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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103715

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103715

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 octobre 2021 et 11 juillet 2023, M. A B, représenté par ADAES Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la société d'économie mixte immobilière du Gard (SEMIGA) a décidé de préempter la parcelle cadastrée section AE n° 142 située 5, rue de la cave coopérative à Bouillargues ;

2°) de mettre à la charge de la SEMIGA la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation ;

- il a fait part de sa volonté de retirer son bien de la vente.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 mai et 6 juin 2023, la SEMIGA, représentée par ELEOM Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a pas intérêt à agir contre la décision attaquée ;

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Frayssinet pour le requérant, et celles de Me Barrouin pour la SEMIGA.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire indivis de la parcelle cadastrée section AE n° 142, qui a fait l'objet d'une déclaration d'intention d'aliéner reçue par la commune de Bouillargues le 26 avril 2021. Par la décision du 5 juillet 2021, dont M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation, la SEMIGA, délégataire du droit de préemption dont bénéficiait la préfète du Gard au titre de l'article L. 210-1 alinéa 2 du code de l'urbanisme, a décidé de préempter ce bien.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 213-25 du code de l'urbanisme : " Les demandes, offres et décisions du titulaire du droit de préemption et des propriétaires prévues par le présent titre sont notifiées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, par acte d'huissier, par dépôt contre décharge ou par voie électronique dans les conditions prévues aux articles L. 112-11 et L. 112-12 du code des relations entre le public et l'administration. " En application de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de préemption litigieuse, formalisée par le courrier du directeur de la SEMIGA du 5 juillet 2021, a été notifiée le 8 juillet suivant au notaire des vendeurs de la parcelle préemptée, parmi lesquels figure le requérant, désigné comme leur mandataire dans la déclaration d'intention d'aliéner. Toutefois, faute de comporter l'indication des voies et délais de recours applicables, cette notification n'a pas eu pour effet de faire courir le délai de recours contentieux. La requête enregistrée au greffe du tribunal le 26 octobre 2021 n'est, par suite, pas tardive et la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de M. B :

4. Toute décision de préemption d'un bien apporte une limitation au droit de propriété du vendeur et affecte à ce titre les intérêts de celui-ci qui a, dès lors, intérêt à en demander l'annulation pour excès de pouvoir, et ce, quand bien même il n'est pas l'unique propriétaire du bien préempté. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser à l'échelle communale en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. () En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée à l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. () " L'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dispose que : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. Pendant la durée d'application d'un arrêté préfectoral pris sur le fondement de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, le droit de préemption est exercé par le représentant de l'Etat dans le département lorsque l'aliénation porte sur un des biens ou droits énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 213-1 du présent code, affecté au logement ou destiné à être affecté à une opération ayant fait l'objet de la convention prévue à l'article L. 302-9-1 précité. Le représentant de l'Etat peut déléguer ce droit () à une société d'économie mixte agréée mentionnée à l'article L. 481-1 du code de la construction et de l'habitation. () Les biens acquis par exercice du droit de préemption en application du présent alinéa doivent être utilisés en vue de la réalisation d'opérations d'aménagement ou de construction permettant la réalisation des objectifs fixés dans le programme local de l'habitat ou déterminés en application du premier alinéa de l'article L. 302-8 du même code. () " Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en oeuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le recyclage foncier ou le renouvellement urbain, de sauvegarder, de restaurer ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, de renaturer ou de désartificialiser des sols, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. "

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

7. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 5 juillet 2021 renvoie à l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel la préfète du Gard, qui était titulaire du droit de préemption sur le territoire de la commune de Bouillargues compte tenu de sa carence en matière de logements sociaux, a délégué à la SEMIGA l'exercice de ce droit pour la parcelle appartenant à M. B, puis se borne à indiquer que la SEMIGA a décidé de faire usage de ce droit de préemption. Il ne comporte ainsi aucune précision sur la nature du projet d'action ou de l'opération d'aménagement dans le cadre de laquelle la préemption de la parcelle s'inscrit, et la réalité d'un tel projet ou d'une telle opération n'est pas davantage établie par les écritures de la SEMIGA en défense qui expose seulement que l'acquisition de la parcelle vise à augmenter le nombre de logements sociaux au sein du territoire communal. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

8. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à fonder l'annulation de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2021.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SEMIGA la somme de 1 200 euros à verser au requérant.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la SEMIGA du 5 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : La SEMIGA versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SEMIGA et à la commune de Bouillargues.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023 où siégeaient :

- M. Roux, président,

- Mme Lahmar, conseillère,

- M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUXLa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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