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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200785

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200785

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantSELARL ANDREANI HUMBERT COLLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022 et régularisée le 22 mars 2022, et un mémoire enregistré le 4 juillet 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 janvier 2022 par laquelle le directeur régional du Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a confirmé la décision du 28 décembre 2021 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Bollène l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi et a supprimé le versement de ses allocations pour une durée d'un mois à compter du 28 décembre 2021 ;

2°) de le rétablir dans ses droits à l'allocation de solidarité spécifique pour le mois de janvier 2021.

Il soutient que :

- la décision de radiation du 28 décembre 2021 ne lui a été notifiée que le 13 janvier 2022 en méconnaissance du délai imposé par les dispositions de l'article R. 5426-10 du code du travail ;

- il a été destinataire de deux courriers d'avertissements avant sanction dont les motifs sont contradictoires ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 5412-1 du code du travail dès lors qu'elle ne se fonde sur aucun des motifs prévus par ces dispositions ;

- il a refusé l'accompagnement qui lui a été proposé dès lors que celui-ci n'est pas conforme avec son projet personnalisé d'accès à l'emploi et qu'il a déjà participé à de tels accompagnements qui se sont révélés inefficaces ;

- il a fourni des éléments précis et raisonnables afin de justifier d'un motif légitime de refus de l'accompagnement proposé ;

- Pôle emploi est tenu de recueillir l'accord de principe du demandeur d'emploi pour suivre toute prestation d'accompagnement ;

- les propos tenus dans ses écritures ne font que relater le comportement des agents de l'organisme Pôle emploi à son égard.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 mai 2022 et le 2 novembre 2022, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Andreani, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête de M. A ;

2°) de prononcer la suppression des passages outrageants et diffamatoires contenus dans les écritures du requérant en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- les propos outrageants et diffamatoires contenus dans les écritures de M. A doivent être supprimés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. B a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi en dernier lieu depuis le 1er juin 2018. Par une décision du 28 décembre 2021, Pôle emploi a radié M. A de la liste des demandeurs d'emploi et a supprimé le versement de l'allocation de solidarité spécifique pour une durée d'un mois à compter du 28 décembre 2021. A la suite du recours administratif préalable formé le 21 janvier 2022 par M. A, cette radiation a été confirmée par une décision du 29 janvier 2022 par le directeur régional de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur. M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 janvier 2022 :

2. Aux termes de l'article R. 5312-26 du code du travail : " Le directeur régional représente Pôle emploi dans ses relations avec, les usagers, les agents et les tiers et dans les actions en justice et les actes de la vie civile intéressant la région (). Il prend l'ensemble des décisions en matière de gestion de la liste des demandeurs d'emploi, notamment les décisions mentionnées aux articles R. 5411-18, R. 5412-1 et R. 5412-8. Il décide de la suppression du revenu de remplacement et du prononcé de la pénalité administrative dans les conditions prévues aux sections 2 et 3 du chapitre VI du titre II du livre IV de la présente partie. / Le directeur d'un établissement créé sur le fondement du 7° de l'article R. 5312-6 () décide le cas échéant de la radiation et de la suppression du revenu de remplacement () ". Aux termes de l'article R. 5412-8 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi forme un recours préalable devant le directeur régional de Pôle emploi. Ce recours n'est pas suspensif ". Aux termes de l'article R. 5426-11 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le demandeur d'emploi intéressé forme, lorsqu'il entend contester la décision de suppression du revenu de remplacement, un recours préalable devant le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est ainsi seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

