettant à son maire de s'opposer légalement au raccordement de la maison d'habitation de Mme B au réseau public de distribution d'électricité. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Domazan aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur l'un des motifs avancés par la commune défenderesse. Il en résulte qu'il ne peut être fait droit à la demande de substitution de motifs présentée par cette dernière.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation des décisions en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du maire de Domazan du 18 avril 2021 ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur l'injonction et l'astreinte :

14. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors que la commune défenderesse n'invoque aucun motif de nature à fonder légalement la décision de refus de raccordement en litige, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de Domazan délivre à Mme B l'autorisation sollicitée. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Domazan de délivrer cette autorisation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Domazan en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Domazan du 18 avril 2021 et sa décision rejetant le recours gracieux formé par Mme B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Domazan de délivrer à Mme B l'autorisation de raccordement sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : La commune de Domazan versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Domazan.

Copie en sera adressée au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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