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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201218

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201218

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, M. C D, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail en vue du réexamen de son dossier, sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas examiné la situation dans son ensemble ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la décision attaquée méconnaît le principe du contradictoire ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

La préfète du Gard soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien, né le 23 décembre 2003, déclare être entré en France le 8 avril 2019. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B E, sous-préfète secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes de l'arrêté réglementaire du 3 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous actes et tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le Gard, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Gard s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D. La préfète, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant et qui ne s'est pas exclusivement fondée, contrairement à ce que soutient le requérant, sur le rapport de la structure d'accueil, a ainsi suffisamment motivé son arrêté et procédé à un examen sérieux de sa situation.

4. En deuxième lieu, si M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est inséré en France, le rapport, établi le 12 octobre 2021 par sa structure d'accueil, fait état du fait que " s'il a repéré les codes de la société française, il semble avoir du mal à se les approprier. Il reste le plus souvent dans une position où il met en avant ses droits et nos devoirs envers lui ". En outre, M. D a fait l'objet d'une procédure judiciaire le 20 juin 2020, pour des faits de chantage relatif à des menaces de divulgation de vidéos à caractère sexuel d'une mineure pour lesquels il a été jugé coupable et condamné à une réparation pénale. Il a également fait l'objet d'une seconde procédure judiciaire les 2 mai 2019 et 9 septembre 2020 pour des faits de faux documents administratif, escroquerie faite au préjudice d'un organisme de protection sociale pour l'obtention d'une allocation indue, pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion pour lesquels l'intéressé a été mis en examen le 19 octobre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de code de de l'entrée de du séjour des étrangers et du droit d'asile L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

6. Pour refuser un titre de séjour à M. D, la préfète du Gard s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études et que son intégration au sein de la société française n'est pas avérée.

7. D'une part, M. D n'établit pas avoir été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur. Ainsi, il ressort du rapport d'évaluation de l'association l'Espelido du 25 avril 2019 et de celui du foyer départemental de l'enfance du Gard du 4 juin 2019 qu'il existe un doute sur sa minorité. En outre, l'expertise médicale réalisée le 9 septembre 2020 indique que l'âge osseux du requérant est estimé à plus de 18 ans selon la table de Greulich et Pyle et que le panoramique dentaire n'a pas pu être réalisé compte tenu de l'agitation très importante de l'intéressé.

8. D'autre part, M. D ne justifie pas, contrairement à ce qu'il soutient, du caractère réel et sérieux de ses études. Ainsi, son bulletin de notes du deuxième semestre 2020-2021 fait état de résultats très faibles (moyenne générale de 8,22), de 54 heures 30 d'absences injustifiées, ainsi que d'appréciations défavorables des professeurs qui soulignent les nombreuses absences de l'intéressé et son comportement notamment en groupe. Le bulletin indique, également, que les valeurs fondamentales ne sont pas acquises voire rejetées. Le requérant a par ailleurs rompu son contrat d'apprentissage le 17 juin 2021 et la DIRECCTE n'a délivré aucune autorisation de travail s'agissant du nouveau contrat du 1er octobre 2021 dont il se prévaut. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D a conservé des liens avec ses parents restés dans son pays d'origine, dès lors que son père a rédigé le 3 décembre 2020 une autorisation parentale lui permettant de solliciter la délivrance d'un passeport. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'avis du responsable de la structure d'accueil est réservé et relève que la question de l'intégration des codes de la société française par M. D subsiste. Dans ces circonstances, la décision attaquée, qui par ailleurs procède bien d'une appréciation globale combinant les différents critères fixés par l'article L. 422-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être regardée comme faisant de ce texte une inexacte application.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être entré en France en avril 2019. Si le requérant, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de son apprentissage en cours ainsi que son intégration culturelle en France, l'intéressé ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni être isolé en Côte d'Ivoire où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résidaient ses parents à la date de la décision attaquée. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France du requérant, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à invoquer par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, dès lors que le refus de titre de séjour est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, la motivation de cette obligation, qui se confond avec celle de la décision portant refus de droit au séjour, n'implique pas de mention spécifique. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour comporte les énoncés de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

14. En troisième lieu, le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par la Charte des droits fondamentaux. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu.

15. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

16. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu et le principe du contradictoire ont été méconnus.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français étant rejetées, le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Les conclusions à fin d'annulation de M. D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

21. Les conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Barbara Laurent-Neyrat et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Héry, première conseillère,

Mme Bala, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

K. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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