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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2104126

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2104126

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2104126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CLEMENT-DELPIANO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 décembre 2021 et 25 octobre 2023 sous le n°2104126, Mme C B, représentée par Me Varron Charrier du cabinet d'avocats Clamence, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision n°3910/2021 du 26 août 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Avignon l'a déclarée inapte de façon définitive et absolue à l'exercice de toute fonction à compter du 2 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Avignon de reconnaître comme imputable au service son inaptitude et de reconstituer en conséquence sa carrière ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre avant dire droit une expertise afin de déterminer si les troubles physiques et psychiatriques dont elle souffre, et l'inaptitude qui en découle, sont en lien avec le service ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Avignon une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* sur la recevabilité : sa requête n'est pas tardive compte tenu du pli d'expédition de la décision litigieuse daté du 7 octobre 2021 ;

* sur la légalité de la décision du 26 août 2021 :

- la décision a été édictée par une autorité non habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vices de procédure :

° elle n'a pas été régulièrement convoquée à la séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 1er juin 2021 ;

° elle n'a pas été mise à même de prendre connaissance de son dossier ;

- elle est insuffisamment précise en ne se prononçant pas sur le lien entre le service et l'inaptitude reconnue ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu du caractère professionnel des pathologies ayant conduit à son inaptitude.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre et 2 novembre 2023, le centre hospitalier d'Avignon, représenté par Me Clément de la SELARL Clément-Delpiano, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

* sur la recevabilité : la requête est tardive

* sur la légalité : les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 14 mai 2024, le tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, communiqué aux parties l'avis de la commission de réforme dans sa séance du 1er juin 2021, produit le 13 mai 2024 dans le dossier en lien et enregistré sous le numéro 2302329.

Par un mémoire enregistré le 15 mai 2024, communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, Mme B soutient en outre que la commission de réforme qui a rendu son avis le 1er juin 2021 était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et d'un représentant de l'administration.

Par une ordonnance du 17 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 3 juin 2024.

Le centre hospitalier d'Avignon a produit un mémoire le 30 mai 2024, qui n'a pas été communiqué.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2022 et le 15 mai 2024 sous le n°2203487, Mme C B, représentée par Me Varron Charrier du cabinet d'avocats Clamence, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n°3254/2022 du 16 septembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Avignon l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à titre conservatoire et à demi-traitement à compter du 3 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Avignon de reconstituer en conséquence sa carrière, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement ;

3) subsidiairement, d'enjoindre avant dire droit une expertise afin de déterminer si les troubles physiques et psychiatriques dont elle souffre depuis le 3 février 2021 sont en lien avec une maladie professionnelle ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Avignon une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* sur la recevabilité : la requête conserve son objet dès lors que la légalité d'une décision s'apprécie à la date de son édiction ;

* sur la légalité de la décision attaquée :

- la décision a été édictée par une autorité non identifiée en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vices de procédure dans la mesure où :

° le comité médical n'a pas été consulté ;

° elle n'a pas fait l'objet d'une convocation régulière à la séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 1er juin 2021 ;

° elle n'a pas été mise à même de prendre connaissance de son dossier ;

° la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et d'un représentant de l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu du caractère professionnel des pathologies ayant conduit à son inaptitude ;

- elle est insuffisamment précise en ne se prononçant pas sur la durée de la disponibilité d'office ;

- elle méconnaît son droit à être préalablement reclassée.

Par un mémoire en défense, enregistré 14 septembre 2023, le centre hospitalier d'Avignon, représenté par Me Clément de la SELARL Clément-Delpiano, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

* sur la recevabilité : la requête est dépourvue d'objet dès lors que la décision attaquée a épuisé ses effets par le placement de l'intéressée à la retraite à compter du 3 avril 2023 ;

* sur la légalité : les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 14 mai 2024, le tribunal a communiqué aux parties l'avis de la commission de réforme dans sa séance du 1er juin 2021, produit le 13 mai 2024 dans le dossier en lien et enregistré sous le numéro 2302329.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 23 mai 2024.

III - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2022 et le 15 mai 2024 sous le n° 2203489, Mme C B, représentée par Me Varron Charrier du cabinet d'avocats Clamence, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n°3253/2022 du 16 septembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Avignon l'a placée en congé de maladie ordinaire du 3 février 2021 au 2 février 2022, à plein traitement du 4 février au 3 mai 2021, et à demi-traitement du 4 mai 2021 au 2 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Avignon de la placer en congé de maladie professionnelle du 3 février 2021 au 2 février 2022, de reconnaître l'imputabilité au service de ses troubles psychiatriques, et de reconstituer en conséquence sa carrière, dans un délai de quinze jours à compter du jugement ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre avant dire droit une expertise afin de déterminer si les troubles physiques et psychiatriques dont elle souffre depuis le 3 février 2021 sont en lien avec une maladie professionnelle ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Avignon une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été édictée par une autorité non identifiée en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vices de procédure dans la mesure où :

° elle procède au retrait illégal de la décision du 26 août 2021 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé ;

° elle n'a pas fait l'objet d'une convocation régulière à la séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 1er juin 2021 ;

° la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et d'un représentant de l'administration ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu du caractère professionnel des pathologies ayant conduit à son inaptitude.

