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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200476

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200476

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARLU VIDAL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 février 2022 et 10 novembre 2023, Mme B C épouse A, représentée par Me Vidal et Choley, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le département du Gard à lui verser les sommes de 20 000 euros au titre des souffrances endurées et 10 000 euros au titre du préjudice moral résultant de diverses fautes qu'il aurait commises ;

2°) de condamner le département du Gard à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral résultant de son accident de service ;

3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département a méconnu ses obligations de protection de la santé et de la sécurité de ses employés, à défaut de réalisation d'un document unique prévu à l'article R. 4121-1 du code du travail, de la désignation annuelle et la formation obligatoire des assistants et conseillers de prévention, de la mise en place d'un registre de santé et de sécurité au travail, de la réalisation du rapport annuel prévu à l'article 49 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985, de surveillance médicale de ses agents mais également en les affectant dans des locaux inadaptés depuis onze ans ne présentant pas les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes, et en s'abstenant de toute organisation des services confrontés à un absentéisme récurrent et un sous-effectif et de gestion de leur charge de travail dans un climat d'urgence anxiogène ;

- ces fautes, à l'origine de son accident de service, engagent la responsabilité du département du Gard pour l'ensemble des préjudices en résultant, tels que le souffrances endurées tenant aux conditions de travail qui lui ont été imposées pendant plus de trois ans et son exposition à des risques psycho-sociaux ayant porté gravement atteinte à son état de santé, qui doit être évalué au montant de 20 000 euros ainsi que le préjudice moral d'anxiété résultant de la persistance de ces fautes et l'abstention du département à y remédier sur la même période, et sa crainte de développer une maladie grave après avoir été exposée à de l'amiante dans les premiers locaux où elle a été affectée, qui doit être évalué au montant de 10 000 euros ;

- elle a également subi un préjudice moral résultant de son accident de service dans un contexte caractérisé par l'accumulation de stress au travail depuis plusieurs années lui ayant causé un choc violent suivi d'un stress post-traumatique et une dépression, reconnus par les différentes expertises et dont elle souffre toujours en dépit d'une reprise à temps partiel récente, qui doit être évalué au montant de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le département du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité ;

- la requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice d'anxiété subordonné à l'existence de faits d'une particulière gravité au sens de la jurisprudence alors qu'elle justifie seulement d'un taux d'incapacité permanente partielle de 5 % n'ouvrant pas droit à une allocation temporaire d'invalidité ; elle ne produit aucune expertise retenant ce préjudice alors qu'il lui a été proposé une réaffectation, finalement intervenue en septembre 2020, et qu'aucun danger de maladie grave ou de mort n'a pu être caractérisé ;

- elle n'établit pas la réalité des troubles subis au titre du préjudice moral résultant de ses conditions de travail dont le montant est, en tout état de cause, disproportionné ;

- elle n'établit pas l'existence d'un préjudice moral distinct résultant de son accident de service en l'absence de précision sur les troubles liés à sa dépression et ses incidences sur sa vie privée alors qu'elle a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique et qu'il ressort de l'expertise médicale du 21 avril 2022 et l'avis de la commission de réforme du 23 juin suivant qu'elle ne présente qu'une symptomatologie résiduelle de peu d'intensité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2015-1789 du 29 décembre 2015 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien, rapporteure,

- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, assistante socio-éducative de classe exceptionnelle, exerce les fonctions d'assistante de service social au sein du département du Gard depuis le 1er octobre 2005. Suite à un incendie survenu en février 2015 dans les locaux où elle était affectée du centre médico-social de Valdegour, situé place Jean Perrin à Nîmes, elle a été réaffectée dans de nouveaux locaux situés dans la galerie Marcel Sant. Mme C épouse A a ensuite été victime d'une agression le 14 novembre 2018, reconnue comme un accident imputable au service par un arrêté du 19 janvier 2019. Suite au rejet de sa réclamation préalable le 17 décembre 2021, Mme C épouse A, par sa requête, doit être regardée comme demandant la condamnation du département du Gard à lui verser les sommes de 20 000 euros au titre des souffrances endurées et 10 000 euros au titre du préjudice moral résultant de diverses fautes commises par celui-ci et 5 000 euros au titre du préjudice moral résultant de son accident de service.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne le non-respect des conditions d'hygiène et de sécurité des locaux :

2. Aux termes de l'article 2 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Dans les collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les locaux et installations de service doivent être aménagés, les équipements doivent être réalisés et maintenus de manière à garantir la sécurité des agents et des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes. ".

