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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200069

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200069

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer un agrément en qualité de dirigeant ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer cet agrément ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence, en l'absence de justification de la délégation consentie à son auteure Mme C ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet il a fait l'objet d'une unique condamnation, les faits qui lui sont reprochés sont isolés et anciens, l'amende de 500 euros qui lui a été infligée n'est pas inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, et il a intégralement remboursé la caisse d'allocation familiale du Gard des sommes qu'il lui devait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité le 22 mars 2021 un agrément en qualité de dirigeant d'une société privée de sécurité, qui lui a été refusé le 25 mai 2021 par la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du CNAPS. Son recours administratif préalable obligatoire a été rejeté le 1er septembre 2021 par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure, nul ne peut exercer à titre individuel, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant une activité de sécurité privée, s'il n'est titulaire d'un agrément. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction applicable au litige : " L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes (). / L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ou d'une demande d'agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'agrément demandé par M. A, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé a perçu le revenu de solidarité active, entre les mois de mars 2011 et de mai 2013, en s'étant abstenu de déclarer l'exercice d'une activité professionnelle. La matérialité de ces faits est établie par la condamnation à une amende de 500 euros, prononcée le 3 octobre 2016 par le tribunal de grande instance de Nîmes. Si ces faits sont par leur nature même contraires aux principes auxquels le dirigeant d'une société de sécurité privée doit se conformer, ils demeurent isolés, en l'absence de toute autre mise en cause de M. A, et ils sont antérieurs de plus de huit ans à la décision attaquée, alors en outre que M. A, après avoir comparu sur reconnaissance préalable de culpabilité, a été dispensé d'une inscription de sa condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire. D'ailleurs, l'intéressé justifie avoir remboursé la totalité de la somme de 10 386,04 euros, dont il s'était rendu débiteur à l'égard de la caisse d'allocations familiales, conformément à l'échéancier qui lui a été consenti. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, en refusant pour ce seul motif l'agrément demandé, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS du 1er septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le motif d'annulation retenu implique seulement que la CNAPS procède à un nouvel examen de la demande de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. En l'absence de dépens dans la présente instance, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions tendant à leur remboursement, en tout état de cause non chiffrées, ne peuvent qu'être rejetées.

8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le paiement d'une somme de 1 000 euros à Me Debureau, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1 er : La décision du 1er septembre 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, refusant à M. A un agrément en qualité de dirigeant d'une société privée de sécurité, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de réexaminer la demande agrément en qualité de dirigeant d'une société privée de sécurité présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CNAPS versera à Me Debureau, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au Conseil national des activités privées de sécurité et à Me Debureau.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller.

M. Parisien, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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