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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200237

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200237

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Pascale Chabbert-Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire marocain contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire dans les 7 jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 6 décembre 2021 est illégale en ce qu'elle refuse l'échange de permis de conduire pour tardiveté de la demande ;

- sa demande d'échange est intervenue dans le délai d'un an après l'acquisition de sa résidence normale en France ;

- le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait donc lui refuser l'échange.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, a sollicité le 5 août 2020 l'échange de son permis de conduire marocain contre un permis de conduire français. Par une décision du 5 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande au motif qu'elle était tardive. Par courrier du 13 octobre 2020, M. B a formé un recours gracieux, à la suite duquel est né une décision implicite de rejet. Le 13 mars 2021, M. B a formulé une nouvelle demande d'échange par voie dématérialisée. Par une décision du 6 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande au motif qu'elle était tardive. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ".

3.Pour l'application de ces dispositions, l'article 1er de l'arrêté du 12 janvier 2012 prévoit que la notion de résidence normale est définie au III de l'article R. 221-1 du code de la route : " On entend par résidence normale le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles et professionnelles, ou, dans le cas d'une personne sans attaches professionnelles, en raison d'attaches personnelles révélant des liens étroits entre elle-même et l'endroit où elle demeure. ". L'article 4 du même texte précise : " II. ' A. ' Pour les ressortissants étrangers non- ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du premier titre de séjour. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un ressortissant étranger a connu plusieurs périodes de résidence normale en France séparées par des périodes de résidence à l'étranger lui ayant fait perdre sa résidence normale en France, chacun de ces établissements sur le territoire national fait démarrer une période d'un an au cours de laquelle l'intéressé peut demander l'échange d'un permis de conduire obtenu antérieurement. Conseil d'Etat n°402773 du 6 octobre 2017.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié annuellement, à partir du 10 juillet 2013, d'une carte de séjour temporaire mention " visiteur ", régulièrement renouvelée depuis lors jusqu'au 12 décembre 2019. L'intéressé a ensuite obtenu la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " le 20 mai 2020. Chacun des titres visiteurs obtenus n'ayant pas vocation à permettre un établissement continu en France, et l'absence de retour du requérant dans son pays d'origine à l'expiration de chacun des titres obtenus ne ressortant pas des pièces du dossier, ce n'est que le 20 mai 2020 que M. B doit être regardé comme ayant acquis en dernier lieu sa résidence normale en France. Ainsi, lorsqu'il a demandé l'échange de son permis de conduire marocain le 5 août 2020, le délai précité n'était pas expiré.

5. Le ministre de l'intérieur ne peut utilement invoquer les termes du point 2.1.4.2.3. de la circulaire du 3 août 2012 relative à la mise en œuvre de l'arrêté précité : " Les ressortissants étrangers sont considérés avoir acquis leur résidence normale en France dès lors qu'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa long séjour valant titre de séjour. / La notion de titre de séjour au sens du nouvel arrêté, doit s'entendre comme recouvrant à la fois les cartes de séjour temporaire (CST) (). Les titulaires de la CST " visiteur " ont leur résidence normale en France, même s'ils n'ont pas d'attaches professionnelles en France. ", qui est dépourvue de caractère réglementaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire marocain contre un permis de conduire français

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B un permis de conduire français. Il y a lieu, par suite, de de lui enjoindre de délivrer ce permis dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange du permis de conduire marocain de M. B contre un permis de conduire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange du permis de conduire marocain de M. B contre un permis de conduire français dans un délai d'un mois à compter de la notification du present jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

P. CLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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