mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103938 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | COQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 novembre 2021, 9 mai et 9 juin 2023, la société par action simplifiée (SAS) De Rigoy, représentée par Me Cagnol, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel le maire de Blauvac a retiré le permis de construire tacite dont il bénéficiait, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Blauvac de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite ou, subsidiairement, un permis de construire, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande de permis de construire dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune de Blauvac la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 3 juin 2021 doit être regardé comme ayant procédé au retrait du permis de construire tacite dont elle bénéficiait, dès lors qu'il ne lui a été notifié que le 10 juin 2021, et il est entaché d'un vice en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le motif de refus tiré de l'application des articles AT1.1 et AT1.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) est infondé ;
- le motif de refus tiré de l'application des articles L. 113-1 et L. 113-2 du code de l'urbanisme est infondé ;
- le motif de refus tiré de l'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme repose sur des faits matériellement inexacts ;
- les demandes de substitution de motifs devront être écartées.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 avril, 5 et 13 juin 2023, la commune de Blauvac, représentée par Me Coque, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que le courrier du 27 juillet 2021 ne peut s'analyser comme un recours gracieux et n'a donc pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux ;
- elle sollicite la substitution du motif tiré du risque pour la sécurité publique créé par le projet ;
- elle sollicite la substitution du motif tiré de l'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et des articles AT3.3 et AT3.5 du règlement du PLU ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cagnol pour la société requérante, ainsi que celles de Me Garreau pour la commune de Blauvac.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 mars 2021, la SAS De Rigoy a déposé auprès de la commune de Blauvac une demande de permis de construire portant sur la construction d'un hangar agricole et d'un logement sur un terrain situé lieu-dit Les Tians, parcelles cadastrées section A n°s 19, 20, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 40, 41, 50, 51, 52, 403, 404, 406, classé en zone agricole du PLU communal. Par arrêté du 3 juin 2021, le maire de Blauvac a refusé de faire droit à cette demande. La SAS De Rigoy a formé un recours gracieux contre cette décision réceptionné par les services de la commune le 29 juillet 2021 et implicitement rejeté. Elle demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Sauf le cas où des dispositions législatives ou réglementaires ont organisé des procédures particulières, toute décision peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai.
3. Il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté en litige à la société pétitionnaire est intervenue le 10 juin 2023. Avant l'expiration, le 11 août 2021, du délai de recours contentieux de deux mois, la SAS De Rigoy, par courrier du 27 juillet 2021 réceptionné par les services de la commune le 29 juillet suivant et intitulé " demande d'un recours gracieux ", a contesté la légalité de l'arrêté attaqué en indiquant que ses motifs lui semblaient injustifiés et que certains éléments de sa demande de permis de construire n'avait pas été correctement pris en compte au cours de son instruction. Ce courrier, qu'elle conclut par une demande expresse au maire de retirer l'arrêté en litige, constitue un recours gracieux qui a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux qui ne saurait avoir expiré lorsque, moins de deux mois après, le 19 novembre 2021, a été enregistrée la requête. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de sa tardiveté doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". L'article R. 424-1 du code de l'urbanisme précise que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ". Selon l'article R. 424-10 du même code, dans sa version applicable au litige : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par échange électronique. () "
5. Il ressort des pièces du dossier que la SAS De Rigoy a déposé la demande de permis de construire susvisée auprès des services de la commune de Blauvac le 9 mars 2021. Il est constant que le délai d'instruction de cette demande était d'une durée de trois mois et prenait fin le 9 juin 2021, date depuis laquelle est donc né un permis de construire tacite lorsqu'a été notifié à la pétitionnaire l'arrêté en litige par lettre recommandée avec accusé de réception daté du 10 juin 2021. Si la commune de Blauvac soutient avoir préalablement informé par téléphone la pétitionnaire du refus de son maire de délivrer le permis, d'une part, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit et d'autre part, en en tout état de cause, de telles modalités de notification ne sauraient être regardées comme présentant des garanties équivalentes à la notification par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal prévue par le code de l'urbanisme. La société requérante est donc fondée à soutenir qu'elle était titulaire d'un permis de construire tacite que l'arrêté attaqué a eu pour effet de retirer.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code prévoit que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Selon l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () "
7. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite et en principe, être précédée d'une procédure contradictoire permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre et des motifs qui la fonderaient et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'un permis de construire que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
8. En l'absence de pièce établissant la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable au retrait du permis de construire et alors qu'il n'est pas fait état en défense d'une situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'édiction de cette décision se trouve affectée d'un vice de procédure qui, pour avoir privé la société pétitionnaire d'une garantie, entache l'arrêté en litige d'illégalité.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est de nature à fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.
10. L'arrêté contesté étant entaché du vice de procédure relevé au point 8, la commune de Blauzac ne peut utilement solliciter de substitution de motifs dans le cadre de la présente instance.
11. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 9 juin 2021 est illégal et qu'il doit, dès lors, être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Blauvac de délivrer à la SAS De Rigoy un certificat de permis de construire tacite dans un délai d'un mois mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS De Rigoy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la commune de Blauvac. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Blauzac une somme à verser à la société requérante.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Blauvac du 9 juin 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Blauvac de délivrer à la SAS De Rigoy un certificat de permis de construire tacite dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS De Rigoy et à la commune de Blauvac.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Roux, président,
- Mme Lahmar, conseillère,
- M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
G. ROUXLa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026