jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BADJIOUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Demersseman, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie du dépôt de sa demande et de la naissance d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur celle-ci à l'issue d'un délai de quatre mois à compter de ce dépôt, l'administration, n'ayant accusé réception de sa demande qu'en apposant un tampon marquant la date de réception de celle-ci, n'a pas satisfait à son obligation d'information de sorte que les délais de recours à l'encontre de la décision tacite de rejet n'ont pas couru ;
- la décision de refus de titre de séjour n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2 du code du travail en l'absence d'avis préalable de la direction du travail et de l'emploi ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est tardive.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal est susceptible de prononcer une injonction d'office de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " à Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vosgien, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine née le 25 octobre 1974, a sollicité par courriers des 6 août 2019 et 26 juin 2020, complétés le 21 décembre 2020 et enfin le 28 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". L'intéressée demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Et aux termes de l'article R. 432-2 dudit code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". Aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. ". Enfin, aux termes de l'article R. 112-5 de ce code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3. ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. Mme A produit un premier courrier du 6 août 2019 par lequel elle sollicitait la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", sans aucune preuve d'envoi ni de réception. Elle a formulé la même demande par un courrier du 26 juin 2020, dont la préfecture a accusé réception le 15 juillet suivant en lui indiquant qu'elle devait compléter sa demande par l'envoi de l'ensemble des documents originaux, ce qu'elle a fait par courrier reçu en préfecture le 30 décembre 2020, comme en atteste le tampon daté apposé sur le formulaire produit en ce sens. L'intéressée verse également un courriel du 27 mai 2021 par lequel les services de la préfecture l'ont invitée à venir déposer l'ensemble des documents originaux à l'appui de sa demande lors d'un rendez-vous en préfecture le 28 juillet 2021, révélant que l'instruction sur son dossier était toujours en cours. Par suite, son dossier doit être regardé comme ayant été complété au plus tard à cette date et, le silence gardé par la préfète durant quatre mois à compter de celle-ci a fait naître, le 2 novembre 2021, une décision implicite de refus de titre de séjour en application des dispositions de l'article R. 432-1 et R. 432-2 précitées. En l'absence d'accusé réception comportant les mentions prévues à l'article R. 112-5 du CRPA, le délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative n'était pas opposable à la requérante, sans que l'accusé réception comportant ces mentions délivrées à l'occasion d'une demande ultérieure le 30 décembre 2021 n'ai eu pour effet de rouvrir ce délai de recours de deux mois à l'encontre de la décision implicite déjà née sur sa précédente demande, seule en litige. Par suite, la requête de Mme A, enregistrée le 2 mars 2022, moins d'un an après la naissance de la décision implicite de séjour contestée, n'est pas tardive.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. S'agissant de la délivrance des titres de séjour, il appartient au législateur, sous réserve des conventions internationales, de déterminer les conditions dans lesquelles les étrangers sont autorisés à séjourner sur le territoire national. Si les stipulations de ces conventions comme les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance des titres de séjour n'imposent pas au préfet, sauf disposition spéciale contraire, de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonné le droit d'obtenir ce titre, la faculté pour le préfet de prendre, à titre gracieux et exceptionnel, une mesure favorable à l'intéressé pour régulariser sa situation relève de son pouvoir d'appréciation de l'ensemble des circonstances de l'espèce. En dehors des cas où il satisfait aux conditions fixées par la loi, ou par un engagement international, pour la délivrance d'un titre de séjour, un étranger ne saurait se prévaloir d'un droit à l'obtention d'un tel titre. Il peut, toutefois, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside en France depuis juillet 2018, soit plus de trois ans à la date de la décision attaquée. Elle est hébergée chez sa fille aînée, titulaire d'une carte de résident de dix ans en cours de validité, elle-même mariée à un ressortissant français et mère d'un enfant de nationalité française. La requérante a également deux filles mineures à charges, régulièrement scolarisées depuis 2017 et 2019, dont la plus jeune a fait l'objet d'une orientation en établissement adapté du fait de son handicap par une décision du président de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Gard du 5 mars 2020. Mme A est depuis son arrivée en France séparée de son conjoint et père de ses enfants et dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant qu'aide cuisinière à temps plein en lien avec son diplôme de qualification obtenu dans la restauration en 2013 au Maroc. Compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale, la requérante est, par suite, fondée à soutenir que la préfète du Gard, en lui refusant le titre de séjour sollicité, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer ce titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté la demande de Mme A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Vosgien, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
Le président,
G. ROUXLa greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026