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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103846

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103846

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, M. A C et Mme B C, représentés par Me Doux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2021 par lequel le maire de Mormoiron a refusé de leur délivrer un permis de construire modificatif, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Mormoiron de leur délivrer le permis de construire modificatif sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mormoiron la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le délai d'instruction de leur demande ayant été irrégulièrement prolongé, ils sont devenus titulaires d'un permis modificatif tacite que l'arrêté contesté a eu pour effet de retirer ;

- ce permis tacite n'étant pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, son retrait est illégal ;

- ce retrait n'a pas été précédé de la procédure contradictoire requise ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- le motif tiré du non-respect de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 avril 2022, le 19 septembre 2022 et le 21 avril 2023, la commune de Mormoiron, représentée par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 30 novembre 2023, présentée par la commune de Mormoiron.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er mars 2021, le maire de Mormoiron a refusé de délivrer à M. et Mme C un permis de construire modificatif en vue de la modification des toitures, des ouvertures et des façades d'une maison individuelle implantée sur un terrain situé route de Flassan. Par un courrier reçu le 6 juillet 2021 en mairie, les intéressés ont formé en vain un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. M. et Mme C demandent l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 1er mars 2021 et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, d'un pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. Il résulte de la réglementation postale qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. Il ressort des pièces produites par la commune de Mormoiron, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que le pli présenté à l'adresse du domicile de M. et Mme C, telle qu'indiquée dans leur demande de permis de construire modificatif, contenait l'arrêté de refus de permis de construire modificatif en litige, lequel mentionne les voies et délais de recours. L'avis de réception versé aux débats comporte la mention manuscrite selon laquelle ce pli recommandé a été présenté le 2 mars 2021. Par ailleurs, l'étiquette adhésive apposée sur cet avis de réception fait apparaître que le pli en cause a été " avisé et non réclamé ". Au regard de ces mentions claires et précises figurant sur l'avis de réception, l'arrêté contesté doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié aux intéressés le 2 mars 2021. Dans ces conditions, et sans que puisse y faire obstacle le recours gracieux formé par M. et Mme C, reçu en mairie le 6 juillet suivant, après l'expiration du délai de recours contentieux, la requête des intéressés, enregistrée le 5 novembre 2021 au greffe du tribunal, est tardive et, par suite, irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme C doit être rejetée, y compris leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Mormoiron sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mormoiron sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C ainsi qu'à la commune de Mormoiron.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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