3. En premier lieu, le moyen tiré de l'irrégularité du délai de notification de la décision initiale de radiation du 28 décembre 2021 se rapporte à un vice propre de cette décision qui ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision attaquée du 29 janvier 2022 qui s'est substituée à la décision initiale. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 5412-7 du code du travail : " Lorsqu'il envisage de prendre une décision de radiation, le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 informe préalablement par tout moyen donnant date certaine l'intéressé des faits qui lui sont reprochés et de la durée de radiation envisagée, en lui indiquant qu'il dispose d'un délai de dix jours pour présenter des observations écrites ou, s'il le souhaite, pour demander à être entendu, le cas échéant assisté d'une personne de son choix. ". Si M. A soutient qu'il a été destinataire de deux courriers l'avertissant de la sanction envisagée à son encontre, comportant deux motifs différents, il résulte toutefois de l'instruction que le requérant a été invité, par un courrier du 1er décembre 2021, à présenter des observations sur la sanction envisagée pour un unique motif tenant au refus d'une prestation d'accompagnement proposée le 28 octobre 2021, ce qu'il a fait par un courrier daté du 20 décembre 2021.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 29 janvier 2022 se réfère aux motifs de la décision initiale du 28 décembre 2021 à laquelle elle se substitue à la suite du recours administratif préalable formé par le requérant. La décision du 28 décembre 2021 mentionne, outre les considérations de fait tenant au refus de M. A de suivre une prestation d'accompagnement sans motif légitime, les articles L. 5412-1, L. 5426-2, R. 5412-5 et R. 5426-3 du code du travail, sur le fondement desquels la sanction litigieuse a été prise. La décision attaquée du 29 janvier 2022 précise également que M. A n'a apporté aucun élément susceptible de justifier le manquement reproché tenant au " refus d'une prestation d'accompagnement ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée du 29 janvier 2022 doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi ". Aux termes de l'article R. 5411-11 du même code : " Sous réserve des dispenses prévues à l'article L. 5411-8 et au deuxième alinéa de l'article L. 5421-3, le demandeur d'emploi immédiatement disponible accomplit de manière permanente, tant sur proposition de l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-2, en particulier dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi prévu à l'article L. 5411-6-1, que de leur propre initiative, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ". Aux termes de l'article L. 5412-1 de ce code : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : () 3° Soit, sans motif légitime : () e) Refuse de suivre ou abandonne une action d'aide à la recherche d'une activité professionnelle ; () ". Aux termes de l'article L. 5426-2 du même code : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. () ". Aux termes de l'article R. 5412-5 du même code : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : () 2° Pendant une période d'un mois lorsque sont constatés pour la première fois les manquements mentionnés aux 1°, 2° et a, b, d et e du 3° de l'article précité. () ". Aux termes de l'article R. 5412-1 du même code : " Le directeur régional de Pôle emploi radie les personnes de la liste des demandeurs d'emploi dans les cas prévus aux articles L. 5412-1 et L. 5412-2 ".

7. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration. Compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

8. Il résulte de l'instruction que, d'une part, M. A, demandeur d'emploi inscrit depuis le 1er juin 2018, a refusé de rencontrer un psychologue du travail et d'intégrer un accompagnement à l'espace départemental des solidarités de Valréas et particulièrement de participer à une session " maîtrise des technologies informatiques ". Si M. A fait valoir que ces propositions d'accompagnement ne correspondent pas avec son projet personnalisé à l'emploi dès lors qu'il souhaite trouver un travail en qualité de juriste en environnement et en urbanisme, il ne l'établit pas. Par ailleurs et dès lors que de telles actions ne concernent pas un domaine d'activité en particulier, un tel argument ne saurait constituer un motif légitime permettant de refuser de participer à ces activités visant à son insertion professionnelle. Au surplus, il ne résulte d'aucune disposition législative et réglementaire, et notamment des dispositions précitées du code du travail, que l'organisme Pôle emploi soit obligé de recueillir l'accord du demandeur d'emploi pour le suivi d'une action d'aide à la recherche d'une activité professionnelle. Contrairement à ce que M. A soutient, en retenant le motif tiré du refus d'une prestation d'accompagnement, Pôle emploi n'a pas commis d'erreur de droit dès lors qu'un tel refus s'analyse en un refus de suivre une action d'aide à la recherche d'une activité professionnelle, mentionné au e) du 3° de l'article L. 5412-1 du code du travail cité au point 6, constituant un motif légal de radiation de la liste des demandeurs d'emploi.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 janvier 2022 par laquelle le directeur régional du Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a confirmé la décision du 28 décembre 2021 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Bollène l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi et a supprimé le versement de ses allocations pour une durée d'un mois.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

10. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

11. Les passages des écritures de M. A dont la suppression est demandée par Pôle emploi et cités en pages 15 et 16 de son premier mémoire en défense, malgré leur virulence, ne présentent pas un caractère outrageant ou diffamatoire au sens des dispositions précitées, de nature à en faire prononcer la suppression. Les conclusions tendant à leur suppression doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur tendant à l'application de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président,

C. B

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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