mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RAYNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2021 et 21 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Bérenger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Gordes s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée en vue de la division foncière en trois lots dont deux à bâtir de la parcelle cadastrée section AH n° 38 ;
2°) d'enjoindre au maire de Gordes, à titre principal, de lui délivrer un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de prendre un arrêté de non-opposition à sa déclaration dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Gordes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle bénéficie d'une décision tacite de non-opposition depuis l'expiration du délai d'instruction de droit commun d'un mois suivant le dépôt de sa déclaration préalable, le 27 août 2021, que la décision attaquée a eu pour effet de retirer illégalement, faute de motivation et de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- l'avis conforme défavorable émis par le préfet du Gard est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme ;
- cet avis conforme défavorable est insuffisamment motivé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril et 12 septembre 2023, la commune de Gordes conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roux,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tagnon, représentant Mme A, et de Me Rayne, représentant la commune de Gordes.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 24 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 août 2021, Mme A a déposé une déclaration préalable portant sur la division foncière en trois lots, dont deux à bâtir, de la parcelle cadastrée section AH n° 38 située sur le territoire de la commune de Gordes alors dépourvue de document d'urbanisme. Le préfet de Vaucluse, saisi d'une demande d'avis conforme en application des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, a émis un avis défavorable à ce projet puis le maire s'est opposé à la déclaration préalable en cause par l'arrêté du 4 octobre 2021 dont Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la nature de l'arrêté en litige :
2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté () en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". En application de l'article R. 423-23 du même code: " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Selon l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : a) Lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme ; / () ". A cet égard, l'article R. 425-30 de ce code nonce : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Les travaux ne peuvent être entrepris avant l'expiration d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande ou de la déclaration. La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article R. 423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : () b) Les motifs de la modification de délai (). " En application de l'article R. 423-43 dudit code : " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites. ( ) ". En vertu de l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable et, d'autre part, qu'en l'absence de notification au pétitionnaire, dans le délai d'un mois suivant réception en mairie d'un dossier complet, de la décision en modifiant la durée, le délai d'instruction applicable demeure celui de droit commun d'une durée d'un mois.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé sa déclaration préalable à la mairie de Gordes le 27 août 2021. Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 20 septembre 2021, notifiée à Mme A le 23 septembre 2021, dans le délai d'un mois suivant le dépôt de sa déclaration, conformément à l'article R. 423-42 du code de l'urbanisme, le maire de cette commune lui a indiqué que son projet de division, situé dans le périmètre site inscrit de Plan de Gordes, nécessitait la consultation de l'architecte des bâtiments de France, que le délai d'instruction était porté à deux mois en application de l'article R. 423-24 de ce code et qu'il expirait le 26 octobre 2021. Ainsi, Mme A, qui ne conteste pas la régularité de cette modification du délai d'instruction, n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle aurait été titulaire, dès l'expiration, le 27 septembre 2021, du délai de droit commun d'un mois suivant le dépôt de sa déclaration, d'une décision tacite de non-opposition que l'arrêté du 4 octobre 2021 aurait illégalement retirée.
En ce qui concerne la légalité externe :
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par Marie-Thérèse Mack qui bénéficiait d'une délégation de fonctions, accordée par arrêté du maire de Gordes en date du 12 juin 2020, l'autorisant à signer les décisions relatives à l'urbanisme. Il ressort des mentions figurant sur cet arrêté, lesquelles font foi jusqu'à preuve contraire, qu'il a été réceptionné en préfecture le 12 juin 2020 et affiché en mairie le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu (). Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif () ". Selon l'article L. 422-5 du même code : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
7. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.
8. En premier lieu, l'avis du préfet de Vaucluse, qui cite les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et indique que, le terrain étant situé en dehors des parties urbanisées de la commune, le projet conduirait à poursuivre l'urbanisation sur des espaces naturels vierges, expose clairement les raisons de droit et de fait de son sens défavorable au projet. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'insuffisance de sa motivation, à le supposer utilement invoqué, manque en fait et ne peut ainsi, en tout état de cause, qu'être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées en dehors des parties urbanisées de la commune ". Il interdit ainsi, en principe, l'implantation de constructions en dehors des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune.
10. Le projet n'entre pas dans les exceptions limitativement énumérées à l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de situation et de l'extrait cadastral joints au dossier de déclaration préalable déposé par Mme A, ainsi que des photographies aériennes produites par la requérante et la commune, que le terrain d'assiette du projet de division foncière en litige jouxte un ensemble de parcelles non bâties qui s'étend vers l'Est et est situé, au sein d'un secteur à dominante naturelle, dans un compartiment d'habitat diffus composé principalement de grandes parcelles arborées comportant une villa et, parfois, une piscine, et de terrains naturels, vierges de toute construction. Ce compartiment, au cœur duquel se situe le terrain d'assiette, est, en outre, éloigné de plusieurs kilomètres du centre de Gordes dont il est notamment séparé par des espaces naturels et des secteurs d'habitat diffus. Il n'est pas en continuité avec des parties urbanisées et ne constitue pas, en dépit de sa desserte par les réseaux publics, une partie urbanisée de la commune. C'est donc sans erreur d'appréciation que le préfet de Vaucluse a émis un avis défavorable fondé sur l'application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. L'exception d'illégalité invoquée sur ce fondement doit être écartée.
11. Il s'ensuit que l'avis conforme défavorable du préfet n'étant pas illégal, le maire de la commune de Gordes se trouvait en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable présentée par Mme A.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Gordes s'est opposé à sa déclaration préalable. Les conclusions qu'elle a présentées à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions qu'elle a présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent donc être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gordes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, sur ce même fondement, de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Gordes.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune de Gordes une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Gordes.
Copie en sera transmise à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
G. ROUX Le conseiller le plus ancien,
R. MOURET
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026