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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200309

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200309

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET FONTAINE & FLOUTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, la société civile immobilière (SCI) Tourenkian, M. A C et Mme B C, représentés par Me Floutier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 du maire de la commune de Nîmes portant interdiction partielle de pénétrer dans l'immeuble situé 5 rue Nationale sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été mise en œuvre la procédure contradictoire prévue par l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation, et, d'autre part, que la situation d'insécurité n'a pas été préalablement constatée par un rapport des services communaux ou intercommunaux, ou par un rapport d'expertise ordonné par la juridiction administrative, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-8 du même code ;

- il est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il ne comporte aucune des mentions de l'article L. 511-11 dudit code, ni ne prévoit un délai d'exécution ;

- il est fondé sur un rapport du bureau d'études Mouton qui ne caractérise par la situation prévue par le 1° de l'article L. 511-2 de ce code ;

- les conclusions de ce rapport ne mettent en évidence aucune mise en péril ou atteinte à la sécurité publique de nature à justifier la mesure litigieuse ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- deux autres rapports des 29 et 30 janvier 2022 attestent de la solidité de la structure et de ce qu'il n'est pas nécessaire de réaliser un étaiement généralisé ;

- les circonstances de fait retenues ne sont plus d'actualité de sorte qu'il appartient à la commune de retirer l'arrêté litigieux.

Le 23 mai 2024 la commune de Nîmes a communiqué au tribunal un arrêté municipal du 23 mai 2022 portant mainlevée de l'interdiction partielle de pénétrer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Floutier, représentant la SCI Tourenkian et M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Tourenkian et M. et Mme C sont propriétaires de locaux situés respectivement au rez-de-chaussée et au premier étage d'un immeuble situé 5 rue Nationale sur le territoire de la commune de Nîmes. Après des travaux d'aménagement réalisés dans leurs locaux par M. et Mme C, il a été constaté un fléchissement de plancher à la suite duquel le syndic de la copropriété a demandé à un bureau d'études de réaliser une étude de solidité.

Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". L'article L. 2212-4 du même code dispose que : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances () ".

3. Les pouvoirs de police générale dévolus au maire par les articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, qui s'exercent dans l'hypothèse où le danger menaçant un immeuble résulte d'une cause qui lui est extérieure, sont distincts des pouvoirs qui lui sont conférés dans le cadre des procédures de péril ou de péril imminent régies par les articles L. 511-1 à L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, auxquels renvoie l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, qui doivent être mis en œuvre lorsque le danger provoqué par un immeuble provient à titre prépondérant de causes qui lui sont propres. Toutefois, en présence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent, le maire peut, quelle que soit la cause du danger, faire légalement usage de ses pouvoirs de police générale, et notamment prescrire l'exécution des mesures de sécurité qui sont nécessaires et appropriées.

4. D'une part, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué qu'en prenant la mesure d'interdiction litigieuse, le maire de la commune de Nîmes a mis en œuvre les prérogatives de police administrative spéciale qu'il tenait des articles L. 511-1 à L. 511-22 du code de la construction et de l'habitation, pour faire face à un danger provenant à titre prépondérant de causes propres à l'immeuble.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 23 mai 2022, le maire de Nîmes a prononcé la mainlevée de la mesure litigieuse. Il en résulte qu'à la date du présent jugement, le litige a perdu son objet.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de la SCI Tourenkian et de M. et Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Tourenkian, première désignée des requérants, et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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