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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201313

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201313

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFARGEPALLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Fargepallet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur lui a interdit l'exercice de la profession de médecin ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur de signaler tant au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de Vaucluse l'annulation, le cas échéant, de l'interdiction d'exercer dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'interdiction d'exercer en litige excède manifestement les compétences de l'agence régionale de santé, laquelle s'est octroyée, sans aucun fondement légal, des prérogatives passibles de sanctions pénales prévues par le code pénal et cette interdiction révèle une voie de fait et porte atteinte à une liberté individuelle ainsi qu'au droit de propriété ;

- cette décision, qui a été prise en méconnaissance du secret médical et du secret professionnel, relève de l'article 226-13 du code pénal ;

- cette décision est entachée d'un " abus d'autorité ", relevant de l'article 432-4 du code pénal, et entraîne une discrimination relevant de l'article 432-9 du même code ;

- cette décision, qui n'est pas intervenue dans un cas d'urgence, a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de droit dès lors que le dispositif institué par la loi du 5 août 2021 ne respecte pas les articles 3, 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention ;

- ce dispositif entraîne une différence de traitement injustifiée, prohibée par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le motif d'intérêt général, tiré de la nécessité de protéger les patients accueillis d'un risque de contamination à la covid-19, ne saurait suffire à justifier que le soignant libéral non vacciné puisse être privé des garanties attachées à la procédure disciplinaire de droit commun ;

- la sanction du non-respect de l'obligation vaccinale présente un caractère disproportionné par rapport aux garanties prévues par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les motifs justifiant l'obligation vaccinale sont manifestement infondés, voire frauduleux, et cette obligation vaccinale, qui se heurte à la hiérarchie des normes, est inconstitutionnelle et inconventionnelle ;

- au regard des seules informations qui lui ont été délivrées, elle n'a pu exprimer son consentement libre et éclairé, principe absolu garanti par des textes internationaux, européens et nationaux ;

- les vaccins contre la covid-19 génèrent une quantité importante d'effets indésirables et l'efficacité de la vaccination n'est pas démontrée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 12 janvier 2024.

Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 2 février 2024, soit après la clôture de l'instruction.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur pour édicter la décision d'interdiction d'exercice en litige.

Les observations présentées par Mme B le 9 septembre 2024 en réponse à cette information ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 ;

- la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme du 19 octobre 2005 ;

- le règlement (UE) n° 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 ;

- le code civil ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public,

- et les observations de Me Fargepallet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 3 mars 2022, le directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur a notifié à Mme B, médecin ophtalmologue inscrite à l'ordre des médecins de Vaucluse, une interdiction d'exercer son activité en application des dispositions de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, et l'a informée de ce que cette interdiction prendrait fin lorsqu'elle aurait justifié du respect de son obligation vaccinale contre la covid-19 par la transmission des justificatifs requis. Mme B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision d'interdiction d'exercice du 3 mars 2022.

Sur le cadre juridique du litige :

2. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : () / 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I () ". Les médecins sont au nombre des professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique.

3. L'article 13 de la loi du 5 août 2021 dispose que : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12 () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication (). / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. / Pour les autres personnes concernées, les agences régionales de santé compétentes accèdent aux données relatives au statut vaccinal de ces mêmes personnes, avec le concours des organismes locaux d'assurance maladie. () / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. / Les agences régionales de santé compétentes sont chargées de contrôler le respect de cette même obligation par les autres personnes concernées () ".

4. Selon le I de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 () ". Le IV du même article 14 dispose que : " Les agences régionales de santé vérifient que les personnes mentionnées aux 2° et 3° du I de l'article 12 qui ne leur ont pas adressé les documents mentionnés au I de l'article 13 ne méconnaissent pas l'interdiction d'exercer leur activité prévue au I du présent article ". Son V prévoit que : " Lorsque l'employeur ou l'agence régionale de santé constate qu'un professionnel de santé ne peut plus exercer son activité en application du présent article depuis plus de trente jours, il en informe, le cas échéant, le conseil national de l'ordre dont il relève ".