S'agissant des conditions de vétusté et du défaut d'entretien des locaux situés place Jean Perrin :

3. Mme C épouse A se prévaut d'un compte rendu du comité d'hygiène et de sécurité du 10 décembre 2013 se bornant à faire état de travaux actés lors d'une réunion précédente en avril 2013, qui n'avaient toujours pas débutés, et de la nécessité d'équiper les services de vestiaires afin de sécuriser les effets personnels des agents, sans constat particulier de vétusté des locaux ou de leur défaut d'entretien ni même de précision sur la nature, l'importance et la cause de ces travaux. Elle produit également un compte rendu de réunion d'équipe du 12 février 2015, faisant suite à l'incendie survenu dans les locaux, dont elle reconnaît elle-même dans ses écritures, qu'il provient d'appartement illégalement occupés à l'étage du dessus, et mentionnant la décision de fermer les locaux prise immédiatement par la direction qui a proposé plusieurs solutions de réaffectation provisoire des agents sur différents sites, dans l'attente de pouvoir à nouveau disposer de locaux aménagés pour l'accueil du public. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le département aurait commis une faute en maintenant ses agents depuis plusieurs années dans ces locaux dont le caractère de vétusté ou le défaut d'entretien n'est pas établi et n'a, en tout état de cause, pas été à l'origine de l'incendie survenu en février 2015.

S'agissant de la présence d'amiante dans les locaux situés place Jean Perrin :

4. D'une part, si, en application de la législation du travail désormais codifiée à l'article L. 230-2 du code du travail, l'employeur a l'obligation générale d'assurer la sécurité et la protection de la santé des travailleurs placés sous son autorité, il incombe aux autorités publiques chargées de la prévention des risques professionnels de se tenir informées des dangers que peuvent courir les travailleurs dans le cadre de leur activité professionnelle, compte tenu notamment des produits et substances qu'ils manipulent ou avec lesquels ils sont en contact, et d'arrêter, en l'état des connaissances scientifiques, au besoin à l'aide d'études ou d'enquêtes complémentaires, les mesures les plus appropriées pour limiter et si possible éliminer ces dangers.

5. D'autre part, la personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave. Doivent ainsi être regardées comme faisant état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir qu'elles ont été exposées à un risque élevé de pathologie grave et de diminution de leur espérance de vie, dont la conscience suffit à justifier l'existence d'un préjudice d'anxiété indemnisable, les personnes qui justifient avoir été, dans l'exercice de leurs fonctions, conduites à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante et, par suite, directement exposées à respirer des quantités importantes de poussières issues de ces matériaux. Doivent également être regardés comme justifiant d'un préjudice d'anxiété indemnisable, eu égard à la spécificité de leur situation, les marins qui, sans intervenir directement sur des matériaux amiantés, établissent avoir, pendant une durée significativement longue, exercé leurs fonctions et vécu, de nuit comme de jour, dans un espace clos et confiné comportant des matériaux composés d'amiante, sans pouvoir, en raison de l'état de ces matériaux et des conditions de ventilation des locaux, échapper au risque de respirer une quantité importante de poussières d'amiante. Les personnes qui sont intégrées, compte tenu d'éléments personnels et circonstanciés tenant à des conditions de temps, de lieu et d'activité, dans le dispositif d'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité, désormais régi par la loi n° 2015-1789 du 29 décembre 2015, lequel vise à compenser un risque élevé de baisse d'espérance de vie des personnels ayant été effectivement exposés à l'amiante, doivent, de même, être regardées comme justifiant de ce seul fait d'un préjudice d'anxiété lié à leur exposition à l'amiante.

