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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201282

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201282

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOURRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril 2022 et 29 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Pourret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de Gallargues-le-Montueux s'est opposé aux travaux qu'il a déclarés en vue de la pose de pavés de verre sur le mur pignon de sa maison d'habitation située 4 bis, rue des Aires ;

2°) d'enjoindre au maire de Gallargues-le-Montueux, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'il a déposée, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gallargues-le-Montueux la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne s'est livré à aucune analyse des caractéristiques et de l'intérêt des lieux avoisinants et qu'il a considéré à tort que le projet en litige portait atteinte à ces mêmes lieux commettant ainsi une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors que la construction objet des travaux n'est pas en co-visibilité avec un monument historique ;

- le projet est conforme aux prescriptions de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme ;

- la substitution de motifs sollicitée en défense doit être écartée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, la commune de Gallargues-le-Montueux, représentée par Me Merland conclut au rejet de la requête et, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- il y a lieu de substituer l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dont son maire a entendu faire application à l'article 11 des dispositions générales de son plan local d'urbanisme dont fait état l'arrêté attaqué ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives aux proportions des ouvertures, et ce motif peut être substitué à celui énoncé dans l'arrêté en litige,

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pourret, représentant M. B, et de Me Lenoir, représentant la commune de Gallargues-le-Montueux.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 octobre 2021, M. B a déposé auprès des services de la commune de Gallargues-le-Montueux une déclaration préalable de travaux portant sur la pose de quatre rangées de pavés de verre sur la façade d'un immeuble situé 4 bis, rue des Aires, se trouvant dans le périmètre de la protection instituée au titre des monuments historiques. L'architecte des bâtiments de France consulté dans le cadre de l'instruction de cette déclaration a émis un avis favorable au projet, le 28 octobre 2021. Par arrêté du 2 décembre 2021, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 10 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 ". En vertu des dispositions combinées des articles A. 424-3 et A. 424-4 du même code, en cas d'opposition à déclaration préalable, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté d'opposition à déclaration préalable de travaux attaqué vise les articles L. 421-1 et suivants ainsi que les articles R. 421-1 et suivants du code de l'urbanisme, le règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme ainsi que l'avis informatif du 28 octobre 2021 émis par le service des architectes des bâtiments de France. Il précise ensuite la nature des travaux projetés et la situation de l'immeuble concerné puis indique que " l'autorisation d'urbanisme peut être refusé si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains " et que le projet ne respecte pas les dispositions des articles 11 et UA 11 du plan local d'urbanisme et porte atteinte " à l'esthétique et au caractère historique des lieux environnant ". Par suite, l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations en fait et en droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, l'administration est en droit, à tout moment de la procédure, de demander à substituer une base légale à une autre. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable sollicitée, le maire de Gallargues-le-Montueux s'est fondé sur la disposition selon laquelle " l'autorisation d'urbanisme peut être refusé si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains ". Cet arrêté doit être regardé comme trouvant ainsi son fondement légal, tel que le fait valoir la commune en défense, dans les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et non dans celles de l'article 11 des dispositions générales du PLU. Dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, il y a donc lieu de procéder à cette substitution de base légale qui n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de ce que le motif fondé sur les dispositions de l'article 11 des dispositions générales de PLU serait illégal doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que le maire a considéré que l'immeuble objet des travaux se trouvait en co-visibilité directe avec l'église Saint Martin, classée à l'inventaire des monuments historiques. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis émis par l'architecte des bâtiments de France, consulté durant l'instruction de la déclaration préalable déposée par M. B, que cet immeuble n'est pas situé dans le champ de visibilité d'un monument historique. Le maire a ainsi entaché sa décision d'une erreur de fait sur ce point.

7. En quatrième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

8. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se trouve dans le centre du bourg, dans une zone urbaine à densité élevée, classée UA par le PLU, dans un secteur composé de maisons individuelles, dont beaucoup présentent une architecture traditionnelle, au sein du périmètre de protection des monuments historiques classés et inscrits au titre de l'église paroissiale Saint Martin. Contrairement à ce qu'énonce l'arrêté en litige et tel qu'il vient d'être dit au point 7, l'immeuble concerné n'est pas en co-visibilité avec l'église Saint Martin. De plus, les travaux projetés sont limités à la pose de douze pavés de verre en lieu et place de pierres d'un des murs de façade de l'immeuble existant et n'auront qu'un faible impact visuel sur le secteur concerné. Enfin, le projet a donné lieu à l'émission d'un avis favorable sans réserve de l'architecte des bâtiments de France. Au regard de l'ensemble de ces éléments et notamment à leur nature et leur faible ampleur, il n'apparait pas que ces travaux porteraient atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Le maire a donc entaché l'arrêté d'opposition à déclaration préalable d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de ce qui précède que les motifs énoncés dans l'arrêté en litige sont entachés d'illégalité. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

11. Pour établir que la décision attaquée est légale, la commune de Gallargues-le-Montueux fait valoir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme aux termes desquelles : " () / Les percements / 1. Les nouvelles ouvertures doivent être de proportions analogues à celles des ouvertures traditionnelles locales (hauteur dominant la largeur). Elles devront être en harmonie d'aspect et de matériaux avec les constructions voisines ou les perspectives environnantes. () "

12. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, les travaux en cause, consistant à percer le mur plein d'une des façades de l'immeuble existant afin d'y mettre en place des pavés de verre, ou " jour de souffrance ", assurant le passage de la lumière doivent être regardés comme entrainant la création de nouvelles ouvertures au sens des dispositions de l'article UA11 à l'application desquelles ils sont donc soumis. D'autre part, il ressort du plan de façade du dossier de déclaration préalable que les quatre ouvertures projetées présenteront une largeur de 60 cm de largeur sur une hauteur de 20 cm. Leur hauteur ne dominera donc pas leur largeur et leurs proportions ne seront donc pas analogues aux ouvertures traditionnelles locales, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA11. Ce motif est de nature à fonder l'arrêté en litige. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de substitution présentée par la commune de Gallargues-le-Montueux dès lors que le requérant a été mise à même de présenter ses observations concernant le motif substitué et n'est privé d'aucune garantie.

13. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Gallargues-le Montueux aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA11. L'illégalité des motifs énoncés dans l'arrêté en litige est donc sans incidence sur sa légalité et M. B n'est donc pas fondé à en demander l'annulation. Les conclusions présentées à cette fin ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B d'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées par ce requérant à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gallargues-le-Montueux, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Gallargues-le-Montueux sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Gallargues-le-Montueux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Gallargues-le-Montueux.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

A.S. HOENEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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