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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103617

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103617

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTOUZANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Touzani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leurs deux enfants mineurs ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse d'accorder le regroupement familial sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions de dispense du critère de ressources en tant que retraité âgé de plus de 65 ans marié depuis plus de 10 ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2021, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1947, et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 8 avril 2026, a épousé en janvier 2011, Mme B D, compatriote née le 8 janvier 1985, avec qui il a eu deux enfants nés au Maroc le 9 septembre 2012 et le 24 février 2017. Par une demande du 11 septembre 2020, il a sollicité le regroupement familial pour son épouse et ses deux enfants, qui lui a été refusé par la décision du préfet de Vaucluse du 9 juin 2021 que M. C conteste.

2. En premier lieu, la décision attaquée, dont les énonciations ne sont pas stéréotypées et sont suffisamment circonstanciées, comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de Vaucluse s'est fondé pour refuser le regroupement familial sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ".

4. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. C pouvait justifier d'un revenu mensuel moyen de 617 euros net durant les douze mois précédant sa demande, correspondant au montant de sa pension de retraite et inférieur au montant de 1 334,03 euros net pour une famille de quatre personnes dans la période de référence. Si, l'intéressé soutient qu'il remplit les conditions de dispense du critère de ressources en tant que retraité âgé de plus de 65 ans marié depuis plus de 10 ans, il ne peut utilement se prévaloir de cette dispense dès lors que le regroupement familial a été également sollicité pour ses deux enfants et pas seulement pour son épouse. Ainsi le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En l'espèce, si M. C se prévaut de l'âge de ses deux jeunes enfants, le requérant n'apporte aucun élément probant justifiant de l'intensité des liens affectifs avec ceux-ci, tant avant le dépôt de sa demande de regroupement familial qu'après celle-ci. Par ailleurs, M. C se prévaut de son état de santé et produit des documents médicaux attestant notamment qu'il souffre d'une pathologie l'empêchant de voyager et qu'il a subi une intervention chirurgicale. Toutefois, il n'établit pas que les nécessités de la vie courante impliqueraient la présence de son épouse et de ses enfants à ses côtés, compte tenu de la possibilité pour lui de bénéficier de l'assistance par une tierce personne. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

F. E

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103617

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