6. Il résulte de l'instruction que, si une absence d'amiante avait été constatée dans le cadre du rapport établi le 1er février 2006, le département du Gard ne pouvait ignorer, suite au rapport d'analyse effectué le 4 mars 2014, que des fibres d'amiante de type chrysotile étaient effectivement présentes dans le carrelage et le ragréage du local technique au treizième étage ainsi que la présence de nombreuses gaines amiantées au sous-sol. Toutefois, d'une part, la requérante ne produit aucun élément, notamment d'ordre médical, démontrant qu'elle aurait enduré des souffrances en lien avec la présence d'amiante ayant entraîné des répercussions sur son état de santé. D'autre part, elle ne saurait être regardée, du seul fait de la présence d'amiante dans certaines parties localisées du bâtiment dans lesquelles elle n'exerçait pas ses fonctions alors qu'il ne résulte pas de l'instruction une quelconque dégradation des matériaux en contenant, susceptible d'avoir favorisé leur dispersion dans d'autres locaux, ni qu'elle serait bénéficiaire à ce titre de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité prévue par la loi du 29 décembre 2015 susvisée, comme faisant état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée. Dès lors, elle ne justifie pas de l'existence du préjudice moral d'anxiété dont elle ne saurait donc être fondée à demander réparation.

S'agissant des conditions d'hygiène et de sécurité des locaux situés dans la galerie Marcel Sant :

7. Mme C épouse A produit plusieurs échanges de courriels rapportant à sa hiérarchie des incidents ou des besoins liés aux locaux dans lesquels elle a été réaffectée provisoirement à partir de 2015 et jusqu'en septembre 2020, tenant à une panne de climatiseur en mars 2017 ayant fait l'objet de réparations quelques semaines plus tard, une demande de fourniture de mobilier de bureau en mai 2018 pour remplacer un éclairage qu'elle estimait insuffisant, l'ajout d'une étagère visant à optimiser son espace de travail et le remplacement de deux chaises en tissu, ainsi qu'une bombe aérosol afin de dissiper des mauvaises odeurs suite au passage d'un usager en novembre 2018, et le signalement d'une invasion de moucherons en septembre 2019, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'ils n'auraient pas fait l'objet d'une réponse adaptée de sa hiérarchie ou auraient perturbé le fonctionnement effectif du service, et enfin la détection d'un cas contact de gale parmi les agents du service qui a été immédiatement mis en quarantaine à son domicile et suivie d'une désinfection des locaux par traitement le jour même, conduisant à leur fermeture durant une demi-journée avec transmission des recommandations de précaution par la médecine de prévention en septembre 2019. En outre, si ces locaux ne disposaient pas tous d'une aération extérieure, il n'est pas établi ni même allégué qu'ils n'auraient pas été dotés d'un système d'aération et d'évacuation de l'air de type ventilation mécanique contrôlée dans les espaces concernés. Enfin, s'il résulte également de l'instruction que ces locaux n'étaient initialement pas adaptés à l'accueil du public, comme en atteste le compte rendu de la visite d'un conseiller de prévention en août 2016, préconisant une modification de l'agencement de la banque d'accueil avec création d'une salle d'attente pour sécuriser les agents, il n'est, là encore, pas établi ni même allégué que le département n'aurait pas fait procéder depuis à des modifications en ce sens ni que seraient survenus des incidents résultant d'une mauvaise configuration des locaux, y compris l'agression dont a été victime la requérante lors d'un entretien en novembre 2018. Au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme C épouse A n'établit pas que les locaux dans lesquels elle a été réaffectée provisoirement de 2015 à 2020 auraient été inadaptés à son travail ni qu'elle aurait ainsi été placée par son employeur dans de mauvaises conditions d'hygiène ou de sécurité. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que ce dernier se serait fautivement abstenu de remédier à de telles défaillances.

