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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201385

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201385

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLUCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, complétée par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Luchez, demande au tribunal :

- l'annulation de la délibération du 4 mars 2022 par laquelle le conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et le refus de renouvellement de sa carte professionnelle ;

- d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui accorder une carte professionnelle dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de procéder à un nouvel examen de sa demande de carte professionnelle en vue de sa délivrance dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

- de condamner le conseil national des activités privées de sécurité à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission nationale d'agrément et de contrôle ne pouvait légalement fonder sa décision sur plusieurs mises en cause dont elle a eu connaissance par la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires dont l'accès devait lui être interdit, pour d'eux d'entre elles, par le prononcé d'une décision de classement sans suite ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet, il conteste avoir commis des délits et son comportement et son parcours de vie plaident pour lui.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C Parisien ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Luchez pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 mars 2022, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, alors compétente, a rejeté le recours de M. A contre le refus de renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent de gardiennage avec ajout de la mention cynophile, qui lui était opposé par la commission locale Sud, considérant que son comportement était incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, au motif que les faits et condamnations relevées à l'encontre de l'intéressé révélaient un comportement incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité au sens du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure: " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire () dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents des commissions nationale et régionales d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est motivée par la commission de faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 23 mars 2021, de menace de mort réitérée, commis le 9 février 2020 et enfin de prise en charge d'un client sur une voie ouverte à la circulation publique sans justification de réservation préalable par le conducteur d'un véhicule de transport routier de personnes à titre onéreux, commis le 20 juillet 2019.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la procédure relative aux faits de violence qui auraient été commis le 23 mars 2021, et que le requérant conteste fermement, a été classée sans suite en l'absence d'infraction constituée.

6. En deuxième lieu, il a été reproché à M. A d'avoir, le 9 février 2020, lors d'un différend avec des tiers, mimé avec ses mains des gestes reproduisant des signes de tir avec une arme de poing. Ces faits, à les supposer établis, ont fait l'objet d'un simple rappel à la loi prononcé par le délégué du procureur de la République le 23 avril 2021.

7. En troisième lieu, s'agissant des faits commis le 20 juillet 2019, alors que le requérant exerçait une activité complémentaire de chauffeur VTC, M. A s'est vu proposer une composition pénale le 9 juillet 2020, qu'il a acceptée, et il a payé une amende d'un montant de 350 euros.

8. M. A fait enfin valoir qu'il a été légionnaire pendant quinze années, qu'il s'est engagé depuis quinze ans comme sapeur-pompier volontaire, et qu'une enquête sociale réalisée en 2020 témoigne de l'équilibre de son comportement.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les seuls faits établis, pour lesquels M. A a été condamné, nonobstant leur caractère regrettable, ne suffisent pas, compte tenu de leur gravité relative et du comportement général de l'intéressé, à justifier la décision de rejet de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité datée du 4 mars 2022. Cette décision doit, par suite, être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité du 4 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le motif d'annulation retenu implique que le Conseil national des activités privées de sécurité procède à un nouvel examen de la demande de M. A en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité, le paiement d'une somme au titre des frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 mars 2022 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de renouvellement de carte professionnelle d'une société privée de sécurité présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2201385

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