vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET FERNANDEZ-BEGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 mars 2022, 18 mai 2022 et 6 septembre 2022, la société Applications Rationnelles et Techniques des Sols (Art des Sols), représentée par Me Fernandez-Begault, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune de Les Angles à lui verser une provision de 19 769,68 euros TTC au titre du solde du marché de travaux de revêtements de sols et faïences pour la nouvelle cuisine centrale et le réaménagement des cuisines satellites, somme à parfaire des intérêts moratoires et une provision de 4 138,74 euros TTC au titre de la situation mensuelle n°8, somme à parfaire des intérêts moratoires à compter du 30 août 2021
2°) de mettre à la charge de la commune de Les Angles la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant ;
- la date d'achèvement des travaux a été prononcée le 8 mars 2021 ; elle a notifié son projet de décompte final le 29 novembre 2021 ; la commune ne lui ayant pas adressé le décompte général dans le délai qui lui était imparti, le projet de décompte général est devenu définitif le 21 janvier 2022 ; ce décompte porte un solde créditeur à son bénéfice de 19 769,68 euros TTC ;
- la commune ne lui a pas versé la dernière situation mensuelle pour un montant de 4 138,74 euros TTC.
Par des mémoire en défense enregistrés le 22 avril 2022 et 21 juin 2022, la commune Les Angles, représentée par Eleom Avocats, intervenant par la Selarl d'Avocats Favre de Thierreens-Barnouin-Vrignaud-Mazars-Drimaracci, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à cantonner la provision sollicitée à 14 711,96 euros TTC et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance invoquée est contestable ;
- aucun décompte général et définitif tacite n'a donc pu naître ;
- la société requérante n'a pas respecté les exigences du CCTP et n'a pas réalisé les travaux correspondant à la situation n°8 comme exigés par le maître d'œuvre :
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés publics de travaux ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation
du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 15 mai 2020, la commune de Les Angles a confié à la société Art des Sols l'exécution des travaux du lot n°8 " Revêtements des Sols " " démolition / de l'opération de construction d'une nouvelle cuisine centrale ". La réception des travaux a été prononcée le 8 mars 2021 avec des réserves, qui ont été levées le 29 mars 2021.
2. La société Art des Sols demande au juge des référés de condamner la commune de Les Angles à lui verser une provision d'un montant total de 19 769,68 euros TTC au titre du solde du marché précité, somme à parfaire des intérêts moratoires, et une provision d'un montant de 4 138,74 euros TTC au titre de la situation mensuelle n°8, somme à parfaire des intérêts moratoires à compter du 30 août 2021.
Sur la provision :
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le solde du marché :
4. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties.
5. Aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) des marchés de travaux, dans sa version du 3 mars 2014, applicable au marché : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. () ". Aux termes de l'article 13.3.2 du même texte : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus ". Aux termes de l'article 13.3.3 : " Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final ". Aux termes de son article 13.4.2 : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. () ". Aux termes de son article 13.4.3 : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. () ". Aux termes de son article 13.4.4 : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. () Le décompte général et définitif lie définitivement les parties ".
6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, dans le cas où le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire du marché le décompte général dans l'un des délais de trente jours stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire lui notifie, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé. Si, dans un délai de dix jours à compter de la réception de ce projet, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif et lie alors définitivement les parties.
7. Pour demander la condamnation de la commune des Angles au paiement d'une provision, la société Art des Sols soutient que le décompte général du marché est devenu définitif en application des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux susvisé, faute pour
le maître d'ouvrage d'avoir établi le décompte général dans le délai de dix jours ayant couru à compter du 13 janvier 2022, date de réception du projet de décompte général établi par elle
le 29 novembre 2021, et que, par suite, la créance de 19 769,68 euros TTC et de 4 138,74 euros TTC dont elle se prévaut au titre du solde de ce marché est non sérieusement contestable.
8. Il n'est pas contesté que la société Art des Sols a établi son projet de décompte final le 29 novembre 2021 à la suite de l'achèvement des travaux à la date du 8 mars 2021 et de la levée des réserves par le maître d'œuvre le 23 mars 2021, conformément aux stipulations de l'article 13.3.1 du CCAG, et l'a notifié à la maîtrise d'œuvre et au pouvoir adjudicateur le 6 décembre 2021. Si la commune a adressé son courrier à la société Art des Sols le 6 janvier 2022, ce n'est que pour lui proposer un avenant au marché. Cette proposition d'avenant ne répond pas aux stipulations de l'article 13.3.3 du CCAG, acceptant ou rectifiant le projet de décompte final.
9. Eu égard au silence gardé par le maître d'ouvrage dans les trente jours à compter de la réception du projet de décompte final valant demande de paiement,
la société Art des Sols a réitéré sa demande et notifié par lettre du 6 janvier 2022, réceptionnée le 13 janvier 2022 par la commune de Les Angles, son projet de décompte général signé. Le document adressé fait état d'un décompte général de 109 178,82 euros TTC. La commune de Les Angles disposait, dès lors, de dix jours pour notifier le décompte général du marché à la société Ré Travaux Publics. La commune s'étant abstenue de répondre à la demande du titulaire du marché dans le délai ainsi imparti, la société Art des Sols est fondée à soutenir que le projet de décompte général notifié le 13 janvier 2022 est devenu le décompte général et définitif du marché. Le décompte général et définitif doit donc être regardé comme régulièrement établi.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le projet de décompte général établi par la société Art des Sols et notifié au maître d'ouvrage le 13 janvier 2022 constitue le décompte général et définitif du marché. Compte tenu de la situation n°8 dont il est constant qu'elle est impayée, le solde du marché s'élève à la somme de 90 982,35 euros (travaux réalisés) - 71 058, 67 euros (travaux acquittés), soit la somme de 19 923,68 euros HT + 3 984,74 euros de TVA, soit un solde de 23 908,42 euros TTC. Il s'ensuit que la somme de 23 908,42 euros TTC qui constitue le solde final du marché doit être regardée comme non sérieusement contestable à la fois dans son principe et dans son montant.
Sur les intérêts moratoires :
11. Aux termes de l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) de 2009 relatif aux marchés publics de travaux issu de l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 : " Lorsque les sommes dues au titulaire n'ont pas été payées à l'échéance du délai de paiement, celui-ci a droit à des intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique.". Aux termes de l'article 1er du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique : " Le délai de paiement () est fixé à : / 1° Trente jours pour : () / b) Les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée. ". Aux termes de l'article 8 du décret du 29 mars 2013 : " I.- Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse ".
12. La somme de 23 908,42 euros TTC devait être payée dans les 30 jours suivant le 13 janvier 2022. La SARL B.A.T.I. peut donc prétendre, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts moratoires sur cette somme à compter du 14 février 2022.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Art des Sols qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Les Angles une somme de 1 500 euros à verser à la société Art des Sols au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La commune de Les Angles est condamnée à verser à la société Art des Sols une provision de 23 908,42 euros, assortie des intérêts moratoires à compter du 14 février 2022.
Article 2 : La commune de Les Angles est condamnée à verser à la société Art des Sols une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Art des Sols et à la commune de Les Angles.
Fait à Nîmes, le 27 janvier 2023.
La juge des référés,
F. CORNELOUP
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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01/06/2026