5. Il résulte des dispositions citées ci-dessus de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, d'une part, qu'à compter du 15 septembre 2021, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique qui ne justifient pas avoir satisfait à l'obligation vaccinale contre la covid-19 ou être exemptés de cette obligation vaccinale pour motifs médicaux, ne peuvent plus exercer leur activité professionnelle et, d'autre part, qu'il revient aux agences régionales de santé de contrôler le respect de l'obligation vaccinale de ces professionnels de santé. Par suite, lorsqu'au terme d'un contrôle, un professionnel de santé dont la situation entre dans le champ du 2° du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 n'a produit aucun élément permettant de justifier de son obligation vaccinale, ni aucun certificat médical de contre-indication à la vaccination, l'autorité compétente de l'agence régionale de santé, qui ne peut que constater l'absence de vaccination et l'absence de toute justification alléguée, sans avoir à porter d'appréciation, est en conséquence légalement tenue d'en déduire la situation d'interdiction d'exercice dans laquelle se trouve le professionnel concerné et de lui notifier que cette interdiction restera en vigueur jusqu'à ce qu'il ait justifié d'un schéma vaccinal complet ou produit les justificatifs prévus au I de l'article 13 de cette loi.

Sur la légalité de la décision en litige :

6. En premier lieu, la décision d'interdiction d'exercice en litige a été prise sur le fondement des dispositions de la loi du 5 août 2021 dont l'article 12 a institué une obligation de vaccination contre la covid-19 pour les professionnels au contact direct des personnes les plus vulnérables dans l'exercice de leur activité professionnelle ainsi qu'à ceux qui travaillent au sein des mêmes locaux, obligation qui s'impose, en particulier, aux professionnels médicaux et paramédicaux exerçant en établissement de santé ou dans le secteur libéral. Les moyens tirés de ce que l'instauration d'une telle obligation vaccinale pour les personnels soignants, exerçant en établissement ou en libéral, méconnaîtraient diverses dispositions ou principes constitutionnels ne peuvent être invoqués que dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité. Par suite, et en l'absence de question prioritaire de constitutionnalité soulevée par mémoire distinct, les moyens invoqués par Mme B et tirés de l'inconstitutionnalité de la loi du 5 août 2021 sont, en application des articles R. 771-3 et R. 771-4 du code de justice administrative, irrecevables et ne peuvent qu'être écartés.

7. En deuxième lieu, afin de vérifier si l'administration se trouve en situation de compétence liée, il appartient au juge de se prononcer sur les moyens tirés de la méconnaissance de stipulations internationales.

8. Premièrement, Mme B soutient que le dispositif institué par la loi du 5 août 2021 porte atteinte à plusieurs droits et libertés protégés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que par son premier protocole additionnel.

9. D'une part, eu égard à l'objectif de santé publique poursuivi, l'obligation vaccinale instituée par la loi du 5 août 2021 et l'interdiction d'exercice sans rémunération des professionnels de santé - et notamment des médecins exerçant à titre libéral - ne souhaitant pas se faire vacciner ne constituent pas un traitement inhumain et dégradant contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est, en tout état de cause, pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Par ailleurs, le droit à l'intégrité physique fait partie du droit au respect de la vie privée au sens des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, telles que la Cour européenne des droits de l'homme les interprète. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans ce droit, qui peut être admise si elle remplit les conditions du paragraphe 2 de l'article 8 de cette convention et, notamment, si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.

12. L'obligation de vaccination issue de la loi du 5 août 2021, dans le contexte de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19, constitue une mesure sanitaire de prévention nécessaire pour juguler la circulation du virus et protéger la population. Le législateur a réservé le cas d'une contre-indication médicale reconnue. Différents schémas vaccinaux ont été définis selon la situation de chaque personne. L'interdiction d'exercice n'intervient que si le professionnel de santé a méconnu ses obligations sanitaires. Ainsi, le législateur a défini un régime sanitaire justifié, adapté et proportionné, qui n'entraîne pas d'atteinte excessive au droit de chaque intéressé au respect de sa vie privée et familiale, au regard des considérations majeures de santé publique qui justifient les mesures en cause. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la loi du 5 août 2021 serait incompatible avec les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Ensuite, une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire, au sens des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, si elle affecte la jouissance d'un droit ou d'une liberté sans être assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi.

14. L'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 vise à éviter la propagation du virus par les professionnels de la santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage. La différence de situation introduite par les dispositions de la loi du 5 août 2021 entre les personnes soumises à l'obligation vaccinale et celles qui ne le sont pas ne crée, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment, aucune discrimination prohibée par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la jouissance des droits et libertés que ces personnes tirent des stipulations de cette convention, et notamment de son article 8.