En ce qui concerne le défaut d'organisation du service et de la charge de travail :

8. En premier lieu, la circonstance que Mme C épouse A ait été victime d'un burn-out en 2017 en lien, par nature et tel que l'indique le rapport d'expertise médicale versé au dossier, avec des difficultés au travail et ait été placée en arrêt maladie ordinaire, ne révèle pas l'existence d'une surcharge de travail ou d'une faute dans l'organisation du service sur la période immédiatement antérieure. En deuxième lieu, si des difficultés consécutives à la suppression d'un poste ont été rapportées par la requérante dans un courriel du 1er octobre 2018, sa hiérarchie y a répondu le jour même en lui confirmant avoir engagé une procédure de recrutement pour faire face temporairement à cette absence. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la note établie le 28 mai 2019 par une dizaine d'agents de son service ainsi que du courriel que Mme C épouse A a adressé à sa hiérarchie le 17 septembre 2019 que la charge de travail du service s'est trouvée alourdie du fait d'un élargissement de son secteur géographique d'intervention, de la suppression d'un emploi et de l'absentéisme de certains agents. Toutefois, il apparaît également que le département a au moins partiellement compensé ces circonstances par la mise en place de remplacements ponctuels et de recrutements, notamment au niveau du poste de responsable de service, durant la période en cause où Mme C épouse A était, au demeurant, placée en congé de maladie, suite à son accident de service résultant d'une agression par un usager allant du 14 novembre 2018 au 16 mai 2021, date à laquelle elle a tenté de reprendre ses fonctions à temps partiel thérapeutique avant d'être de nouveau placée en congé de maladie suite à une rechute le 16 novembre 2021. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il n'est pas démontré que le département du Gard aurait commis une faute dans l'organisation du service et la répartition de la charge de travail qui serait à l'origine des préjudices invoqués par la requérante.

En ce qui concerne les autres fautes :

9. Si Mme C épouse A se prévaut de l'absence de réalisation par le département d'un document unique d'évaluation des risques professionnels prescrit à l'article R. 4121-1 du code du travail et du non-respect par son employeur de ses diverses obligations prévues par les dispositions du décret du 10 janvier 1985 susvisé, dont la désignation annuelle et la formation obligatoire des assistants et conseillers de prévention, la mise en place d'un registre de santé et de sécurité au travail, la réalisation d'un rapport annuel faisant le bilan de la situation générale de la santé, de la sécurité et des conditions de travail, et la surveillance médicale de ses agents, il ne résulte pas de l'instruction que ces fautes, à les supposer établies, présenteraient un lien direct et certain avec les souffrances endurées et le préjudice moral qu'elle estime avoir subis.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute du département du Gard en vue de la réparation des souffrances endurées et du préjudice moral d'anxiété qu'elle aurait subis. Les conclusions indemnitaires présentées à ces titres doivent, dès lors, être rejetées.

En ce qui concerne l'accident de service :

11. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien incombait à celle-ci.

12. Il résulte de l'instruction, en particulier des quatre rapports d'expertise médicale réalisés en janvier et septembre 2019, janvier 2020 et avril 2022 que Mme C épouse A a souffert depuis son accident de service d'un état de stress post-traumatique qui s'est chronicisé sous forme de dépression du fait de la persistance de conditions de travail difficiles à la suite de sa reprise à temps partiel thérapeutique et qui nécessitait encore, le 21 avril 2022, la poursuite d'un suivi psychologique à raison de deux fois par semaine pendant un an. Alors même qu'elle ne présente plus qu'une symptomatologie résiduelle de peu d'intensité, la requérante a ainsi subi, du fait de son accident de service, un préjudice moral sur une période allant au moins jusqu'en avril 2023, engageant la responsabilité du département du Gard, même en l'absence de faute. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à la somme de 2 500 euros le montant de sa réparation.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le département du Gard à verser à Mme C épouse A la somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral résultant de son accident de service.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Gard le versement de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C épouse A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le département du Gard est condamné à verser à Mme C épouse A une somme de 2 500 euros au titre du préjudice moral résultant de son accident de service.

Article 2 : Le département du Gard versera à Mme C épouse A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au département du Gard.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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