mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | VARAUT |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et des mémoires, enregistrés les 3 et 17 février 2022, et le 23 février 2023, la préfète du Gard demande au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2021 du maire de la commune de Beaucaire d'installer une crèche de Noël dans l'enceinte de la mairie.
Elle soutient que la décision déférée méconnaît l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905, en l'absence de caractère culturel, artistique ou festif de la crèche installée dans l'enceinte de la mairie, et que des précédentes décisions ont d'ailleurs été annulées par le tribunal, dont les jugements ont été confirmés par la CAA Marseille, sans qu'aucun nouvel élément permette de regarder cette installation comme s'inscrivant dans le cadre d'un événement culturel ou festif.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 et 23 février 2022, et le 12 janvier 2023, la commune de Beaucaire, représentée par Me Varaut, conclut au rejet du déféré et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- que la demande de la préfète du Gard est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle n'est dirigée contre aucune décision, et, d'autre part, qu'il lui a été donné satisfaction ;
- qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- et les observations de Me Varaut, représentant la commune de Beaucaire.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Beaucaire a annoncé sur son site internet l'installation d'une crèche provençale de Noël dans la cour de l'hôtel de ville, à partir du 6 décembre 2021. Par son déféré, la préfète du Gard demande au tribunal d'annuler cette décision pour excès de pouvoir.
Sur l'exception de non-lieu :
2. D'une part, contrairement à ce qui est soutenu en défense, la demande du préfet est dirigée contre une décision du maire de la commune de Beaucaire d'installer une crèche dans l'enceinte de l'hôtel de ville, révélé par l'installation matérielle de celle-ci. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été retirée ou abrogée. La seule circonstance que la crèche a été retirée de l'emplacement où elle se trouvait n'est pas de nature à priver d'objet la demande d'annulation de la décision de l'installer. L'exception à fin de non-lieu à statuer doit donc être écartée.
Sur la légalité de la décision :
3. Aux termes des trois premières phrases du premier alinéa de l'article 1er de la Constitution : " La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ". La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat crée, pour les personnes publiques, des obligations, en leur imposant notamment, d'une part, d'assurer la liberté de conscience et de garantir le libre exercice des cultes, d'autre part, de veiller à la neutralité des agents publics et des services publics à l'égard des cultes, en particulier en n'en reconnaissant ni n'en subventionnant aucun. Ainsi, aux termes de l'article 1er de cette loi : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public " et, aux termes de son article 2 : " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ". Pour la mise en œuvre de ces principes, l'article 28 de cette même loi précise que : " Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ". Ces dernières dispositions, qui ont pour objet d'assurer la neutralité des personnes publiques à l'égard des cultes, s'opposent à l'installation par celles-ci, dans un emplacement public, d'un signe ou emblème manifestant la reconnaissance d'un culte ou marquant une préférence religieuse. Elles ménagent néanmoins des exceptions à cette interdiction. Ainsi, est notamment réservée la possibilité pour les personnes publiques d'apposer de tels signes ou emblèmes dans un emplacement public à titre d'exposition. En outre, en prévoyant que l'interdiction qu'il a édictée ne s'appliquerait que pour l'avenir, le législateur a préservé les signes et emblèmes religieux existants à la date de l'entrée en vigueur de la loi.
4. Une crèche de Noël est une représentation susceptible de revêtir une pluralité de significations. Il s'agit en effet d'une scène qui fait partie de l'iconographie chrétienne et qui, par là, présente un caractère religieux. Mais il s'agit aussi d'un élément faisant partie des décorations et illustrations qui accompagnent traditionnellement, sans signification religieuse particulière, les fêtes de fin d'année.
5. Eu égard à cette pluralité de significations, l'installation d'une crèche de Noël, à titre temporaire, à l'initiative d'une personne publique, dans un emplacement public, n'est légalement possible que lorsqu'elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, sans exprimer la reconnaissance d'un culte ou marquer une préférence religieuse. Pour porter cette dernière appréciation, il y a lieu de tenir compte non seulement du contexte, qui doit être dépourvu de tout élément de prosélytisme, des conditions particulières de cette installation, de l'existence ou de l'absence d'usages locaux, mais aussi du lieu de cette installation. A cet égard, la situation est différente, selon qu'il s'agit d'un bâtiment public, siège d'une collectivité publique ou d'un service public, ou d'un autre emplacement public.
6. Dans l'enceinte des bâtiments publics, sièges d'une collectivité publique ou d'un service public, le fait pour une personne publique de procéder à l'installation d'une crèche de Noël ne peut, en l'absence de circonstances particulières permettant de lui reconnaître un caractère culturel, artistique ou festif, être regardé comme conforme aux exigences qui découlent du principe de neutralité des personnes publiques.
7. A l'inverse, dans les autres emplacements publics, eu égard au caractère festif des installations liées aux fêtes de fin d'année notamment sur la voie publique, l'installation à cette occasion et durant cette période d'une crèche de Noël par une personne publique est possible, dès lors qu'elle ne constitue pas un acte de prosélytisme ou de revendication d'une opinion religieuse.
8. Il ressort des pièces du dossier que la crèche en litige a été installée à partir du 6 décembre 2021 dans la cour de la mairie. Elle se situait donc dans l'enceinte d'un bâtiment public, siège d'une collectivité publique.
9. Ainsi que l'a déjà jugé le tribunal administratif par les jugements n°1603919, n°1603925, n°1600514 et n°1804008, confirmés par la cour administrative d'appel par les arrêts n°18MA02150, n°18MA02151, n°18MA02152 et n°20MA04880 contre lesquels la commune ne s'est pas pourvue en cassation, ainsi que par un jugement n°2303757, devenu définitif, l'installation de cette crèche dans les locaux publics ne résulte d'aucune tradition ni d'aucun usage local. En effet, aucune crèche de Noël n'a été installée dans les locaux en cause avant le mois de décembre 2014, comme le tribunal l'a relevé dans son jugement n°1804008.
10. Le fait que la crèche s'inscrit dans le cadre de la tradition provençale, dont la commune se réclame, ne suffit pas en lui-même pour lui donner un caractère culturel ou artistique. L'adjonction de l'œuvre éphémère et contemporaine d'un artiste local, de panneaux explicatifs relatant l'histoire des crèches, et de stands de vente de santon, ne confèrent pas à cet évènement le caractère d'une exposition, au sens de l'article 28 de la loi du 29 décembre 1905. Il en va de même de l'événement " Les Santonales ", qui a pris place dans un autre bâtiment communal, de la présentation de livres à la bibliothèque et de l'organisation d'ateliers de fabrication au centre aéré, qui ne sont pas directement rattachés à l'installation de la crèche et ne présentent, en eux-mêmes, aucun caractère artistique particulier.
11. Il s'ensuit, alors même que l'installation n'a pas suivi le calendrier liturgique, qu'elle n'a pas été accompagnée d'un événement cultuel, et que la collectivité affirme n'être animée par aucun prosélytisme religieux, que le fait pour le maire d'avoir fait procéder à cette installation dans l'enceinte d'un bâtiment public, siège d'une collectivité publique, en l'absence de circonstances particulières permettant de lui reconnaître un caractère culturel, artistique ou festif, constitue une violation des dispositions précitées de l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905 et les exigences attachées au principe de neutralité des personnes publiques.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète du Gard est fondée à demander l'annulation de la décision d'installer une crèche de la nativité dans l'hôtel de ville de Beaucaire.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Beaucaire demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Beaucaire d'installer une crèche de la nativité dans l'hôtel de ville à partir du 6 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Beaucaire présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Beaucaire et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200329
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026