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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200907

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200907

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantKOUEVI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, M. A B D, représenté par Me Kouevi, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°2022-30-017-BCE du 24 janvier 2022 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours,

- d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour mention "vie privée et familiale",

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il peut bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA ; par suite, la décision préfectorale porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale au regard des motifs justifiant le refus de séjour ;

- au vu tant de l'intensité que de l'ancienneté de ses attaches privées sur le territoire français, le refus de séjour pris à son encontre a violé les dispositions issues de l'article 8 de la CEDH en portant atteinte, de façon disproportionnée, au respect dû à sa vie privée ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que c'est à tort que la préfète lui refuse la reconnaissance de son droit à une privée et familiale au motif erroné d'une entrée irrégulière sur le territoire national ;

- le refus de séjour pris à son encontre a violé les dispositions issues de l'article 3 de la convention de New York compte tenu de la scolarité de ses enfants en France ; l'intérêt supérieur des enfants, qui mènent une scolarité normale en France métropolitaine, commande à ce qu'ils mènent une vie normale aux côtés de leurs parents ;

- le refus de séjour est illégal dès lors qu'il est père d'un enfant français mineur ; en effet, son enfant C né le 19 mai 2008 à Mayotte est de nationalité française, en application des dispositions de l'article 21-11 alinéa 2 du Code civil, étant né en France de parents étrangers et ayant eu sa résidence habituelle en France une période continue ou discontinue d'au moins cinq ans, depuis l'âge de huit ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable car tardive et pour le surplus elle est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'article 3 de la convention de New York sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B D, ressortissant comorien, né le 16 décembre 1985 à Anjouan (Comores), est entré le 22 janvier 2015 sur le territoire français métropolitain muni d'un visa C valable du 18 janvier 2015 au 26 mars 2015 et d'un titre de séjour délivré à Mayotte valable du 30 septembre 2014 au 29 septembre 2015. À l'issue de la durée de validité de son visa, M. B D s'est maintenu sur le territoire métropolitain en situation irrégulière et n'a pas exécuté la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 22 juillet 2017, en dépit de la confirmation de sa légalité par la juridiction administrative. Le requérant a formulé une nouvelle demande d'admission au séjour le 25 septembre 2019, en se prévalant de sa résidence continue en France depuis 2015 et de l'intensité des liens personnels et familiaux en France. La décision du 20 janvier 2020 par laquelle le préfet du Gard a rejeté cette demande de séjour a été annulée par le tribunal de céans, qui a enjoint au préfet de Gard de réexaminer sa demande. Après un nouvel examen de sa situation, la préfète du Gard a rejeté par une décision du 24 janvier 2022 sa demande de délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B D a vécu de 2002, soit à compter de l'âge de dix-sept ans, à 2015 à Mayotte et a bénéficié à cet effet, depuis 2009, de titres de séjour délivrés par la préfecture de Mayotte régulièrement renouvelés, dont le dernier était valable du 30 septembre 2014 au 29 septembre 2015. Il est entré, le 22 janvier 2015, à l'âge de vingt-neuf ans, sur le territoire métropolitain de la France sous couvert d'un visa de court séjour et a rejoint Mme F, également de nationalité comorienne, qu'il avait épousée religieusement, à Mayotte, le 1er janvier 2017, et qui elle-même était entrée sur le territoire métropolitain en septembre 2014 et s'est vue délivrer une carte de résident, en qualité de mère d'une enfant française prénommée Naïla, née, à Mayotte, le 2 décembre 2003, d'un père de nationalité française. De l'union entre M. B D et Mme F, qui vivent en concubinage depuis l'année 2015, sont nés quatre enfants, deux à Mayotte, en 2008 et 2011, et deux à Nîmes, en 2014 et 2018, qui sont scolarisés à Nîmes.

4. Eu égard à l'ancienneté du séjour sur le territoire métropolitain de M. B D, qui est entré en France il y a sept ans, à la scolarisation depuis plusieurs années à Nîmes de ses 4 enfants, dont les aînés avaient 11 et 14 ans à la date de la décision attaquée, au fait que sa concubine et mère de ses 4 enfants, titulaire d'une carte de résident, est par ailleurs mère d'une enfant française âgée de 18 ans et n'a pas, par conséquent, vocation à quitter la métropole, et alors que l'enfant C, né en 2008, a obtenu la nationalité française et qu'il détient une carte nationale d'identité française et un passeport français délivrés le 8 octobre 2021, la décision de refus de séjour attaquée doit être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B D au respect de sa vie privée et familiale en France. Elle a par suite méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté en litige doit par conséquent être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète du Gard délivre à M. B D un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. B D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. B D et l'a obligé à quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard de délivrer à M. B D un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

P. E

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200907

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