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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200402

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200402

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS RENAISSANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, Mme A B, représentée par Me Descamps demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48si " constatant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points devenu nul, prise à son encontre par le ministre de l'intérieur le 27 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'ensemble des décisions successives de retrait de points relatives aux infractions commises les 25 février, 3 mai, 2 septembre, 24 septembre et 10 novembre 2021 ;

3°) enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de points sur son permis de conduire dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision ;

4°) de mettre à la charge de l'état la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'ensemble des informations préalables obligatoires prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivré à la suite de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut à ce qu'il soit prononcé un non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir que :

- postérieurement à l'introduction de la requête, les mentions relatives aux infractions commises les 3 mai, 2 septembre et 24 septembre 2021 ont été supprimées et que, consécutivement à ces rectifications, le solde de points du permis de Mme B est redevenu positif.

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision " 48si " du 27 décembre 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis et, par voie d'exception d'illégalité, les décisions successives de retraits de points consécutives aux infractions en date des 25 février 2021, 3 mai 2021, 24 septembre 2021, 2 septembre 2021 et 10 novembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, en date du 21 mars 2022, versé au dossier par l'administration, que le ministre de l'intérieur a, postérieurement à l'introduction de la requête, supprimé les mentions afférentes aux infractions commises les 3 mai 2021, 24 septembre 2021 et 2 septembre 2021. Le titre de conduire de Mme B est donc doté, à cette date, d'un solde positif de deux points sur douze et est valide. Dans ces conditions, le ministre doit être réputé avoir retiré la décision 48SI portant invalidation du permis de conduire de la requérante. Il s'ensuit que les conclusions susvisées à fin d'annulation des décisions portant retrait de points suite aux infractions susmentionnées, ainsi que de la décision 48SI portant invalidation de son permis de conduire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions successives de retrait de points relatives aux infractions commises les 25 février 2021 et 10 novembre 2021 :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

En ce qui concerne l'infraction commise le 10 novembre 2021 :

4. Il résulte des articles R. 49-1, et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de Mme B, que l'infraction commise le 10 novembre 2021 a été verbalisée après interception du véhicule au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, et que l'amende forfaitaire correspondante a été acquittée le 29 novembre 2021. Ainsi, cette amende ayant été acquittée de façon différée, Mme B a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que la requérante ne produit pas l'avis de contravention qu'elle a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant retrait de points consécutive à cette infraction serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne l'infraction commise le 25 février 2021 :

6. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, produit par l'administration, que l'infraction commise le 25 février 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit à cet égard une attestation du trésorier du centre de contrôle automatisé pour attester du paiement de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction. Eu égard aux mentions dont le titre exécutoire d'amende forfaitaire est réputé être revêtu, l'administration doit ainsi être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que la requérante ne produit pas le titre qu'elle a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Mme B, qui a payé l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction du 25 février 2021 doit en conséquence être regardée comme ayant été destinataire de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable concernant l'infraction du 25 février 2021 doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions susmentionnées du ministre de l'intérieur portant retrait de points du solde de points du permis de conduire de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation des trois décisions portant retrait de points suite aux infractions commises les 3 mai, 2 septembre et 24 septembre 2021, ainsi que de la décision " 48si " du 12 mars 2021 portant invalidation de son permis de conduire, lesquelles ont été retirées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

P. CLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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