vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GIRONDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2022 et un mémoire enregistré le 20 avril 2022, Mme B C épouse C, représentée par Me Girondon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021, par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du droit d'asile ;
- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- la préfète a violé les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 avril, 15 avril et 4 mai 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Mme C épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;
- l'arrêt CEDH 10 mars 2011 Kiyutin contre Russie ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D
[BD1]
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse C, ressortissante marocaine, née le 23 décembre 1996 à Guerci (Maroc), déclare sans en justifier être entrée en France le 17 juillet 2017. Elle a épousé le 10 août 2019 à Alès (Gard) M. A C, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 19 juin 2026. De cette union sont nées deux filles, en juin 2018 et en septembre 2021. Le 15 janvier 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 décembre 2021, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C épouse C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 8 mars 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
4. D'une part, la Convention ne garantit aucun droit pour un étranger d'entrer ou de s'installer sur le territoire d'un pays déterminé. En matière d'immigration, ni l'article 8 ni aucune autre disposition de la Convention ne peuvent s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur résidence commune et de permettre le regroupement familial sur son territoire. Toutefois, si l'article 8 ne reconnaît pas aux étrangers le droit de s'installer dans un pays ou d'y obtenir un permis de séjour, le contrôle de l'immigration doit néanmoins être exercé par l'Etat d'une manière compatible avec les droits de l'homme des étrangers, en particulier le droit au respect de la vie privée et familiale. [BB2]
5. D'autre part, pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse C a vécu la majorité de sa vie au Maroc où elle ne démontre ni même n'allège être dépourvue d'attaches familiales et privées. Si elle a indiqué dans sa demande de titre de séjour s'être irrégulièrement introduite sur le territoire national le 17 juillet 2017, elle ne justifie pas de cette date d'entrée, à laquelle elle a également fixé, dans sa demande de titre de séjour, le début de sa relation avec celui qui est devenu son époux le 10 août 2019. Par les pièces qu'elle verse aux débats, Mme C épouse C n'établit pas la continuité de son séjour en France avant la naissance de sa fille en juin 2018. Son mariage avec un compatriote, célébré le 10 août 2019, est récent à la date de la décision attaquée. Si le couple a deux jeunes enfants nés en juin 2018 et en septembre 2021 et si l'époux de la requérante, également de nationalité marocaine, est titulaire d'une carte de résident en France valable jusqu'en juin 2026, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc dont tous les membres ont la nationalité. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de l'entrée et du séjour de l'intéressée en France et alors que ni l'article 8 ni aucune autre disposition de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur résidence commune sur son territoire, l'arrêté de la préfète du Gard n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Selon l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :/ 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; /2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".
8. Mme C épouse C, dont l'époux bénéficie d'une carte de résident en France depuis 2016 au moins, entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial en application des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut donc pas bénéficier de plein droit d'un titre " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est donc inopérant. En tout état de cause, elle ne peut pas bénéficier, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale" sur le fondement de ces dispositions.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme C épouse C.
10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.[BB3]
11. Mme C épouse C, qui fait valoir que la décision en litige méconnaît l'intérêt de ses enfants nées en 2018 et 2021 n'invoque aucun élément faisant obstacle à un retour dans son pays d'origine afin d'être autorisée à séjourner en France dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, laquelle n'entraînerait qu'une séparation temporaire des membres de la famille, ou à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, où les enfants pourront être scolarisés. Elle n'établit pas que le refus de titre, qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur mère, méconnaîtrait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
12. Mme C épouse C n'établit pas l'illégalité de la décision du 6 décembre 2021 refusant son admission au séjour. Ainsi, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.
13. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de séjour, les moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à l'obligation de quitter le territoire français, être écartés.
En ce qui concerne le pays de destination :
14. Mme C épouse C n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme C épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse C et à la préfète du Gard.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
Mme Bertrand, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
La rapporteure,
B. D
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
[BD1]Me Girondon absente de la 2nde audience
[BB2]CEDH 10 mars 2011 Kiyutin contre Russie
dans le prolongement de l'arrêt CEDH du 19 février 1996 Gül contre Suisse
[BB3]CE 7 avril 2006 préfet du Val d'Oise conter Mme Eggley 274713 en B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026