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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201351

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201351

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBELLOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2022, M. A B, représenté par Me Belloulou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 portant mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) sur le fondement des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure ;

2°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur et des Outre-mer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas signé et il n'est pas justifié de la délégation de signature de son auteur ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022 et le 30 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de ,

- et les conclusions de , rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé à l'encontre de M. B, de nationalité française, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance en application des dispositions des articles L. 228-2 à L. 228-5 du code de la sécurité intérieure, comportant l'interdiction de se déplacer à l'extérieur du territoire de la commune du Vigan, l'obligation de se présenter une fois par jour, y compris les dimanches et jours fériés ou chômés, à la brigade de gendarmerie de cette commune et l'obligation de déclarer son lieu d'habitation et tout changement de celui-ci. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ".Selon l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut () faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. () ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () ".

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".

4. En premier lieu, le ministre a produit devant le tribunal, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, une copie de l'original de l'arrêté du 10 décembre 2021 en litige, qui revêt l'ensemble des mentions requises par l'article L. 212-1 alinéa 1er du code des relations entre le public et l'administration, dont notamment l'identité et la signature de son auteur, ainsi que la délégation régulière donnée par le ministre de l'intérieur à ce signataire. Par suite, le moyen soulevé par M. B tiré de l'absence de signature de l'acte et de l'incompétence de l'auteur de la mesure en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prévues aux articles suivants, dont celles des articles L. 228-2 et L. 228-5, doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

6. Il ressort des pièces du dossier que condamné à de nombreuses reprises, M. B s'est signalé en détention à plusieurs reprises par sa radicalisation en menaçant de commettre un attentat à sa libération en 2016 puis en 2019 et en proposant, le 6 janvier 2021, à un codétenu de prendre en otage un surveillant et de le tuer pour mourir en martyr. Libéré le 24 juin 2021, M. B a été transféré en service psychiatrique à l'hôpital de Montpellier, où il est resté hospitalisé jusqu'au 10 décembre 2021. La circonstance que l'intéressé présente des troubles psychiatriques n'est pas de nature à exclure, au contraire, le risque d'un passage à l'acte, pas plus que la circonstance que les membres de sa famille seraient quant à eux bien insérés dans la société française. Dès lors, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer, à la date de l'arrêté contesté, que le comportement du requérant constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qu'il était susceptible de diffuser ou d'adhérer à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme et prendre à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

, président,

, premier conseiller,

, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

Le président,

Le greffier,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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