Une mise en demeure a été adressée le 25 août 2023 au centre hospitalier d'Avignon, qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 23 mai 2024.

IV - Par une requête enregistrée le 19 juin 2023 sous le n° 2302329, Mme C B, représentée par Me Varron Charrier du cabinet d'avocats Clamence, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision n°10115 du 3 avril 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Avignon l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er mai 2023 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Avignon de reconnaître l'imputabilité au service de son invalidité, et de reconstituer en conséquence sa carrière, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Avignon une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* sur la recevabilité : la requête n'est pas tardive faute pour le centre hospitalier de justifier de la date de notification de la décision attaquée ;

* sur la légalité de la décision attaquée :

- la décision a été édictée par une autorité non identifiée en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vices de procédure dans la mesure où :

° elle n'a pas été mise à même de prendre connaissance de son dossier ;

° la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et d'un représentant de l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée faute de lui avoir communiqué l'avis de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'administration s'est crue liée par l'avis de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu du caractère professionnel des pathologies ayant conduit à son inaptitude et à sa mise à la retraite pour invalidité.

Par un mémoire en défense, enregistré 3 octobre 2023, le centre hospitalier d'Avignon, représenté par Me Clément de la SELARL Clément-Delpiano, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

* sur la recevabilité : la requête est dépourvue d'objet dès lors que la décision attaquée a épuisé ses effets par le placement de l'intéressée à la retraite à compter du 3 avril 2023 ;

* sur la légalité : les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 2 mai 2024, le tribunal a demandé au centre hospitalier d'Avignon de produire l'avis complet et la composition de la commission de réforme dans sa séance du 1er juin 2021. Par une production du 13 mai 2024, le centre hospitalier a satisfait à cette demande.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 23 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires. ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delpiano, représentant le centre hospitalier d'Avignon.

Le centre hospitalier d'Avignon a produit une note en délibéré, enregistrée le 13 juin 2024 dans les instances n°2104126, 2203487 et 2302329, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, alors aide-soignante au centre hospitalier d'Avignon, a été victime le 1er avril 2013 d'un accident ayant entraîné une douleur à l'épaule droite, reconnu imputable au service, avec un taux d'invalidité pour sa tendinopathie de 3% et consolidation de l'état de santé au 21 octobre 2013. Le 17 février puis le 16 mai 2014, elle a été victime de douleurs au coude gauche reconnues imputables par son employeur à une maladie professionnelle classée 57B. Suite à la reprise de son activité le 1er janvier 2015, elle a été placée en arrêts de travail pour douleurs à l'épaule droite, reconnues par le centre hospitalier comme maladie professionnelle classée 57A à compter du 23 août 2018, avec un taux d'invalidité de 15% et une consolidation fixée au 27 janvier 2020. Saisie de la situation de Mme B le 1er juin 2021, la commission de réforme a, d'une part, considéré que l'état de l'agente était consolidé sans séquelles et sans possibilité de rechute à compter du 2 février 2021, et d'autre part, estimé que l'intéressée était inapte de façon définitive et absolue à toutes fonctions, et a rendu ainsi un avis favorable à sa mise à la retraite pour invalidité non imputable au service.

2. L'inaptitude totale et définitive de Mme B à toutes fonctions a été reconnue par le centre hospitalier d'Avignon par une décision du 26 août 2021, avec effet au 2 juin 2021, dont Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation dans la requête n°2104126 en tant seulement que cette inaptitude n'est pas reconnue comme imputable au service. Par deux décisions du 16 septembre 2022, Mme B a, à titre de régularisation, été placée en congé de maladie ordinaire du 3 février 2021 au 2 février 2022, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 3 février 2022, décisions qu'elle conteste respectivement dans les requêtes n°2203489 et n°2203487. Enfin, par une décision du 3 avril 2023, Mme B a été admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er mai 2023, que l'intéressée doit être regardée comme contestant dans la requête n°2302329 en tant seulement que cette invalidité n'est pas reconnue comme imputable au service.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2104126, 2203487, 2203489 et 2302329 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'acquiescement aux faits :

4. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

5. Le centre hospitalier d'Avignon, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture d'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée dans la requête n°2203489, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par la requérante ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier dans les requêtes n° 2104126 et n° 2302329 :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Et l'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

7. En application de ces dispositions, il appartient à l'administration d'apporter la preuve de la notification régulière de la décision contestée. Dans ces conditions, le centre hospitalier d'Avignon, qui ne produit aucune pièce de nature à établir la date de notification des décisions n°3910/2021 du 26 août 2021 et n°10115 du 3 avril 2023, quand bien même ces décisions comportent les mentions des voies et délais de recours, ne met pas le tribunal à même de connaître la date de forclusion de ces recours. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à opposer aux conclusions des requêtes, enregistrées respectivement le 6 décembre 2021 et le 19 juin 2023, leur caractère tardif et les fins de non-recevoir ne peuvent être ainsi accueillies.

