vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, M. D E, représenté par l'ARRPI Sedlex - Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de l'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle n'est pas signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit de l'intéressé d'être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle.
-
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont inopérants ou infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Venezia représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né le 13 juillet 1986, est entré en France le 16 avril 2018 sous couvert d'un visa de trente jours prévoyant une entrée valable du 15 avril 2018 au 30 mai 2018. Le 30 octobre 2018, il s'est marié avec Mme C F, ressortissante française née le 20 juillet 1978. Ayant sollicité le 20 novembre 2018 un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, l'intéressé a obtenu une carte de séjour temporaire valable du 11 juin 2019 au 10 juin 2020 puis s'est vu délivrer, à la suite de sa demande de renouvellement en date du 18 juin 2020, une nouvelle carte de séjour valable jusqu'au 13 septembre 2021. Après avoir présenté le 25 octobre 2021 une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour, cette demande a été rejetée par le préfet de Vaucluse par un arrêté du 2 mars 2022 au motif que la communauté de vie des époux a cessé. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet de Vaucluse par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier disposait, en vertu d'un arrêté du 23 février 2022 régulièrement publié le 25 février 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figure pas la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
4. En l'espèce, M. E a pu présenter ses observations à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour et au cours de son instruction. Par ailleurs, aucun principe ni aucune règle n'imposait au préfet d'informer M. E du contenu de la lettre 17 mars 2021 que le préfet avait reçue de Mme F. En tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant dès lors que le droit au séjour ne relève pas de la mise en œuvre du droit de l'Union. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour aurait été prise en méconnaissance de son droit à être entendu tel que protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".
6. A l'appui de son moyen tiré de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E soutient que la rupture de la vie commune qu'il partageait avec Mme F est imputable aux violences conjugales qu'il aurait subies. A cet égard, le requérant produit à l'instance les trois procès-verbaux de son audition par les services de police d'Aix-en-Provence en date des 12 janvier 2021, 10 février 2021 et 17 février 2021, dont il ressort que l'intéressé a déposé plainte le 10 février 2021 contre son épouse pour violences volontaires sur conjoint. Le requérant verse également à l'instance une photographie représentant la blessure que son épouse lui aurait causée sur le crâne, ainsi que des pièces médicales attestant de son état dépressif, le Dr A mentionnant sur le certificat médical du 17 février 2021 " un syndrome dépressif caractérisé " et précisant que le patient " relate un conflit avec son épouse () [qu'il] décrit agressive et violente ". Toutefois, dès lors que les pièces produites à l'instance reposent essentiellement sur les seuls dires de M. E, elles sont insuffisantes, en l'état, pour établir la réalité des violences conjugales dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de cette disposition, doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Le requérant soutient que le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par acte du 13 septembre 2021, Mme F a assigné son époux, M. E, en divorce, que la vie commune des époux avait cessé à la date de la décision attaquée, le requérant ayant indiqué, en réponse à la demande de la préfecture en date du 1er février 2022, qu'il ne vivait plus avec son épouse, et qu'aucun enfant n'est issue de cette union. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis avril 2018 et de son activité professionnelle en France entre juin 2019 et janvier 2022 comme ouvrier ou conducteur routier, la durée de séjour en France de M. E demeure relativement récente et son intégration professionnelle, bien que réelle, ne revêt pas un caractère particulièrement notable. Enfin, le requérant ne conteste pas disposer d'attaches familiales et privées dans son pays d'origine où vivent notamment ses parents, et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si le requérant invoque en page 7 de sa requête l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté. En tout état de cause, le requérant ne verse aucune pièce de nature à établir qu'il serait personnellement soumis à la torture, à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
12. En l'espèce, les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale de M. E dont ce dernier se prévaut, tels qu'examinés aux points 6 et 8, ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse aurait méconnu ces dispositions.
13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant refus d'admission au séjour dont il a fait l'objet.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. E ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait privée de base légale.
15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que la requérant n'est pas fondé à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
17. Le requérant soutient que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, eu égard à ce qu'il a été dit au point 16, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
18. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le rapporteur,
F. B
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026