15. Enfin, compte tenu de tout ce qui a été dit précédemment, les dispositions de la loi du 5 août 2021 ne sauraient, eu égard à l'objectif de santé publique poursuivi, être regardées comme incompatibles avec les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Deuxièmement, les vaccins contre la covid-19 administrés en France ont fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché conditionnelle de l'Agence européenne du médicament, qui procède à un contrôle strict des vaccins afin de garantir que ces derniers répondent aux normes européennes en matière de sécurité, d'efficacité et de qualité et soient fabriqués et contrôlés dans des installations agréées et certifiées. Contrairement à ce qui est soutenu, ces vaccins ne sauraient être regardés comme des médicaments expérimentaux, notamment au sens de l'article L. 5121-1-1 du code de la santé publique. Est par suite inopérant le moyen, au demeurant imprécis, tiré, en substance, de ce qu'en imposant une vaccination par des médicaments expérimentaux, les dispositions contestées de la loi du 5 août 2021 méconnaîtraient le règlement (UE) n° 536/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 relatif aux essais cliniques de médicaments à usage humain et abrogeant la directive 2001/20/CE ainsi que la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997.

17. Troisièmement, à supposer que Mme B ait entendu soutenir que l'obligation vaccinale instituée par la loi du 5 août 2021 ne respecte pas les exigences de la résolution

n° 2361 adoptée par le Conseil de l'Europe le 27 janvier 2021, cette résolution constitue une simple recommandation dépourvue, par elle-même, de valeur juridique.

18. Quatrièmement, Mme B soutient qu'elle n'a pu obtenir les informations lui permettant d'exprimer son consentement libre et éclairé, en méconnaissance notamment des stipulations de la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997, de la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme du 19 octobre 2005, de la déclaration d'Helsinki, adoptée en juin 1964 par l'Association médicale mondiale, du " code de Nuremberg " issu de la jurisprudence pénale internationale, ainsi que de la directive 2001/20/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 avril 2001. Toutefois, la requérante ne saurait utilement soutenir avoir été privée d'un tel droit dès lors qu'elle n'établit ni même n'allègue avoir été contrainte de subir une injection d'une dose de vaccin contre la covid-19. Par suite, et en tout état de cause, ce moyen ne peut qu'être écarté. Au surplus, la déclaration d'Helsinki, adoptée en juin 1964 par l'Association médicale mondiale et révisée pour la dernière fois en octobre 2013, qui n'est pas un engagement international de la France, ne peut être utilement invoquée. Il en va de même de la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme du 19 octobre 2005 et du " code de Nuremberg ", lesquels sont dépourvus de valeur normative. Par ailleurs, la directive 2001/20/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 avril 2001 a été abrogée ainsi qu'il a été dit précédemment.

19. En troisième et dernier lieu, lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.

20. Il ressort des pièces du dossier que Mme B relève, en sa qualité de médecin, des dispositions de la quatrième partie du code de la santé publique. L'intéressée, dont la situation entre dans le champ du 2° du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, devait, dès lors, satisfaire à l'obligation de vaccination contre la covid-19 fixée par les dispositions citées ci-dessus de cet article 12. Il n'est pas contesté que Mme B n'a produit aucun justificatif du respect de son obligation vaccinale en dépit de la demande qui lui a été adressée en ce sens au cours du mois de janvier 2022 par les services de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans ces conditions, le directeur général de cette agence, après avoir constaté, dans le cadre de la mission de contrôle qui lui est confiée par le législateur, que les conditions impliquant une interdiction d'exercer étaient réunies, sans avoir à porter d'appréciation en l'absence de justification invoquée, se trouvait en situation de compétence liée pour notifier à Mme B une interdiction d'exercer son activité jusqu'à ce qu'elle ait justifié d'un schéma vaccinal complet ou produit les justificatifs prévus au I de l'article 13 de la loi du 5 août 2021. Les moyens de légalité externe et interne, autres que ceux qui viennent d'être écartés ci-dessus, invoqués par la requérante et tirés de la méconnaissance de dispositions et principes de droit interne ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de cette situation de compétence liée. Par suite, ces derniers moyens ne peuvent être utilement invoqués à l'appui des conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision litigieuse, laquelle ne présente pas le caractère d'une sanction.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Copie en sera adressée au conseil départemental de l'ordre des médecins de Vaucluse et à la caisse primaire d'assurance maladie de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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