En ce qui concerne l'exception de non-lieu opposée à la requête n° 2203487 :

8. Le centre hospitalier d'Avignon fait valoir qu'à la suite de la mise à la retraite de Mme B le 3 avril 2023, la décision du 16 septembre 2022 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé à titre conservatoire a épuisé ses effets et que ledit recours a perdu son intérêt. Toutefois, la mesure en litige, qui a reçu exécution jusqu'au 1er mai 2023, n'a été ni retirée ni abrogée par le centre hospitalier. La seule circonstance qu'elle ait épuisé ses effets à la date du présent jugement n'a en outre pas pour effet de priver le présent litige de son objet. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu opposée par l'administration doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité des décision contestées :

9. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article (). Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service (). IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : () 3° Une maladie contractée en service telle qu'elle est définie à l'article L. 822-20 () ". Et aux termes de l'article L. 822-22 de ce code : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ".

10. D'autre part, aux termes de l'article 47-6 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires dans sa rédaction en vigueur à la date de la consultation de la commission de réforme : " La commission de réforme est consultée :/ () 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies. ". Et aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

11. Il résulte de ces dispositions que s'il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'expertise préalable réalisée par le docteur A, médecin généraliste agréé, que Mme B présentait, à la date de l'expertise le 2 février 2021, le tableau clinique suivant : " tendinite épaule droite : taux d'IPP imputable fixé à 15% / tendinite épaule gauche : taux d'IPP non imputable fixé à 12% / pathologie cardiaque : taux d'IPP non imputable fixé à 10% / pathologie lombaire : taux d'IPP non imputable fixé à 15% / pathologie psychiatrique : taux d'IPP non imputable fixé à 20% ". Or il est constant et ressort de l'extrait du procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 1er juin 2021, saisie pour avis sur l'inaptitude à toutes fonctions de Mme B et sur sa mise à la retraite pour invalidité, que seuls les docteurs Thore et Bercault-Bensussan, médecins généralistes agréés, y ont siégé, à l'exclusion de tout spécialiste en rhumatologie ou en psychiatrie. Ainsi tant le médecin expert que les médecins qui ont siégé à la séance de la commission de réforme ne relevaient pas des spécialités des pathologies de Mme B. Dans ces conditions, Mme B, qui a sollicité en vain une contre-expertise le 6 décembre 2021 auprès de son employeur et fait valoir que son inaptitude à toutes fonctions découle nécessairement des maladies professionnelles dont elle a obtenu la reconnaissance, est fondée à soutenir que la commission de réforme était irrégulièrement constituée et que cette irrégularité, qui l'a privée d'une garantie, entache d'illégalité l'ensemble des décisions contestées prises sur son fondement.

13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision n°3910/2021 du 26 août 2021, en tant que cette décision ne reconnaît pas son inaptitude définitive et absolue à l'exercice de toutes fonctions comme imputable au service, de la décision n°3253/2022 du 16 septembre 2022 la plaçant en congé de maladie ordinaire du 3 février 2021 au 2 février 2022, de la décision n°3254/2022 du 16 septembre 2022 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 février 2022, et de la décision n°10115 du 3 avril 2023, en tant que cette décision l'admet à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

15. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, l'exécution du présent jugement implique seulement que le directeur du centre hospitalier d'Avignon procède au réexamen de la situation de Mme B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de solliciter un nouvel avis de la commission de réforme, devenue conseil médical, intégrant dans sa composition un médecin spécialiste, après de nouvelles expertises médicales de l'intéressée par un médecin expert agréé de ses pathologies professionnelles classées 57A et 57B et par un médecin psychiatre agréé. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier d'Avignon la somme globale de 2 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens dans les instances n°2104126, 2203487, 2203489, et 2302329. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.

D É C I D E :

Article 1er : La décision n°3910/2021 du 26 août 2021 est annulée en tant qu'elle ne reconnaît pas comme imputable au service l'inaptitude définitive et absolue de Mme B à l'exercice de toutes fonctions.

Article 2 : La décision n°3253/2022 du 16 septembre 2022 plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire du 3 février 2021 au 2 février 2022 est annulée.

Article 3 : La décision n°3254/2022 du 16 septembre 2022 plaçant Mme B en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 février 2022 est annulée.

Article 4 : La décision n°10115 du 3 avril 2023 est annulée en tant qu'elle admet Mme B à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service.

Article 5 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier d'Avignon de procéder au réexamen de la situation de Mme B après avoir consulté le conseil médical, intégrant dans sa composition un médecin spécialiste, après nouvelles expertises médicales de l'intéressée par un médecin expert agréé de ses pathologies professionnelles classées 57A et 57B et par un médecin psychiatre agréé, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Le centre hospitalier d'Avignon versera à Mme B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 8 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Avignon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104126, 2203487, 2203489, 2302329

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