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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201284

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201284

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 avril 2022 et 26 février 2024, M. A B, représenté par la SELARL Blanc, Tardivel, Bocognano, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Massillargues-Attuech a refusé de lui délivrer un certificat de décision tacite de non-opposition à déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de Massillargues-Attuech de lui délivrer le certificat sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Massillargues-Attuech la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, si la décision attaquée devait être regardée comme ayant procédé au retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont il était titulaire, ce retrait serait irrégulier en ce qu'il est intervenu au-delà du délai prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et en ce qu'il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire requise.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, la commune de Massillargues-Attuech conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle ne pouvait légalement délivrer le certificat sollicité eu égard à la non-conformité du projet de division aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme et au risque d'incendie de feu de forêt affectant le terrain au titre du porter à connaissance approuvé par le préfet du Gard le 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouault pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 septembre 2019, M. B a déposé auprès des services de la commune de Massillargues-Attuech une déclaration préalable de travaux en vue de la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée section AE n° 006, située au lieu-dit les Regordes. Le tribunal administratif de Nîmes a, par un jugement du 5 février 2021, annulé l'arrêté du 7 octobre 2019 par lequel le maire de Massillargues-Attuech s'est opposé à la déclaration préalable déposée par M. B. Par deux courriers des 10 février 2021 et 26 janvier 2022, M. B a respectivement confirmé le dépôt de sa déclaration préalable auprès des services de la commune et sollicité la délivrance du certificat constatant l'existence d'une décision tacite de non-opposition à cette déclaration. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision implicite de refus de délivrer le certificat en cause.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. " En application de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Selon l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () "

3. Il résulte de ces dispositions que l'annulation par le juge de l'excès de pouvoir de la décision qui s'est opposée à une déclaration préalable, ou qui a sursis à statuer sur déclaration préalable, impose à l'administration, qui demeure saisie de la demande, de procéder à une nouvelle instruction de celle-ci, sans que le pétitionnaire ne soit tenu de la confirmer. En revanche, un nouveau délai de nature à faire naître une autorisation tacite ne commence à courir qu'à dater du jour de la confirmation de sa demande par l'intéressé.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. ".

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal administratif de Nîmes a, par jugement du 5 février 2021, annulé l'arrêté du maire de Massillargues-Attuech du 7 octobre 2019 portant opposition à la déclaration préalable de division déposée par M. B. Suite à cette décision, par courrier du 10 février 2021, réceptionné par les services de la commune le 12 février suivant, le requérant a confirmé le dépôt de sa déclaration préalable. La commune ne conteste pas en défense qu'aucune décision d'opposition n'a été notifiée à M. B dans le délai d'un mois suivant le 12 février 2021, de sorte qu'il est devenu titulaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable à compter du 12 mars 2021, et ce quand bien même une telle autorisation serait contraire aux dispositions d'urbanisme applicables comme elle le fait valoir. Le maire était donc tenu, en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme précité, de délivrer à M. B le certificat prévu par ces dispositions. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la décision implicite de refus en litige est illégale.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Massillargues-Attuech a refusé de lui délivrer le certificat de non-opposition tacite à sa déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme soit délivré à M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de Massillargues-Attuech de délivrer au requérant un certificat de décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Massillargues-Attuech la somme de 1 200 euros à verser à M. B sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de Massillargues-Attuech a refusé de délivrer un certificat de décision tacite de non-opposition à déclaration préalable à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Massillargues-Attuech de délivrer à M. B un certificat de décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Massillargues-Attuech versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Massillargues-Attuech sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Massillargues-Attuech.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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