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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201046

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201046

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2022, Mme B A F, représentée par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°2021-254-BSE du 6 septembre 2021 par lequel la préfète du Gard a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi,

- d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard,

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à défaut de production d'une délégation de signature et de compétence au profit de M. D, les décisions contestées seront réputées avoir été adoptées à l'issue d'une procédure irrégulière et seront annulées ;

* en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la préfète pouvait faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et délivrer un titre de séjour à Mme A F, bien qu'elle ne produise pas de visa de long séjour, au regard des circonstances très particulières qui ont empêché cette délivrance, liées à la fermeture du service des visas de l'ambassade du fait de la pandémie de coronavirus ; en refusant de délivrer un titre de séjour à la requérante, la préfète a méconnu le pouvoir discrétionnaire de régularisation dont elle dispose ;

- elle remplit toutes les conditions fixées par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) pour se voir délivrer un titre en qualité de conjoint de français ;

- la préfète du Gard a porté au regard du caractère familial et personnel dont peut justifier la requérante, une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et viole ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire

- la décision attaquée, qui se fonde sur une décision elle-même illégale, méconnait les dispositions des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Mme B A F n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Chabbert Masson, pour Mme B A F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A F est une ressortissante vénézuélienne. Elle s'est mariée le 2 mars 2020 avec M. C, ressortissant français, puis est entrée régulièrement en France le 30 juin 2020. Le 31 décembre 2020, elle a présenté une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Par un arrêté du 6 septembre 2021, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, Mme A F en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, qui disposait, aux termes de l'arrêté réglementaire du 3 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour () ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Gard a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A F au motif que l'intéressée ne justifiait pas avoir obtenu le visa de long séjour exigé par les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors d'une première demande de carte de séjour temporaire, ce qu'elle ne conteste pas. Il est par ailleurs constant que le mariage le 2 mars 2020 de la requérante avec M. C, ressortissant français, a été célébré au Chili et non en France, ce qui a conduit la préfète du Gard à lui refuser le bénéfice des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A F a sollicité le 5 juin 2020 les services de l'ambassade de France au Chili en vue d'obtenir le visa prévu par les dispositions précitées. Le 8 juin 2020, ledit service lui a répondu que le service des visas de l'ambassade était fermé du fait de la pandémie de coronavirus, qu'elle pouvait voyager avec son livret de famille et la transcription de son acte de mariage, et qu'il lui serait possible de régulariser sa situation administrative à la préfecture lors de son arrivée en France le 30 juin 2020. Compte tenu de ces circonstances très exceptionnelles, et notamment de l'impossibilité pour Mme A F de se voir délivrer un visa de long séjour préalablement à son départ du Chili, il appartenait à la préfète du Gard de faire usage de son pouvoir de régularisation et de délivrer à la requérante, qui remplissait les autres conditions requises par les dispositions précitées, le titre de séjour sollicité. Par conséquent, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel la préfète du Gard a refusé de l'admettre au séjour doit être annulé.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire notifiée à Mme A F doit également être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, qu'un titre de séjour " conjoint de français " soit délivré à la requérante. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Gard de délivrer un tel titre à Mme A F, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n°2021-254-BSE de la préfète du Gard en date du 6 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer titre de séjour " conjoint de français " à Mme A F dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A F une somme de huit cents (800) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A F est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A F et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

P. E

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201046

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