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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200719

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200719

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars 2022 et 4 mars 2024, M. A B, représenté par Me Bocognano, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès à lui payer la somme de 94 232 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à la décision du 10 janvier 2022 par laquelle son maire a procédé, le 30 août 2019, au retrait illégal et fautif de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable de division qu'il a déposée le 31 juillet 2019, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la date de sa réclamation préalable ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- du silence gardé par le maire sur sa déclaration préalable de division, déposée le 31 juillet 2019, est née une décision tacite de non-opposition ;

- le sursis à statuer qui lui a été opposé le 30 août 2019 a été annulé par jugement du tribunal administratif de Nîmes du 21 septembre 2021 qui a reconnu l'existence d'une décision tacite de non-opposition qu'il avait eu pour effet d'illégalement retirer ;

- ce retrait illégal constitue une faute engageant la responsabilité de la commune pour l'ensemble des préjudices qui y sont consécutifs ;

- du fait de cette faute, il a été privé d'une chance sérieuse de réaliser la vente du terrain cadastré section C n° 1343, issu de la division pour laquelle il a déposé la déclaration préalable, qui avait donné lieu à la signature d'un compromis ; le préjudice lié à cette perte des fruits de la vente s'élève à la somme de 64 232 euros ;

- il a également subi des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral, en ayant notamment participé à alimenter le syndrome anxio-dépressif dont il souffrait, dont il sera fait une juste appréciation en fixant le montant global de la réparation de ces préjudices à la somme de 10 000 euros ;

- du fait de la faute et du temps pris par la commune pour lui délivrer un certificat de non-opposition à déclaration préalable, son projet immobilier a été retardé et ce préjudice doit être réparé à hauteur de 20 000 euros ;

- par délibération du 4 juillet 2016, le conseil municipal a décidé qu'aucun sursis à statuer ne serait opposé tant que l'ancien plan d'occupation des sols serait en vigueur pendant la phase d'élaboration du plan local d'urbanisme ; son projet, situé en zone urbaine, ne pouvait contrevenir à une orientation d'aménagement et de programmation qui n'existait pas encore ; aujourd'hui encore, le plan local d'urbanisme en cours d'élaboration ne permettrait pas d'opposer à son projet un sursis à statuer ; le lien de causalité est donc établi entre la faute commise et les préjudices invoqués.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès, représentée par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le sursis à statuer du 30 août 2019 n'a été annulé qu'en raison d'un vice de légalité externe mais demeure fondé, de sorte que, sans la faute commise, un sursis aurait néanmoins légalement dû être pris ; il n'y a donc pas de lien de causalité entre l'illégalité fautive affectant ce sursis et les préjudices dont il est demandé réparation ;

- les préjudices ne sont pas établis et sont purement hypothétiques.

Un mémoire responsif a été présenté pour la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès le 15 mars 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roux,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soulier, représentant M. B, et de Me Fortunet, représentant la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 juillet 2019, M. B a déposé auprès du maire de Saint-Geniès-de-Malgoirès une déclaration préalable de division en vue de la création d'un lot à bâtir. Par arrêté du 30 août 2019, le maire de cette commune lui a opposé une décision de sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme. Par jugement en date du 21 septembre 2021, le tribunal administratif de céans a prononcé l'annulation de cet arrêté et constaté l'existence d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable de division, née le 31 août 2019. M. B a, ensuite, adressé à cette commune une réclamation préalable, reçue le 25 novembre 2021, tendant à la réparation des préjudices consécutifs à l'illégalité fautive de l'arrêté du 30 août 2019, à laquelle le maire a opposé une décision expresse de rejet, le 10 janvier 2022. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès à lui payer la somme de 94 232 euros en réparation des divers préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 30 août 2019.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. L'édiction, par l'autorité administrative, d'une décision illégale constitue une faute engageant sa responsabilité pour l'ensemble des préjudices qui présentent un lien direct et certain avec cette faute.

3. Par un jugement du 21 septembre 2021 devenu définitif, le tribunal de céans a estimé qu'en opposant un sursis à statuer, le 30 août 2019, à la déclaration préalable de division de

M. B, le maire de Saint-Geniès-de-Malgoirès avait procédé au retrait de la décision tacite de non-opposition née de son silence gardé, en l'absence de toute preuve de sa notification, jusqu'à l'expiration du délai d'instruction de cette déclaration, et a annulé ce retrait au motif qu'il était entaché d'un vice de procédure tenant à l'absence de mise en œuvre préalable de la procédure contradictoire exigée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. L'illégalité affectant ainsi cette décision de retrait constitue une faute engageant la responsabilité de la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès pour l'ensemble des préjudices qui y sont consécutifs.

En ce qui concerne les préjudices :

4. Si le retrait illégal d'une décision de non-opposition à déclaration préalable de division constitue une faute engageant la responsabilité de l'autorité administrative, dans le cas où cette autorité pouvait légalement retirer cette décision créatrice de droits, l'illégalité commise ne présente pas de lien de causalité direct avec les préjudices résultant de l'impossibilité de mettre en œuvre le projet immobilier projeté. Dans les autres cas, la perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison du retrait illégal opposé à la déclaration préalable de division revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs des lots ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Ce dernier est alors fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le retrait illégal et fautif de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont bénéficiait M. B, n'a pas, du fait de son annulation juridictionnelle, définitivement privé ce dernier de la possibilité de diviser le terrain d'assiette du projet afin d'y créer un lot à bâtir et de réaliser sa vente mais n'est à l'origine que d'un retard à réaliser cette opération immobilière dont le requérant a pu et pourra, s'il le souhaite, ultérieurement tirer les fruits. Par suite, le préjudice financier dont M. B demande réparation, relatif à la perte du montant de la vente de ce lot pour lequel un compromis avait été signé avec un acquéreur, présente un caractère purement éventuel et ne saurait ainsi, en tout état de cause, ouvrir droit à réparation.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, du fait de la faute commise, M. B a dû engager durant près de deux années des démarches administratives et contentieuses visant à obtenir l'annulation de la décision de retrait illégale de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont il bénéficiait, générant nécessairement une anxiété. Il sera fait une juste appréciation des divers troubles causés dans ses conditions d'existence incluant son préjudice moral en fixant à 2 500 euros le montant de la réparation de ce préjudice

7. En troisième et dernier lieu, si M. B affirme avoir subi, du fait du retard pris par la commune pour lui délivrer un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable, une perte financière dont il chiffre le montant de la réparation à la somme de 20 000 euros, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'un tel préjudice.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès à lui payer la somme de 2 500 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

9. M. B a droit aux intérêts ayant couru sur la somme de 2 500 euros à compter du 25 novembre 2021, date de réception par la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès de sa réclamation préalable ainsi qu'à leur capitalisation à compter du 25 novembre 2022, date à laquelle était due pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions s'opposent, en revanche, à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par cette commune et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès est condamnée à payer la somme de 2 500 euros à M. B en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal calculés à compter du 25 novembre 2021 et de leur capitalisation à compter du 25 novembre 2022 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : La commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Geniès-de-Malgoirès.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le président-rapporteur,

G. ROUX L'assesseur le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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