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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103441

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103441

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAFA CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 mai 2021, 25 janvier et 7 février 2022, M. B A, représenté par la S.E.L.A.F.A. Cabinet Cassel, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 167,63 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis lors de son rapatriement de Nouvelle-Zélande à la suite de la déclaration de l'état d'urgence et de fermeture des frontières de ce pays liées à la propagation de la covid-19 annoncées le 25 mars 2020, assortie des intérêts légaux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- alors qu'il séjournait en Nouvelle-Zélande il a reçu un courriel de l'ambassade française dans ce pays le 3 avril 2020 le contraignant à organiser son propre rapatriement après l'annonce de la prochaine fermeture des frontières décidée par les autorités néo-zélandaises, dans le cadre de la crise sanitaire liée à la covid-19, ce qui l'a conduit à réserver à ses frais un vol commercial pour le 6 avril suivant alors qu'il n'a été informé que tardivement de la mise en place de plusieurs vols à tarifs négociés destinés au rapatriement des ressortissants français ; ce faisant il a été victime d'une rupture de l'égalité devant les charges publiques engageant la responsabilité sans faute de l'Etat français lui causant un préjudice anormal et spécial, dans la mesure où le coût de son rapatriement a été plus de deux fois plus onéreux (2017,63 euros) que le coût des autres vols négociés (850 euros) ;

- il a été victime d'une organisation fautive du rapatriement des ressortissants français de Nouvelle-Zélande liée à une carence informative de l'ambassade et révélant une mesure discriminatoire à son égard, qui constituent des fautes engageant la responsabilité de l'Etat ;

- il justifie d'un préjudice financier estimé à la différence entre le coût de son propre vol de rapatriement et celui des autres vols à tarif négocié soit une somme de 1 167,63 euros qui devra être assortie des intérêts légaux à compter du dépôt de sa demande préalable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2021 et le 31 janvier 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un courrier, enregistré le 17 mai 2023, M. A a confirmé maintenir sa requête en réponse au courrier du greffe du tribunal du 16 mai précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien, rapporteure,

- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 avril 2020, alors qu'il séjournait en vacances en Nouvelle-Zélande, M. A, ressortissant français, a été invité à rentrer en France par les services de l'ambassade de France suite à la déclaration par les autorités néo-zélandaises, le 25 mars 2020 de l'état d'urgence et de la prochaine fermeture des frontières liée à la propagation de la covid-19 dans ce pays. Par sa requête, fondée sur une rupture d'égalité devant les charges publiques et des fautes de l'Etat dans l'organisation du rapatriement ayant conduit à le discriminer, M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 167,63 euros au titre du préjudice financier qu'il estime avoir subi du fait des conditions dans lesquelles il a dû quitter à ses frais la Nouvelle-Zélande.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat :

2. Il résulte de l'instruction que le préjudice financier dont M. A demande réparation, correspondant à l'écart entre le prix des billets du vol vers la France qu'il a réglés et celui des vols à tarif négociés par les services de l'ambassade dont il n'a pu bénéficier, eu égard à son relativement faible montant de 1 167 euros et au nombre de ressortissants français à l'étranger, et notamment en Nouvelle-Zélande, qui ont été contraints de revenir en France en urgence et à leur frais, ne présente pas un caractère anormal et spécial permettant d'engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de l'égalité devant les charges publiques.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de l'Etat :

3. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment des divers messages électroniques d'information produits, adressés à M. A par l'ambassade de France en Nouvelle-Zélande en mars et avril 2020, que ce dernier se serait vu imposer un départ de ce pays, notamment à la date du 3 avril 2020 où il a librement décidé de réserver à ses frais un vol commercial pour un départ le 6 avril suivant. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'à cette date, aucun vol à tarif négocié n'avait encore été mis en place par l'Etat français. Enfin, M. A ne démontre pas qu'il remplissait les conditions permettant de bénéficier de tels vols à tarif négocié, destinés en priorité aux personnes vulnérables et aux personnels de santé, dont seulement 2 000 personnes sur les 5 000 ressortissants français concernés ont effectivement pu disposer. Dans ces conditions, le préjudice financier dont le requérant demande réparation, constitué par la différence entre le prix dont il s'est acquitté pour réserver un vol commercial dès le 3 avril 2020 et celui d'un vol à tarif négocié, ne saurait être regardé comme ayant pour origine les diverses fautes de l'Etat qu'il invoque. Les demandes qu'il a présentées sur le fondement de ces fautes, à les supposer établies, doivent, dès lors, être rejetées.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 167,63 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis lors de son rapatriement de Nouvelle-Zélande. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Lu en audience publique le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

F. DESMOULIERES

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des Affaires étrangères en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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