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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201511

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201511

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGONTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mai 2022 et le 27 juin 2022, M. C B, représenté par Me Gontard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 60 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient, outre que sa requête est recevable, que :

* S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de base légale dès lors qu'il est de nationalité tunisienne et que l'accord franco-marocain est ainsi visé à tort ;

- la décision attaquée fait application des règles en vigueur relatives à l'extension des délais de départ volontaire des suites de la pandémie COVID-19 sans mentionner ce texte ni dans les visas de la décision ni dans ses motifs ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de base légale ; l'arrêté doit être regardé comme visant le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il relève du 3° de l'article L. 611-11 du même code, ce qui a une conséquence sur les délais de recours applicables à la contestation d'une obligation de quitter le territoire français ; cette erreur de base légale le prive des délais de recours auxquels il a droit ;

- le préfet ne répond pas, dans son mémoire en défense, aux moyens soulevés mais répond à des moyens non soulevés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Le préfet de Vaucluse soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Pamard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 9 avril 1993, demande l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022 du préfet de Vaucluse rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 60 jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision mentionne sans formule stéréotypée les considérations utiles de droit qui la fondent, notamment les dispositions des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 411-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également les considérations utiles de fait qui l'ont motivée. Le préfet, qui n'était pas tenu de préciser l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération, a, dès lors, suffisamment motivé sa décision.

4. En deuxième lieu, si la décision attaquée vise à tort l'accord franco-marocain alors que le requérant est de nationalité tunisienne, toutefois, cette erreur dans les visas de l'arrêté litigieux constitue une simple erreur matérielle sans incidence sur sa légalité, le refus de délivrance du titre de séjour sollicité se fondant exclusivement sur les dispositions du code des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, la circonstance que la décision attaquée fasse application des règles en vigueur relatives à l'extension des délais de départ volontaire des suites de la pandémie de COVID-19 sans mentionner ce texte, ni dans les visas de la décision ni dans ses motifs, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B soutient qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 14 mai 2021 et qu'il réside sur le territoire français depuis le 9 octobre 2019. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 26 ans et que la vie commune avec son épouse est récente. Le requérant n'établit pas plus l'intensité de ses relations privées en France ou son insertion dans la société française. Dans ces conditions, le moyen soulevé, tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

11. Le préfet de Vaucluse a prononcé une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B au motif qu'il ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Si M. B soutient être entré sur le territoire français le 9 octobre 2019 alors qu'il était titulaire d'un visa étudiant délivré par les autorités italiennes valable du 27 septembre 2019 au 30 janvier 2020, il n'établit pas par les pièces qu'il produit, principalement un billet Flixbus du 9 octobre 2019 au départ de Bologne et à destination de Marseille, être entré régulièrement sur le territoire français durant la période de validité de son visa. Sa situation entre donc dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 précité pour lequel le préfet peut prendre une obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, à supposer que M. B soit effectivement rentré en France le 9 octobre 2019 en provenance d'Italie, il s'est maintenu sur le territoire français depuis plus de trois mois sans être titulaire d'un titre de séjour en méconnaissance du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, ainsi qu'il le reconnaît lui-même dans ses écritures, la situation de M. B, qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, relève des dispositions du 3° du même article.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie, des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige. Les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

K. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2102388

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