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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103896

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103896

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme C A, représentée par Me Boulet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la mainlevée des mesures conservatoires diligentées à son encontre par le pôle de recouvrement spécialisé du Gard, à savoir la saisie conservatoire de créances détenues par elle, la saisie vente à titre conservatoire des facultés mobilières et la prise d'inscription d'hypothèque provisoire judiciaire de sa résidence principale,

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l 'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aux termes de l'article 1745 du code général des impôts, l'administration ne peut exercer les droits découlant de la solidarité pour le recouvrement des impôts fraudés et des pénalités y afférentes que si cette solidarité résulte d'une condamnation devenue définitive, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- sa responsabilité et son intention frauduleuse ne sont pas démontrées ; M. B était le seul spécialiste en droit fiscal et, à ce titre, s'occupait des aspects fiscaux et comptables de la société Legis Provence ;

- le montant de la dette et l'exigibilité de l'impôt réclamé sont contestables, tenant le redressement judiciaire actuel de la SELARL Legis Provence ; le montant faisant l'objet de la mesure conservatoire est en réalité plus faible que le montant indiqué ; or, les mesures de poursuite ont été diligentées sur la totalité de la dette ; au surplus, par application du principe de suspension des poursuites prévu à l'article L 622- 21 du code de commerce, la créance n'est pas, au demeurant, exigible auprès de ce même débiteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Les parties ont été informées les 6 et 22 novembre 2023, par application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requête relèvent de la compétence du juge de l'exécution et ne peuvent être que rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D Parisien ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ainsi que les observations de Me Boulet substituant Me Debord pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. La SELARL Legis Provence Conseil, au sein de laquelle Mme A est gérante et associée minoritaire, a fait l'objet de rappels de taxe sur la valeur ajoutée de 118 037 euros en droits et 45 215 euros en pénalités et intérêts de retard soit un total de 165 252 euros. Une plainte pour fraude fiscale a été déposée le 12 mars 2021 à l'encontre de Mme A, induisant sa solidarité avec le redevable légal de l'impôt fraudé, au paiement de cet impôt ainsi qu'à celui des pénalités fiscales y afférentes. Par requête du 15 avril 2021, le comptable du Pôle de recouvrement spécialisé du Gard a saisi le juge de l'exécution du Tribunal judiciaire de Nîmes pour procéder à des mesures conservatoires auxquelles celui-ci a fait droit par ordonnances. Le comptable du Trésor public a par suite inscrit une hypothèque judiciaire provisoire sur le bien de Mme A et a saisi son compte bancaire CIC Lyonnaise de Banque le 19 mai 2021. Mme A a formé deux oppositions à poursuites devant le directeur départemental des finances publiques par courrier recommandé le 20 juillet 2021, réceptionné le 23. L'une concernait la saisie conservatoire sur son compte bancaire CIC Lyonnaise de Banque et l'autre l'hypothèque judiciaire provisoire inscrite sur sa propriété à Nîmes. Le directeur départemental des finances publiques a rejeté ses réclamations le 16 septembre 2021. Mme A demande au tribunal de prononcer la mainlevée des mesures conservatoires diligentées à son encontre par le pôle de recouvrement spécialisé du Gard, à savoir la saisie conservatoire de créances détenues par elle, la saisie vente à titre conservatoire des facultés mobilières et la prise d'inscription d'hypothèque provisoire judiciaire de sa résidence principale.

Sur les conclusions tendant à la mainlevée de la saisie conservatoire de créances détenues par Mme A, la saisie vente à titre conservatoire des facultés mobilières et la prise d'inscription d'hypothèque provisoire judiciaire :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Toute personne dont la créance paraît fondée en son principe peut solliciter du juge l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur, sans commandement préalable, si elle justifie de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement. La mesure conservatoire prend la forme d'une saisie conservatoire ou d'une sûreté judiciaire. ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code : " L'autorisation est donnée par le juge de l'exécution. () ". Aux termes de l'article R. 512-2 du même code : " La demande de mainlevée est portée devant le juge qui a autorisé la mesure. Si celle-ci a été prise sans autorisation préalable du juge, la demande est portée devant le juge de l'exécution du lieu où demeure le débiteur () ". Aux termes de l'article R. 512-3 du même code : " Les autres contestations sont portées devant le juge de l'exécution du lieu d'exécution de la mesure. " ;

3. Il résulte des dispositions précitées que les contestations relatives aux mesures conservatoires ordonnées pour leur application sont portées devant le juge judiciaire. Dès lors, la saisie conservatoire de créances détenues par Mme A, la saisie vente à titre conservatoire des facultés mobilières et la prise d'inscription d'hypothèque provisoire judiciaire, régies par le code des procédures civiles d'exécution ressortissent au juge judiciaire. Il suit de là que les conclusions aux fins de mainlevée doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

4. Il est observé au surplus que les mesures précitées de saisie conservatoire ont pour seul objet de garantir par une prise de sûreté provisoire une créance du Trésor qui n'a pas encore fait l'objet d'un titre de recouvrement à l'encontre de Mme A. Dans ces conditions, les actes en litige ne peuvent être regardés comme des actes de poursuite susceptibles de fonder une obligation de paiement au sens de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2103896

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